CHAPITRE CINQUIEME
avoir qu'un et de porter habituellement un sarrau. J'avais cédé sur les premiers articles, mais tenu bon sur le dernier, et il n'en était plus question.
Cette année on rendit les étendards aux régiments de hussards. Ils y attachaient un g^rand prix. Ce fut une immense joie. Ils n'étaient pas loin l'un de l'autre ; on but beaucoup, et cela fit oublier les petits désagréments que les colonels éprouvaient. Cependant aucun n'en éprouvait autant que moi. On savait que le ministre me haïssait, et on croyait lui faire la cour en me contrariant.
Le régiment quitta Strasbourg à l'automne et alla à Joinville, Vassy, Éclaron, et Sommevoire, quatre quartiers en Champagne, près de Civry. Après l'avoir établi dans ses quartiers, je partis pour Vienne. Pendant ce voyage de Vienne, je fis un grand voyage en Hongrie avec le duc de Bragance. J'en revins au mois de mai 1772 et fus à Paris pour le travail du régiment. Il eut pourtant peu de grâces; je m'y attendais; mais je sus que le capitaine La Baraillèrc, dont j'avais eu tant à me plaindre, était en prison pour dettes à l'Abbaye. Ayant su que la somme n'était pas forte, je lui envoyai cinquante louis, en lui mandant que je n'ignorais pas tout le mal qu'il avait voulu me faire l'été précédent, que je le savais dans l'embarras, et que c'était la manière dont je me vengeais. Il me répondit une lettre de remerciements, et fixa le terme où il me rembourserait, ce qu'il a voulu faire exacte-
ment. Deuxjours après, il passa chez moi; je ne le reçus pas. Il m'écrivit pour que je signasse la demande d un congé pour lui ; je le fis, et ne l'ai pas revu.
Je partis pour Joinville, ou plutôt pour Civry, où je restai, étant là au centre de mon régiment. On rendità M. de Ghamborant, qui était alors premier écuyer de M. le prince de Condé, Tinspection générale des hussards, qui lui avait été ôtée par M. de Ghoiseul, et il vint inspecter le régiment.
A la première inspection, au mois de juin 1773, il me dit avec beaucoup de phrases qu'il savait combien je tenais à la manière dont mon régiment était habillé, qu'il y avait du bon mais que les capitaines se plaignaient et que le ministre n'ayant pas trouvé dans ses bureaux la preuve que j'y eusse été autorisé, il avait ordre, sans égard aux arrangements antérieurs, de faire faire à mes frais des sarraux pour tout le régiment et d'ordonner la retenue de tous mes appointements jusqu'au parfait payement de cette dépense.
Je lui observai qu'au changement de formation il s'était trouvé dans la masse générale vingt et une mille livres qui avaient été versées dans la caisse militaire à Ghâlons; que si le ministre n'avait pas été content que chaque hussard eût deux uniformes complets, dont l'un était neuf, il m'eût paru juste que ce fût sur cette somme qu'on prélevât la dépense qu'il ordonnait; d'ailleurs, que je ne me plaignais que delà forme, ne m'attendant à aucune justice de la part de