‹ Ménagerie intimeChapitre 28 sur 79 · Quelle société préférait-il · texte numérisé non relu

Quelle société préférait-il

sa dignité de chat de la Havane, fils de l’illustre Don- Pierrot-de-Navarre, grand d’Espagne de première classe, et de la marquise Dona Séraphita, aux manières aristocratiques et dédaigneuses. Quelquefois il amenait à son assiette de pâtée, pour leur faire fête, des camarades étiques, anatomisés par la famine, n’ayant que le poil sur les os, qu’il avait ramassés dans ses vagabondages et ses écoles buissonnières, car il était bon prince. Les pauvres hères, les oreilles couchées, la queue entre les jambes, le regard de côté, craignant d’être interrompus dans leur franche lippée par le balai d’une chambrière, avalaient les morceaux doubles, triples et quadruples ; et, comme le fameux chien Siete-Aguas (sept eaux) des posadas espagnoles, rendaient l’assiette aussi propre que si elle avait été lavée et écurée par une ménagère hollandaise ayant servi de modèle à Mieris ou à Gérard Dow. En voyant les compagnons de Gavroche, cette phrase, qui illustre un dessin de Gavarni, nous revenait naturellement en mémoire : « Ils sont jolis les amis dont vous êtes susceptible d’aller avec ! )) ^ Mais cela ne prouvait que le bon cœur de Gavroche, qui aurait pu tout manger à lui seul.

La chatte qui portait le nom de l’intéressante Eponine avait des formes plus sveltes et plus délicates que ses frères. Son museau un peu allongé, ses yeux légèrement obliqués à la chinoise et d’un vert pareil à celui des yeux

Page 1