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LE TEMPS

« cœur », pour m’attirer dans leurs rangs. Je demeurai sourd au chant des sirènes et persistai à fuir le rivage avide :

Eheu, fuge sirenarum cantus, fuge littus avarum.

Mes quatre anabaptistes n’en revenaient pas.

Le Temps, organe huguenot où Pressensé faisait la loi, etoù Scheurer Kestner avait eu, de tout temps, des accointances, adopta, naturellement, des premiers, la thèse de l’innocence de Dreyfus. Il y eut, au début, quelques résistances de la part de collaborateurs républicains, mais ardemment patriotes, qui voyaient le danger et la tendance d’une campagne visant la haute armée, sapant par conséquent la Défense Nationale. Mais il ne trouvèrent aucun appui dans Adrien Hébrard et furent submergés. Hébrard lui-même, bien que profondément sceptique, subissait l'influence de Scheurer, de Ranc, de Reinach, de tous les premiers défenseurs de Dreyfus, lesquels avaient fait, de la Cause fatale, un chapitre des Évangiles des Droits de l'Homme et du Citoyen.

Quand je dis « la cause fatale », j’emploie certes un terme bien faible, eu égard à la suite des événements. En effet, au ministère Waldeck-Rousseau, qui gouverna contre la France et les intérêts sacrés de la Défense Nationale, succéda le ministère d'Emile Combes, flanqué de ses deux funestes complices, André et Pelletan. André, ministre de la Guerre, inaugura le système des fiches, par lequel fut désorganisé, pendant plu+ sieurs mois, tout le commandement de l’armée française. On sait aujourd’hui (voir mon ouvrage l’Avant-Guerre, paru le 4 mars 1913), que ces fiches, dressées par les soins dela maçonnerie, étaient transmises en double au cabinet du ministre français et, par les soins de l’agence allemande de renseignements Schimmelpfeng, au cabinet du ministre de la Guerre allemand à Berlin. C’est ainsi que, dans le courant de l’année 1905, eut lieu la fameuse alerte de Tanger (sous le cabinet Rouvier, successeur du cabinet Combes; voir le maître livre de Charles Maurras, Xïel et Tanger) par laquelle l'Empire allemand préludait au système de provocations périodiques d’où sortit finalement la guerre de 1914.

À moins de manquer complètement de cervelle et de raison-

nement, ilest donc impossible de ne pas voir une corrélation directe entre les machinations politiques dont le point de départ fut la campagne en faveur de Dreyfus, et la terrible

uerre de cinq ans. Les promoteurs et fondateurs de la Ligue ke la Patrie l'rançaise, les Vaugeoïis, les Maurras, les Dausset et les Syveton, et leurs illustres répondants, les Lemaître, les Drumont, les Coppée, les Rochefort, n’avaient que trop raison de s’alarmer et de signaler le péril à leurs concitoyens. Le nuage n’a crevé qu’en 1914, mais il s’amoncelait depuis 1904. Jamais l’Allemagne ne nous eût attaqués, si elle n’eût été sûre de la victoire. Elle n’était sûre de la victoire (en quoi elle se trompait, heureusement) que depuis dix ans, depuis les fiches.

Successeur direct et légataire politique du cabinet Waldeck, le cabinet Combes a ainsi coûté à la France quinze cent mille morts et une occupation partielle, de quatre années, de nos plus riches départements. Ces faits sont acquis à l’histoire. Rien ne saurait désormais les contredire. Rapprochés des articles et dis-

cours dè Lemaître, Coppée, Barrès, Drumont et Rochefort,

de 1899 à 1906, surtout de la prophétique campagne de Maurras à la Gazette de France, il acquièrent toute leur tragique signification.

Adrien Hébrard et Lemaître moururent presque en même temps, au moment de la déclaration de guerre. Que durent-ils penser, l’un et l’autre, dans des conjonctures si tragiques P Lemaître avait fait, pour avertir son pays, tout ce qu’il était en son pouvoir de faire. Mais Hébrard, si intelligent, si fin, si renseigné, se rappela peut-êtrela conversation que nous avions eue un soir, dans un coin de salon, chez notre amie commune Fœmina, lui et moi, quelques années auparavant, au sujet de Pimminence de la guerre et de la suppression du bureau des Renseignements. Je compte bien reprendre avec lui cet entretien, quand nous nous retrouverons chez les morts.

Le Journal des entrepreneurs Letellier, père et fils, prenait le vent, et même le gaz de l’opinion, comme il soufflait et d’où

qu’il vint. D’abord antidreyfusard, il fut ensuite dreyfusard,

finalement pour le rapprochement « franco-allemand ». J’y écrivais à l’époque, en compagnie du bon Auguste Marin, mon

très cher ami, — mais empaumé parles articles de Zola et de Cle-

menceau, — en compagnie d’Alexis Lauze, du papa Saissy, qui

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