CHAPITRE SIXIÈME
Cbàtelet que je partais et le priai de m*écrire à Nancy ce qui se passait à la cour, que j'irais prendre la lettre chez le lieutenant-colonel du ré^ment dn roî. Comme le courrier était de M. de Mercy, je mis ma lettre à l'adresse de M. de la Borde, ami des deux, aussi guillotiné depuis.
A Nancy; je trouvai celle de M. du Ghàtelet. II m'apprenait la petite vérole de Mesdames, à Gboisy, et rinoculation du roi et de ses frères à Marly. Je me hâtai d'arriver, et j'écrivis au comte de Noailles, guillotiné depuis, sous le nom de maréchal de Moucby, alors gouverneur de Marly, pour lui demander la permission de venir porter à la reine une lettre de Tempereur. II me répondit que je pouvais venir. Je remis ma lettre à la reine et j'allai dîner chez M. de Maure pas, alors à la tète des affeire».
En sortant de table, on vint me dire de passer chez la reine. J'y fus; elle me traita avec beaucoup de bonté. Le roi y vînt ; elle lui demanda de me feire rester à Marly, qu*elle avait encore mille choses à me demander sur Vienne, où j'avais été dans la société intime de l'empereur. Le roi me dit que je n'avais qu*à rester, et ordonna au comte de Noailles de me donner un logement. J'y ftis en sortant de chez la reine, et envoyai mon valet de chambre à Paris chercher mes effets. Le comte de May était ministre de la guerre, et M. d^Aiguillon exilé. La reine demanda elle-même au comte de Muy de me dispenser d'aller
au réçîment jusqu'après le voyage de Marly. Il médît qu'avec cette permission-là je n'en avais pas besoin d'autre. D'ailleurs Joinville où j'étais, n'était pas un poste militaire, et l'administration de M. de Monteynard allait être changée. Je vis souvent la reine à Marly; je restais le soir au salon, où le roi jouait au billard ou au tric-trac. Il était rétabli de son inoculation, dont il avait été très peu malade, et quand la cour retourna à Versailles, je fus à Civry.
J'y passai l'été et ne revins qu'assez tard à Paris. Je fus très bien traité, admis aux soupers dans les cabinets. Le comte du Châtelet me prêta une partie du logement qu'il avait à Versailles et je partageai mon temps entre la ville et la cour. Mon régiment avait quitté Joinville pour aller à Saint-Mihiel en Lorraine. Le comte de Muy s'occupait de rétablir l'ordre dans le militaire, que le court ministère de M. de Montaynard avait renversé. Mais son principe était le régime. Il ne voulait rien faire par à-coups, et si ce système eût été suivi après lui, il aurait sans doute épargné bien des malheurs.
M. Turgot était à la tête des finances. Vertueux, honnête et systématique, connaissant plus les livres que les hommes, et membre de la secte des économistes, il commença par laisser une liberté illimitée pour le commerce des grains. Des ennemis qui craignaient d'être compris dans les réformes qu'il n'avait pas balancé d'annoncer, et que le roi semblait très