LE CAS DE ZOLA
sait refiler, par les antiquaires, tous les rossignols de leurs magasins, toutes les tiares de Saïtapharnès, tous les urinaux de Néron, tous les lacrymatoires de Cléopâtre que vous pouvez imaginer. Î[l abondait notamment en « onges de bois » (comme disait Courbet) et en cathèdres et gargouilles. Que c’était laid, bon Dieu, que c’était laïd ! Il nous reçut très gentiment, nous assura que du Paty de Clam était un tortionnaire, Qun perfonnage pour vous, pour un de vos romans, Léon », et l’État-Major un rassemblement de « vésuites ». Je dis en sortant à Georges, qui riait de bon cœur : « Ce n’est pas Eugène Sue. C’est Eugène qui fait suer.» Mais il n’y avait pas de doute : nous venions de voir Voltaire s’embarquant pour l'affaire Calas,
. Hugo en pleine effervescence des Châtiments, Moïse attaquant
de ses petites cornes le dur Sinaï, et il était clair que le grand tuyau de la pot bouille naturaliste allait crever sur le pays : « La France a bevoin d’un bain de Juftice, mes fers enfants. » Ce bain de caricature de justice annonçait, amorçait un fameux bain de sang. Zola avait l’imagination odorante et sexuelle, mais courte. Il célébrait la vie en phrases creuses, mais il ne s’intéressait qu’à sa vie, et le ronron de l’humanitarisme lui servait à dissimuler une insensibilité tératologique quant à ses compatriotes et quant à son prochain. Ce mélange de redondance et d’anesthésie prédestinait sa dépouille au cénotaphe de la démocratie antifrançaise, sous la présidence de Fallières le repu.
Cet homme funeste (et qui portait le malheur avec lui) était, en toute chose, d’une extraordinaire ignorance. Ayant dîné plusieurs fois, chez mon père, avec Charcot : « Ce médecin m’intéreffe, mon fer Léon (me dit-il), indiquez-moi quelquesuns de ses ouvrages, que je me fasse un opinion sur fon talent. » Il avait agi de même pour Claude Bernard. L’antiquité lui était inconnue. Il ne savait pas un mot de grec ni de latin et n’éprouvait aucun besoin d’ouvrir jamais un auteur classique. Les instincts, le manuel, voilà ce qui l’intéressait, en dehors des chiffres des tirages. Désirant fournir à Charcot une indication pittoresque sur son caractère, il émit sentencieusement ceci, qui nous avait tous enchantés : &« Les odeurs m’exfitent, principalement celle de l’urine. Qu’en pensez-vous, mon cher professeur P »
Charcot rit et nous dit ensuite : « Je ne pouvais cependant pas lui répondre que c’est le stigmate de pas mal de cochons. » Ces échappées étaient rares. Ce copromane, quant au style, était le plus souvent, dans la conversation, d’une platitude déconcertante. Il déclarait fièrement : « V’nai pas d’efprit » et il avait en grippe ceux qui, comme Aurélien Scholl, Albert Wolff ou Philippe Gille, avaient une réputation de gens d’esprit. Il répétait dédaigneusement de Banville : «C’est un amuveur, mon bon, rien de férieux dans ces jeux vains. » Alphonse Daudet aussi était, à ses yeux, «un amuveur ». Mais lui, bigre, n’était pas amusant et sa gaîté (quand elle n’était pas provoquéé par le dommage d’autrui) avait quelque chose de grinçant et de forcé. Goncourt, plus intuitif qu’observateur, en avait souvent fait la remarque : € Ce Zola, mon cher Daudet, est un salop. » Il disait aussi & votre Zola », pour bien marquer son aversion personnelle. Rochefort décrétait : « Je ne peux sentir ce Zola, oui, oui, malgré le fumet, ah, ah, oui, qui émane de ses livres. Il doit parfumer son linge en pétant dessus. Allons, allons, c’est écœurant ! » Il l’appelait aussi « le mouquet » à cause de l’habitude prêtée à la mouquette par auteur de Germinal. Drumont faisait chorus : «Ah! mon bon ami, quel dégoûtant que ce Zola et que serait la littérature française, si nous en possédions seulement une demi-douzaine de son acabit ! Une porcherie mon ami, une porcherie. C’est fâbuleux ! » :
Au moment où éclata l’Affaire, la célébrité spéciale de Zola était en baisse. Quelques années auparavant avait paru un manifeste littéraire (comme on disait alors) signé de jeunes écrivains, tels que Bonnetain, Rosny aîné, Paul Margueritte et Gustave Guiches, si j’ai bonne mémoire, qui rompaient avec le & maître » impur de Médan, et lui tiraient leur révérence. Vers la même époque, Huysmans lui secouait les puces, dans une préface à son livre Làä-Bas. Henry Céard s'était, de son côté, détaché du cénacle. Jules Huret menait une enquête sur la mort du naturalisme. Zola, désemparé par toutes ces défections, tâtonnait. Il avait comiquement essayé du roman «chaîfte » et même « myftique, mon bon », avec le Réve, qui a Pair d’une image de missel oubliée dans un mauvais lieu par un bourgeois hypocrite et papelard. Il y a quelque chose, en
uses fire