‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 86 sur 179 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

M. de Monteynard, et que ses ordres seraient exécutés. Il me répondit qu'il lui ferait mes représentations. Je rassurai qu'il pouvait s'en dispenser, qu'au reste, j'espérais qu'il serait bientôt chassé et qu'alors je m'adresserais à son successeur. Ace moment, M. de Monteynard était déjà brouillé avec le duc d'Aiguillon, qui voulait réunir les deux ministères comme avait fait M. de Choiseul, et avec Mme du Barry, qui ne l'appelait que le plat blafard, parce qu'il était roux-blanc.

L'inspecteur parti, je trouvai dans la bourse de M. du Ghâtelet l'argent nécessaire pour acheter l'étoffe pour les sarraux. Ils furent tous confectionnés pour la seconde revue en septembre. Partout l'administration républicaine allait très mal. Les régiments étaient devenus des fermes, et comme les profits devaient se partager également entre les capitaines, les bons économes se plaignaient de ceux qui ne l'étaient pas assez, d'où ce résultat que les régiments n'étaient pas complets, qu'ils étaient mal vêtus, et mal équipés, les chevaux mal nourris pour mettre le fourrage dans la poche, et qu'on n'osait plus faire manœuvre de peur de fatiguer les chevaux, d'user les équipages, ou de casser les armes.

Pour moi, au contraire, depuis qu'on m'avait forcé de renoncer à mes fantaisies, je ne passais rien. Quand mourait un cheval, j'en rendais compte le même jour, afin que Ton ne pût pas profiter du fourrage. Je faisais toujours manœuvrer en grande tenue, et sou-

vent, je choisissais un temps de pluie. J'allais aux écuries et faisais mesurer devant moi Tavoine, pour être sur qu'on n'en retranchât pas. Ayant trouvé en revenant de Vienne, dans la caisse du fourrage une somme de six mille livres, je la fis envoyer à Ghàlons, en observant que l'ordonnance ne permettant aucun g[ain sur les fourrag^es, cette somme devait appartenir au roi. Je m'étais mis strictement à l'ordonnance, je la portais toujours sur moi, et je refusais tout ce qui n'était pas conforme. Les capitaines auraient fini par en être les mauvais marchands, si vers le mois d'octobre de cette même année 1773, M. de Monteynard n'avait été chassé comme il méritait, sans avoir pu obtenir le cordon bleu, ni même d'entrer au conseil. Le duc d'Aiguillon eut sa place; je lui écrivis pour lui demander la permission d'aller passer l'hiver à Vienne, il me la donna. Mais je ne partis que lorsque la maison du Ghàtelet eut quitté Givry.

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