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LES GENDARMES SUPPLÉMENTAIRES

ment l’enthousiasme de nos jeunes partisans, la veille encore républicains, ou indifférents en politique, ne s’expliquerait pas. L’un d’eux me disait n’avoir jamais éprouvé de délices comparables à la joie d’être fourré au dépôt, dans une cellule crasseuse, € pour ses idées », dans une nuit de l’hiver 1910. Il avait compris, répétait-il, l’ivresse des premiers chrétiens témoignant pour leur foi. C’est d’ailleurs, lui-même, un croyant très sincère et très ardent. Une vive lumière, posée au centre de l'esprit, et qui en éclaire toutes les chambres, telle est la doctrine de Maurras, reliée, par-dessus le marché, à l’histoire de la plus profonde France, représentée enfin dans une magnifique personnalité en chair et en os, descendant de tant de Rois, foyer lui-même d’intelligence et d'énergie. Comment résister à un tel entraînement ! La révolution n’offre à ses adeptes qu’une perspective matérialiste, presque animale, morne ou sanglante. Elle apporte, à l'imagination qu’elle surexcite, la confusion, non la clarté. Elle entre en lutte sourde — quoi qu’en disent les démocrates chrétiens — avec l’unité et l’ordre catholiques. C’est un Camelot du Roi, Lucien Lacour, qui-a trouvé cette formule d’airain : « Mettre la violence au service de la raison ». La révolution met la violence au service du chaos et de la déraison. Je ne nie pas sa prise sur certains tempéraments en rébellion ; mais je l’affirme moins durable que la prise de la doctrine du Roi. La doctrine révolutionnaire, c’est la convulsion et la maladie. La doctrine du Roi, c’est la santé,

Je me garderai bien de rallumer, par une évocation trop brûlante, les luttes, quelquefois épiques, qui mirent aux prises, avant la guerre, les Camelots du Roï et les Étudiants d'Action Française avec un gouvernement anarchique, avec les métèques du Quartier Latin, les statues témoignant de nos querelles civiles, la police employée indignement au service de la révolution ou de l'étranger et la Révolution elle-même. Des centaines, puis des milliers de ces héroïques jeunes gens, tombés au champ d’honneur ou cruellement mutilés, témoignent du sérieux de ces manifestations, annonciatrices d’un des plus grands drames de l’histoire. Leur dévouement sonnait déjà l’alarme française. Des gens, prétendus raisonnables, appartenant à la race des autruches, et ne voulant pas voir la nuée menaçante, désapprouvaient la résistance en action au

scandale du régime républicain, désavouaient peureusement nos vaillants « gendarmes supplémentaires ». Le baron Pié, terrifié à la pensée des «représailles », s’indignait en sol et en la. Il est incontestable, aujourd’hui, que cet ardent et audacieux patriotisme était bien inspiré, prévoyant dans son intransigeance, beaucoup plus sage que ceux qui se croyaient sages en le condamnant. Ces luttes en Sorbonne au cours d’un insulteur de Jeanne d’Arc, ces batailles rangées autour de la Comédie-Française, lors des représentations d’Après Moi, ces chants d’assaut, entonnés à pleine voix par des centaines de poitrines frémissantes, au nez et à la barbe des personnages officiels, ces mois de prison encourus et administrés, au petit bonheur, dans les prétoires, par des magistrats déconcertés, cette passion de la race, de la nation, du chef héréditaire, reparaissant étincelante, quand on la croyait assoupie ou étouffée, cette générosité de cœur, d’esprit, de corps, toujours prête, cette camaraderie magnanime, tout cela était symptomatique d’une génération exceptionnelle : celle qui a arrêté, vaincu, refoulé deux fois l’ennemi, à quatre ans de distance, sur la Marne, et tenu la bannière de Verdun.

Un soir du printemps de 1911, peu avant l’alerte d'Agadir, je sortais, vers minuit, de l’imprimerie et je rentrais à pied chez moi. A la hauteur de la rue de Rivoli, j’entendis soudain le chant des Camelots, scandé par une multitude de voix jeunes et graves, n’en faisant qu’une :

C’est les Camelots du Roï, ma mère C'est les Camelots du Roi.

Ce sont des gens qui s’foutent des lois; C’est les Camelots du Roi...

puis le refrain pathétique du chant d’assaut, sur l’air Le Midi Bouge, de Paul Arène :

Demain, sur nos tombeaux.

Les blés seront plus beaux...

Sept par sept, au pas militaire, défilaient, dans la nuit tiède, trois ou quatre cents jeunes gens. Leurs commissaires, marchant en serre-file, donnaient, de temps en temps, des instruc-

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