VOLTAIRE AUX DÉLICES
Dans le cas où il Teùt fait, le marché n'eût pas été onéreux pour lui. 11 ne l'avait conclu qu'à des conditions extrêmement avantageuses.
Que va donc devenir Voltaire, en désertant son palais d'hiver et son palais d'été où il avait mené si longtemps la vie pastonile (1), en piaulant d'un côté, en bâtissant de l'autre (:2)? Il lui restait deux châteaux, celui de Ferney et celui de Tourney, à peu de distance de Genève, mais sur le territoire de France. Il les avait achetés dès l"o8. « Le contrat de Ferney était au nom de M"'** Denis, raconte Wagnière ip. 38), mais on était convenu qu'elle lui donnerait un contre-billet ou une reconnaissance qu'elle n'en était que titulaire, et que son oncle en était le vrai possesseur, c'est-à-dire qu'il s'en réservait la jouissance, sa vie durant. Quand il demanda cette déclaration à sa nièce, elle la refusa nettement et durement. Il se fâcha beaucoup, et résolut surle-champ d'acheter à vie la terre de Tourney, de M. le président de Brosses. Il aurait habité cette terre, mais, s'étant brouillé avec M. de Brosses, pour une clause que celui-ci avait fait insérer dans le contrat, et dont M. de Voltaire ne s'était aperçu qu'après coup, il ne voulut plus y demeurer. Cette clause portait que « tout ce qui se trouverait dans le château de Tourney, appartenant à M. de Voltaire, à sa mort, en quoi qu^il pût consister, appartiendrait de droit à M. de Brosses. » Voilà la cause de leur querelle et du peu de séjour que M. de Voltaire fit à Tourney. M""* Denis, craignant alors que son oncle
(1) Lettre à Bertrand, du 8 septembre 1757.
(2) Lettre à de Champbonin, du 13 septembre 1757.
VOLTAIRE A TOURNEY. gJi
n'achetât quelque autre terre, lui donna probablement la satisfaction qu'il désirait, puisqu'il se détermina à se fixer avec elle à Ferney. »
Telle est l'histoire de l'acquisition de Ferney et de Tourney, d'après Wagnière. Fort longtemps on ne posséda pas d'autre document plus explicite sur ce sujet; quelques plaisanteries de Voltaire avaient empêché les biographes d'étudier sa querelle avec le président de Brosses. Le sarcasme avait obtenu l'autorité de la vérité. Maintenant il ne nous reste rien à désirer sur l'histoire de Tourney. La Correspondance de Voltaire avec le président de Brosses sera notre guide, et nous apprendra le peu de cas que nous devons faire des Mémoires de Wagnière, malgré toute sa jactance et ses serments de sincérité.
Le M décembre lITiH, Voltaire mandait à Thieriot : (( J'ai quatre pattes au lieu de deux ; un pied à Lausanne, dans une très belle maison pour l'hiver; un pied aux Délices près de Genève : voilà pour les pieds de devant. Ceux de derrière sont à Ferney et dans le comté de Tourney, que j'ai acheté, par bail emphytéotique, du président de Brosses. »
Occupons-nous maintenant de l'histoire de ce comté de Tourney.