SÔ
APPENDICE
LES ANTIVOLTAIRIENS.
primant ce peut-être qui fut une ])récaulion oratoire, une l)olitesse de convenance sous la plume du Secrétaire perpétuel de l'Académie française.
Malheureusement pour Voltaire, c'est l'opinion de tous les hommes de lettres.
Ainsi, nous voilà loin du temps où D^lille disait avec raison dans V Homme des Champs;
On relit tout Racine, on choisit dans Voltaire.
Dans vingt ou trente ans, le Secrétaire perpétuel de l'Académie française cl le Directeur de l'iïcolc Normale supérieure auronl-ils la même indulgence pour ces Lettres qu'on nous donne aclueliement pour les restes de Voltaire? Les Œuvres complètes ont été sacrifiées aux Œuvres choisies; les Œuvres choisies sont délaissées pour la Correspondance générale. Les Lettres une fois choisies, h quoi se réduira le bagage de Voltaire ? »
En refusant le cœur de Voltaire dont on lui faisait hommage, l'Académie trançaise semble avoir confirmé, comme une Cour de cassation littéraire, la multitude de jugements que nous avons évoqués, et nous renvoyer, comme à un arrêt définitif, à cette sentence émise par l'un des principaux rédacteurs du Siècle : « Qu'cst-il arrivé à Voltaire ? Du moment que la populace des écrivains et des pamphlétaires politiques répéta ses idées, tout ce qu'il disait si bien devint ignoble, et tout fut perdu. L'esprit et le tact disparurent de la France. Aujourd'hui enfin, le châtiment de Voltaire, de cet homme d'esprit, c'est d'être devenu le^dieu des imbéciles. »
Un pareil arrêt mérite ce contreseing de Stendhal : « Les critiques étrangers ont remarqué qu'il y a toujours un fond de méchanceté dans les plaisanteries les plus gaies de Crt/idide et de Zadig. Le riche Voltaire se plaît à clouer nos re-
gards sur la vue des malheurs inévitables de la pauvre nature humaine. Comique continuellement souillé par l'odieux, 1 homme méchant perce partout. »
C'est à Victor Hugo qu'appartient, pour le Regard jeté dans une mansarde à travers les Hayons et les Ombres, l'honneur de siguiliei' cet arrêt à ceux qui se sentiraient encore attirés vers ce singe de génie, le doute, l'ironie.
Oh! tremble! ce sophiste a sondé bien des fanges! Oh ! tremble I ce faux sage a perdu bien des anges I Ce démon, noir milan, fond sur les cœurs pieux, Et les brise, et souvent, sous ses griffes cruelles Plume à plume j'ai vu tomber ces blanches ailes Qui font qu'une àmo vole et s'enfuit dans les cieux !
Louis Nicolardot.
Revue du monde catholique, du 25 juin 1864.