De quoi raffolait-elle
*46. Vers cette époque, qui a passé par la rue de Longchamps ?
passèrent par notre rue de Longchamps. Ils avaient dans une petite cage deux rats blancs de Norvège avec des yeux roses les plus jolis du monde. En ce temps-là, nous avions le goût des animaux blancs; et jusqu’à notre poulailler était peuplé de poules exclusivement blanches. Nous achetâmes les deux rats ; et on leur construisit une grande cage avec des escaliers intérieurs menant aux différents étages, des mangeoires, des chambres à coucher, des trapèzes pour la gymnastique. Ils étaient là, certes, plus à l’aise et plus heureux que le rat de La Fontaine dans son fromage de Hollande.
Ces gentilles bêtes dont on a, nous ne savons pourquoi, une horreur puérile, s’apprivoisèrent bientôt de la façon la plus étonnante, lorsqu’elles furent certaines qu’on ne leur voulait point de mal. Elles se laissaient caresser comme des chats, et, vous prenant le doigt entre leurs petites mains roses d’une délicatesse idéale, vous léchaient amicalement. On les lâchait ordinairement à la fin des repas ; elles vous montaient sur les bras, sur les épaules, sur la tête, entraient et ressortaient par les manches des robes de chambre et des vestons, avec une adresse et une agilité singulières. Tous ces exercices, exécutés très gracieusement, avaient pour but d’obtenir la permission de fourra-