‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 88 sur 179 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

J'eus la permission d'y aller. Un jour Timpératricereine me dit :

— Avez-vous vu l'ambassadeur de France?

C'était alors le prince Henri de Rohan(I), aujourd'hui cardinal, avec qui je n'étais pas lié, que je ne voyais qu'autant que le devoir l'exig^eait, et qui était un peu mécontent de moi, parce que j'avais dit n'avoir jamais vu ni* entendu parler de toutes les espèces dont il était entouré, et qu'il avait voulu faire passer à Vienne pour les plus g^rands seigneurs de la cour de France. Il y avait entr'autres un gendarme de la garde dont j'ai oublié le nom, qui portait l'uniforme d'officier supérieur et que je forçai de le quitter, en montrant une lettre de Guéménée, capitaine de la compagnie, qui me mandait qu'il était faux qu'il fût officier, qu'il n'était que simple gendarme. Malgré cela, l'ambassadeur était fort poli avec moi et me ménageait.

Il m'avait demandé plusieurs fois pourquoi je ne venais pas dîner chez lui. Un jour j'y fus; je trouvai ses commensaux dans le salon. On servit; il ne parut pas. On me dit qu'il dînait seul dans sa chambre. Ma voiture était partie; je la fis chercher, et j'attendis dans le salon qu'elle vînt pour m'en aller. Depuis ce

(1) Le héros de V Affaire du collier. Le jugement que porte sur lui, sur son entourage, sur ses mœurs, le comte Esterhazy résume très exoctcnicnt l'opinion qu'on avait de lui à Vienne et qu'il ne justifia que trop bientôt après.

ifta MÉMOIRES PU C^ VALENTIN ESTERHâZY

jouivlà> je ne fus plus dîner ches lui que lorsque j'en étais prié en cérémonie.

L'impératrice me demanda donc ai je Tavais vu. Je lui répondis que non.

— C'est, dit<^e> qu*on me mande que le roi est malade, et qu'on croit que c'est la petite vérole ; je voudrais savoir de ce qu'on mande au prince Louis.

Je partis de suite pour Vienne et fus chex lui« Il ne savait rien. Le lendemain arriva un courrier de M. de Mercy, qui m'apporta une lettre de M. du Cbà* telet, qui m'annonçait la maladie très grave. L'amr bassadeur n'eut pas de lettres. L'impératrice suspendit les spectacles à Laxembourg[> et l'empereur ordonna des prières à Téglise des capuçins> où assista tout ce qu'il y avait de Français. Peu de jours après, arriva la nouvelle de la mort. Elle n'étonna personne, d'après celles qu'on avait reçues en dernier lieu. Mais elle affligea beaucoup l'impératrice. Elle regrettait son allié et craignait la jeunesse de son gendre. Elle n'était pas non plus sans inquiétude pour sa fille. Eu tout, elle voyait en noir; elle était cependant loin de prévoir ce qui est arrivé.

Lorsque la nouvelle fut confirniée, je me décidai à partir. L'empereur me dit qu'il me donnerait une lettre pour la nouvelle reine et que, comme nous avions passé notre hiver ensemble, il me chargeait de lui rendre compte de sa manière d'être, de son genre de vie. Je mandai par un courrier à M. du

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