CHAPITRE PREMIER
reine s'intéressa à un nom qu'elle avait connu en Pologfne ; elle voulut que ma mère nous menât chez elle y ma sœur et moi. Elle fit entrer ma sœur à Saint- Gyr et me destina une place dans ses pages, quand je serais d'âgée.
Dans rintervalle, le comte de Bercheny vint à Paris avec le roi Stanislas, dont il était g^rand écuyer. Un peu de mes parents, il avait amené mon père en France, et quoiqu'il n'eût pas approuvé son mariag^e, il me continua le même intérêt qu'à lui. Il n'était pas fort riche, et il avait six enfants. Néanmoins, il proposa à ma mère de m'adopter en septième, de me mettre en pension avec son fils aine, de pourvoir en un mot à mon éducation, jusqu'à ce qu'il pût me placer dans son rég^iment et me mettre à portée de faire ma fortune moi-même.
Ma mère accepta avec la plus vive reconnaissance cette proposition, et pour ne pas s'éloigner de ses enfants, et pouvoir subsister à Paris avec son peu de fortune, elle prit logement dans un couvent. Quant à moi, je fus mis en pension chez Bhombier, rue des Postes. Cette pension, où on apprenait l'allemand, était à la mode. J'y connus MM. de l'Aigle, de Montazet, du Mont de Bize, de Gaulaincourt, de Guibert (1).
(1) On tait que le général comte de Gaulaincourt fit sous Napoléon I'' une brillante carrière. Quant à M. de Guibert, qui, dès avant la Réyolutîon, était devenu maréchal de camp, il est moins célèbre
10 MEMOIRES DG C" VALENTIN ESTERHAZV Pendant que j'y étais, l'atné de mes oncles se
maria à Paris avec une vieille veuve que l'on croyait riche. Elle avait épousé en premières noces un M. D*** et elle était restée avec plus de dettes et de procès que de biens; mais mon oncle, qui avait aussi des dettes, fut ébloui par l'espoir de les payer en se mariant. Il fit venir à Paris son jeune frère, qui était abbé, et qu'il plaça au séminaire. Ma mère sortit de son couvent pour aller à la noce. On m'y 6t assister aussi, et de tout cela il ne résulta que de» dépenses inutiles. Le nouveau ménage se brouilla, mon oncle retourna dans sa province, et le cadet resta à Paris à la charge de ma mère, avec très peu de vocation pour son état.
J'étais depuis deux ans chez Bhombier, allant passer le temps des vacances à Lusancy, terre du comte de Bercheny, lorsqu'en 1751 il obtint que son fils aine lui succéderait à la tète de son régiment.
11 le retira de la pension et y mit à sa place le chevalier son frère. Le nouveau colonel avait quatre ans de plus que moi, et son cadet quatre ans de moins. Le comte de Bercheny donna à celui-ci une lieutenance dans ce même régiment et, fidèle à l'engagement qu'il avait pris envers ma mère de me traiter comme ses fils, il m'en donna une aussi. EJi attendant de pouvoir en être investis effectivement, nous con-
par M* eiptoite miltUirea et ■» écrit! que par la patiioD qu'il inipira i Mite de Leapioane, aaaa la payer de retour.