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LES GENDARMES SUPPLÉMENTAIRES

tions brèves, aussitôt obéies. Je reconnus,en tête, Plateau, Maxime del Sarte, Lacour, puis les d’Harmenon, d’autres encore, qui eux ne m’aperçurent pas, tout occupés à dépister la police. A la hauteur du monument de Jeanne d’Arc, cette troupe se divisa, s’écoula de chaque côté, chapeaux bas, marquant la cadence, souple, disciplinée, étonnante d’allure et de fierté. Il m'apparut aussitôt, dans une de ces clartés soudaines déflagrant au centre de l’esprit, que ce long cortège, mû par une idée forte, allait à une destinée terrible et grande, à diverses sortes de victoires. Puis cela se referma, et je ne distinguai plus que la masse, déjà lointaine, de ce régiment sans uniforme, au drapeau invisible, avec les dernières syllabes, sonnant sous la lune, de son chant insolent et superbe :

Ce sont des gens qui s’foutent des lois, C’est les Camelots du Roi.

Aujourd’hui que la fête de Jeanne d’Arc est devenue une cérémonie officielle, on a du mal à se représenter l’incroyable effort que durent fournir Pujo et ses troupes royalistes, pour imposer au gouvernement de la République le culte de la Sainte de la Patrie. Il n’est pas douteux que la bonne Lorraine, à la veille de la guerre, ait continué d’agir par les Camelots du Roi, et d’animer d’un véritable enthousiasme cette génération en partie sacrifiée. Les anticléricaux n’en revenaient pas; ils croyaient, lamentables crétins, avoir, comme ils disaient, « éteint les étoiles », ou encore « fait cesser la vieille chanson qui berçait la misère humaine » ; et voilà que toute l’élite de la jeunesse accourait aux statues de l’héroïne, les couvrait de fleurs, l’invoquait, la remerciait, la célébrait, commeelle n’avait encore jamais été célébrée. La page la plus miraculeuse de nos annales projetait à nouveau une lumière d’auréole ; et la République, prise entre son principe et l’intérêt national le plus évident, commettait la folie de résister, de s’opposer à ce culte patriotique! Je ne sais plus dans quel poste de police, où j'étais conduit pour & cri séditieux » — l’affaire n’eut d’ailleurs pas de suite, — j’exposai brièvement ce point de vue à l'officier de paix et aux agents. Ils m’écoutaient sans antipathie, mais avec scepticisme, quand je leur annonçai qu’un jour ils participe-

raient au défilé en l’honneur de Jeanne d’Arc, devenu licite, et même légal. Leurs regards signifiaient : « Cause, mon bonhomme. Il passera de l’eau sous les ponts avant ça ». Il a passé, hélas! sous ces ponts-là, moins d’eau que de sang français!

Les journaux républicains nous reprochaient naturellement, à nous les rédacteurs du journal, de ne pas être de toutes les manifestations de nos Camelots, Étudiants et Ligueurs. Leur gentille espérance, soufflée par le ministère, était que, nos... figures üne fois cassées convenablement, l’impulsion patriotique s’arrêterait. « Morte la bête, mort le venin! » En fait, nous ñe pouvions tout faire à la fois : les articles, la propagande et le coup de poing. Nous nous divisions la besogne, chacun assumant ses petits risques de son mieux, et je dois dire qu'aucun de nos combattants ne nous reprocha jamais de n'avoir pas fait ce que nous avions à faire. Il ÿ a, entre tous les membres de l’Action française, une mystérieuse sympathie et télépathie, qui fait que l’on se comprend à demi-mot, et à distance, que les longues explications sont inutiles et que chacun accomplit sa besogne, à la place qui lui a été indiquée, sans s’occuper à chinéer ou critiquer le voisin. Les comités d’A. F. prenaient leurs responsabilités carrément. Les directeurs du journal se battaient en duel quand il le fallait, menaient de leur mieux les campagnes de presse qui appuyaient et étendaient les manifestations de la rue, et ne dissimulaient aucunement leur intention de profiter, pour essayer de le renverser, de la première grosse faute du régime. Ce n’était nullement un complot, au sens où l’on prend couramment ce terme juridique. C'était une affirmation, une déclaration des droits du Français. Mais nous avons toujours ajouté qu’une crise de guerre ne serait jamais utilisée par nous au bénéfice de notre conviction politique, au détriment de la nation; que nous réprouvions totalement l’insurrection devant l’ennemi, telle que la pratiquèrent les républicains, pour renverser l’Empire en septembre 1870. Nous avons tenu parole. Ce n’est pas chez nous qu’on aurait proféré, après Charleroi, le propos affreux vomi, après Sedan, par un républicain notoire, et rapporté, avec horreur, par Déroulède : « Les armées de l'Empereur sont fichues ! »

Lors dès manifestations de la Comédie-Française j’eus l’occa-

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