CHAPITRE PREMIER
des promesses pour mon avenir et une gratification pour payer notre voyage. Revenue au Vigan, elle s'attacha à nous donner toute l'éducation que comportait une petite ville de province. Nous vécûmes ainsi jusqu'en 1748.
A cette époque, un de nos oncles, capitaine dans le régiment de David, fut tué à la guerre, et après la paix d'Âix-la-Ghapelle, on procéda à une large réforme dans les corps de hussards, laquelle porta surtout sur les officiers hongrois qui s'y trouvaient en grand nombre et diminua singulièrement les chances que je pouvais avoir d'obtenir plus tard le régiment de mon père, ainsi qu'on l'avait fait espérer à ma mère lors de son voyage à Versailles. Par surcroit de malheur, le colonel David, redoutant d'en être dépossédé à mon profit avant même que j'eusse Tàge de commander, ainsi qu'on avait fait pour le régiment de Septimanie, accordé au duc de Fronsac, bien qu'il n'eût que six ans, se fit autoriser à vendre le sien et le vendit au comte
ments officiels. Ils établissent que la jeune yeuve n'obtint que la moitié de la pension que touchait son mari. Et encore ses protecteurs, le duc de Richelieu, la princesse de Talmont, le comte de Bercheny, durent-ils appuyer ses démarches. Bercheny ëcriyait au ministre de la guerre : « L'état misérable dans lequel je sais qu'est cette fiamille m'oblige de recourir à vos bontés, Monseigneur. Il est, j'ose le dire, de la grandeur du maître que nous avons l'honneur de servir d'avoir compassion de cette veuve et de ses enfents. Ils sont revêtus d'un nom illustre et ils n'ont pas de pain. » Le duc de Richelieu rappelait que la reine de Hongrie avait fait au défunt des offres considérables. « Il n'y eut jamais objet qui méritât mieux la commisération du roi. » (Archives de la guerre.)
Turpin. Ma mère fit des représentations; on lui répondit d'une manière évasive, mais assez polie pour que j'aie pu dans la suite m'en faire une espèce de titre pour avoir la propriété d'un rég^iment de hussards.
J'avais alors neuf ans; à peine savais-je lire et écrire. Une pauvre école où la vanité maternelle se refusait à m'envoyer était le seul moyen d'éducation qu'il y eût au Vigan. D'autre part, ma grand'mère me gâtait tellement que ma mère commença à craindre que je ne devinsse opiniâtre, paresseux et fier, défauts que la manière dont j'étais élevé devait naturellement me faire contracter. En se rappelant l'accueil qu'après la mort de mon père elle avait reçu à la cour, elle conçut l'espoir d'y trouver des ressources pour élever son fils, et le mener à la fortune.
Nous partîmes donc en 1749, ma mère, l'ainé de mes oncles, ma sœur et moi pour Paris. Mais les circonstances n'étaient plus les mêmes qu'en 1743. La mémoire de mon père était oubliée. De ses protecteurs, le maréchal du Bourg et le comte de Maurepas, l'un n'était plus, et l'autre était disgracié. L'intérêt qu'avait inspiré une veuve jeune et jolie était affaibli. Le seul secours qu'elle put obtenir fut une petite pension sur la cassette du roi, trop faible pour subvenir aux frais de l'éducation de ses enfants. Elle recourut alors à la reine, fille du roi Stanislas. La