Où allaient-Us
Maintenant, il faut avouer un béotisme de notre part : à force d’entendre dire que la queue des rats ressemblait à un ver rouge et déparait la gentillesse de l’animal, nous choisîmes une de nos jeunes bestioles et nous lui coupâmes avec une pelle rouge cet appendice tant critiqué. Le petit rat supporta très bien l’opération, se développa heureusement et devint un maître rat à moustaches ; ^ mais, quoique allégé du prolongement caudal, il était bien moins agile que ses camarades; il ne se risquait à la gymnastique qu’avec prudence et tombait souvent. Dans les ascensions le long de la rampe, il était toujours le dernier. Il avait l’air de tâter la corde comme un danseur sans balancier. Nous comprîmes alors de quelle utilité la queue était aux rats ; elle leur sert à se tenir en équilibre lorsqu’ils courent le long des corniches et des saillies étroites. Ils la portent à droite ou à gauche pour se faire contre-poids alors qu’ils penchent d’un côté ou d’un autre. De là ce perpétuel frétillement qui semble sans cause. Mais quand on observe attentivement la nature, on voit qu’elle ne fait rien de superflu, et qu’il faut mettre beaucoup de réserve à la corriger.