‹ Ménage et finances de Voltaire [microform]Chapitre 17 sur 55 · BL · texte numérisé non relu

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trop de discernement pour ne pas bien choisir des scribes capables; il avait une fortune assez considérable pour s'attacher un homme instruit. Mais, comme un secrétaire intelligent eût exigé de plus forts gages qu'un valet de chambre, Voltaire aimait mieux un imbécile laquais improvisé copiste. Il se passera de secrétaire la plus grande partie de sa vie; il ne confiera la copie de pièces qu'à des valets de chambre. Le ^2 août 1738, il mandait à l'abbé Moussinot : « Connaîtriez-vous quelqu'un qui veuille servir de valet de chambre et qui sache bien écrire? Il y a ^200 francs de fixe, beaucoup de présents et un honnête ordinaire. » Suivant Longchamp (p. 1-21), les domestiques de nos deux fastueux philosophes n'eurent jamais d'indigestion et étaient bien loin d'être accablés de présents. M'"^' du Chastelct no nourrissait point les siens, et leur donnait pour cela une rétribution en argent : c'était 20 sous par jour pour le cocher, les laquais et la cuisinière, et 30 sous pour le suisse, la femme de chambre et celui qui remplissait les fonctions d'intendant; la suite de Voltaire était sur ie même pied. L'insuffisance de ces appointements obligeait tous ces pauvres gens à chercher d'autres maîtres plus humains et plus généreux, de sorte qu'il arriva plusieurs fois à notre illustre couple de n'avoir personne qui voulût entrer au service de leur génie, rapporte Lonchamp (p. 123).

Voltaire espérait pouvoir se passer de secr.Haire qu'il eût fallu bien rétribuer. Quand il monta un cabinet de physique à Girey, il sentit qu'un valet de chambre ne saurait pas le seconder dans ses expériences. C'est alors qu'il écrit, le 23 avril 1138, à Thieriot : « Je cherche à

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présent un garçon philosophe qui puisse m'aider en l^hysique, mente manuque, un petit diminutif de la race Vaucanson. Une bonne maison, de la liberté, de la tranquillité, 4 à 500 livres bien payées par an, et la disposition d'une bibliothèque de physique complète et d'un cabinet de mathématiques feraient son sort. » Voltaire dev,-nait généreux pour ce garçon philosophe ; c'était peut-être par nécessité, car il s'était adressé auparavant à l'abbé Moussinot, qui lui avait indiqué un prêtre. Voltaire parut content du choix, mais il exigea que le candidat dit la messe au château. Malgré ce cumul de fonctions d'aumônier et de physicien, le protégé de Moussmot ne devait pas trouver la pierre philosophale en arrivant. Le 25 juillet 1131, Voltaire mandait à Moussinot : « A l'égard de la personne qui doit venir à Girey pour y cuftiver sont talent de chimiste à son aise, il faudra absolument qu'il dise la messe; c'est la condition sans laquelle on ne peut se charger de lui. Je lui donnerai loi) écus par an, mais j^^ ne peiiv pas faire plm. ^

Nous venons de parler de l'abbé Bonaventure Moussinot, docteur en théologie de la maison et société royale de Navarre et chanoine de la paroisse Saint- Merry Nous sommes depuis longtemps familiarises avec son nom, ses occupations, ses négociations, ses démarches. Son habileté, son zèle et son aptitude inspirèrent une confiance sans bornes à Voltaire qm lui écrivait, le 19 mars 1139 : « Je m'en rapporte uniquement à vos livres ou à votre parole au défaut de vos livres priant mes héritiers de s'en rapporter uniquement à votre parole. C'est ce que j'ai déjà bien expressément établi dans mon testament, et ce que je vous

enverrai signé, quand vous voudrez. » Voltaire employait non seulement l'abbé Moussinot, mais le frère la sœur, la nièce de Moussinot, en un mot, tout ce qu'il y avait de Moussinot màles et femelles en disponibilité rue de la Lanterne à Paris. Certaines emplettes ne pouvaient être faites que par une femme. Aussi Voltaire mandait-il, le 14 décembre 1737, à l'abbé Moussinot : « Mademoiselle votre nièce ou mademoiselle votre sœur voudraient-elles acheter pour une pistole ou 12 ou 15 livres de beaux joujoux d'enAints de deux à trois ans? «Les lettres, les poursuites, les commissions qui répugnaient à un chanoine, Voltaire en chargeait le frère du chanoine. Ce frère avait mission de transiger avec les libraires, d'écrire aux débiteurs, de les presser de les importuner, de les contraindre, au besoin, même de les sermonner et de les humilier. Pour le dédommager de ses peines, Voltaire lui abandonnait quelque chose sur ses droits d'auteur. Ainsi, le 3 décembre 1 737 Il disait a l'abbé 3Ioussinot : « Prault doit 50 livres a M. votre frère pour pot-de-vin. Je veux qu'il les paye. » ^

Voltaire n'avait pas tort de dire à l'abbé Moussinot qu il le traitait comme le diable de Papefiguière Le 8 juillet 1 i37, il lui recommandait de n'épari?ner jamais I argent, quand il aurait besoin de voitures!" Quant aux émoluments, il n'osa les fixer, de peur d'être plus généreux qu'il ne le désirait. Temps, santé, courses, visites, voyages, 1 abbé Moussinot n'épargna rien pour augmen-

Z ""TJ" '^''^'^'''- ''''' récompense, il reçut, le 30 juin 1 i36 cette missive plus gênante que polie • « Voulez-vous, à présent, queje vous parle franchement'^

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