‹ Ménage et finances de Voltaire [microform]Chapitre 18 sur 55 · CHEZ M"-» DU CHASTELET · texte numérisé non relu

CHEZ M"-» DU CHASTELET

Il faudrait que vous me fassiez Tamitié de prendre par an un petit honoraire, une marque d'amitié. Agissons sans aucune façon. Vous aviez une petite rétribution de vos chanoines. Traitez-moi comme un chapitre; prenez le double de ce que vous donnait votre cloître, sans préjudice du souvenir que j'aurai toujours devons. Réglez cela et aimez-moi. » Le 8 janvier 1741, Voltaire lui écrivait: « Je commence par vous prier de donner 1,000 livres à M. le marquisdu Chastelet . Moyennant ces 1 ,000 livres jointes à 1,000 autres que j'ai à M""" de Chambonin, M. du Chastelet vous donnera un contrat de 100 livres de rentes foncières que vous ferez remplir ou de votre nom ou de celui de la nièce que vous aimerez le mieux, de sorte que ce sera une petite rente dont vous la gratifierez, et qui lui sera assurée après ma mort. » Ainsi Voltaire sut exploiter la délicatesse de Moussinot, la niaiserie ou plutôt la pauvreté de ses laquais. Il s'arrangea de manière à ne dépenser que le moins possible, et rappela ces paroles d'une scène de son Enfant Prodigue :

Il est avare, et tout avare est saicc. Oh ! c'est un vice excellent en ménage, Un très bon vice.

Voltaire mit autant d'habileté à vivre aux dépens de M"^« du Chastelet. Nous venons de voir quel cadeau il voulait faire au petit du Chastelet. Le bambin grandit ; Voltaire devint plus prodigue à son égard. Il écrivit, le 5 juin 1738, à l'infatigable Moussinot: « Je vous supplie, si vous trouvez quelque petite montre jolie, bonne ou mauvaise, simple, d'argent seulement, avec un joli

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cordon soie et or ou or trait; 8 louis tout au [)lus doivent payer cela ; je vous demande en grâce de me l'envoyer subito, subito. C'est un petit présent que je veux faire au fils de M. le marquis du Chastelet. C'est un enliint de dix ans. Il la cassera, mais il en veut une, et j'ai peur d'être prévenu. » Des bagues, des colificheis ou des instruments de physi(jue passèrent, j'imagine, des mains de Voltaire dans celles de la marquise. Le marquis avait souvent besoin d'argent; Voltaire lui en prêtait volontiers, moyennant un bon contrat. Aucun arrangement n'avait été fait entre eux; on n'exigeait aucune pension de Voltaire pour sa nourriture et son logement. 11 était à Cirey comme chez lui, et il invitait même ses amis à l'y visiter. Quand le moment de la séparation arriva, il fut question de remboursements. C'est alors que Voltaire prit la plume pour écrire l.i lettre suivante à la comtesse de Montrevel. l'une des scïHirs cadettes de M. du Chastelet : « Madame, permettez que je mct!e sous vos yeux le résultat de l'entretien que j'eus l'honneur d'avoir avec vous, il v a deux jours. M. le marquis du Chastelet se'souvient que, de plus de iO,000 francs à lui prêtés pour bâtir Cirex et pour d'autres dépenses, je me restreignis à 30,000 livres, en considération de sa fortune et de Tamitié dont il m'a toujours honoré; que, de cette somme réduite à 30,000 livres, il me passa une promesse de :2,000 livres de rente viagère que lui dicta Bronod, notaire. Vous savez, madame, si j'ai jamais touché un sou de cetlr* rente, si j'en ai rien demandé, et si même je n'ai pas donné quittance, plusieurs années de suite, étant assurément très éloigné d'en exiger le payement. Vous

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n'ignorez pas, et M. du Chastelet se souvient toujours avec amitié, qu'après avoir eu le bonheur d'accommoder son procès de Bruxelles, et de lui procurer -200,000 livres d'argent comptant, je le priai de trouver lion (pie je transigeasse avec lui pour cette sonnvK,' de ;iO,000, et pour les arrérages dont je n'avais pas donné quittance, et que je touchasse seulement, pour finir tout compte entre nous, une somme de 13,000 livres une fois payée. Il daigna acc(*pter d'un ancien serviteur cet arrangement qu'il n'eut pas accepté d'un homme moins attaché, et sa lettre est un témoignage de sa satisfaction et de sa reconnaissance. En conséquenc(\ je reçus 10,000 livres, savoir ; -2,000 livres qu'il me donna à Lunéville, et 8,000 livres que me comp'.a le sieur de Lacroix à Paris. Les o,000 livres restant d(v vaienl être employées par M'"' du Chastelet à mon appartement d'Argenteuil, et à l'acquisition d'un terrain, et je lemis une quittance générale à M'"*" du Chastelet. L'emploi des 3,000 livres n'ayant pu être fait, vous voulez que j'en agisse toujours av(3C M. du Chastelet, comme j'en ai déjà usé. J'avais cédé 30,000 livres pour 13,000 livres; eh bien! aujourd'hui je céderai 3,0t)0 livres pour 100 louis, et ces 100 louis encore, je demande qu'ils me soient rendus en meubles; et, en quels meubles î dans les mêmes effets qui viennent de moi, que j'ai achetés et payés, comme la commode de Boule, mon portrait garni de diamants, et autres bagatiîlles. Je prendrai d'ailleurs d'autres efïets que je payerai argent comptant. Vous n'avez pas été mécontente de cet arrangement, et je me flatte que M. le marquis du Chastelet m'en saura gré. »

i% VOLTAIRE

Cette l(;ttre, du 15 novembre 1749, est le dernier mot des relations qu'eut Voltaire pendant près de quinze ans avec la famille du Chastelet.

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