‹ Ménage et finances de Voltaire [microform]Chapitre 20 sur 55 · A PARI · texte numérisé non relu

A PARI

pas acceptée. Alors Voltaire acheta une partie du mobilier de son amie. Il pria sa nièce, M"" Denis, de venir lui tenir compagnie, de prendre soin de son ménage, et de se charger des honneurs de la maison. M"^*^ Denis qui aimait la représentation, la société et tous les plaisirs du monde, se rendit à cette invitation (1).

Voilà Voltaire installé dans un grand et superbe hôtel. Il pensait toujours à M'"'' du Chastelet; il était inconsolable de sa perte. Aussi ne voulait-il recevoir personne. Ses amis imaginèrent de ne parler devant lui ((ue de tragédies et de comédies (-2). Ces mots magiques réveillèrent la passion du poète pour le théâtre. Bientôt il ne fut plus question que d'acteurs. Voltaire improvisa une salle de spectacle. Tout Paris voulut y avoir ses entrées; la haute société rechercha les billets d'invitation (3). Cent personnes purent applaudir au début de Lekain et d'autres jeunes gens chez Voltaire. M'"" Denis connaissait beaucoup d'hommes de lettres; elle les invita à souper (4). Voltaire lui abandonna tout le souci de la maison. Pendant quelques mois ce ne furent ([ue soupers, spectacles et grandes dépenses.

Frédéric pressa instamment Voltaire de venir à sa cour. Tant que M'"^ du Chastelet vécut. Voltaire avait rejeté ces offres brillantes. Il préférait l'amitié à l'ambition, et, philosophe pour philosophe, avoue-t-il dans ses Mémoires, il aimait mieux une dame qu'un roi. La mort de son intime amie lui ayant rendu la liberté, il se laissa séduire par les caresses d'un ami couronné.

(1) Longchamp, p. :m - (2) - P. 269. - :3i P. 281. - (4) P. 302.

lOS VOLTAIRE

W Denis resta chargée du soin de son ménap:c. Dans son Commoïlnire historique, il avance qu'il dépensait 30,000 francs par an à Paris; comme il jouissait à cette époque de 80,000 livres de rente, il ne se ruinait pas en soupers ni en spectacles. Mais ce compte de 80,000 livres est une exagération. Longchamptp. 290), devenu riiommed'alTaires de Voltaire inslallé à Berlin, avait reçu l'ordre de ne mettre à la disposition de M"" Denis que 100 louis par mois pour son propre entretien et les frais de sa maison. Cette dame, accoutumée à soutenir un grand état, dépassa son budget et contracta des dettes; son oncle ne mancjua pas de lui en faire une verte remontrance. Suivant Longchamp (|). 301 et 304), cette mercuriale fut suivie d'une réforme; car je vois, dans sa lettre, du IS janvier llol, à Darget, que Voltaire n'allouait chaque mois que 400 écus à sa nièce. Longchamp (p. 302 et 321) nous apprend que celle-ci, pas trop bégueule et pas trop mé- Iancoli(jue, se consola de son veuvage et de l'absence de son oncle au milieu du tourbillon de tous les plaisirs et de toutes les distr-actions de la capitale. Voltaire chérissait trop l'économie pour lui abandonner ses trésors; en quittant Paris, il confia l'administration de sa fortune à W Delaleu, son notaire, et lui enjoignit de ne rien donner à sa nièce au delà de la j)ension qu'il daignait lui assurer.

Voltaire, raconte Marmontel dans ses Mémoires (l. IV), avait brûlé d'envie d'emmener M""' Denis avec lui à la cour de Berlin. Frédéric voulait bien défraver Voltaire de son voyage, et pour cela consentait à lui donner 1,000 louis. Voltaire en demanda autant pour sa com-

Page 1