Monsieur Gautier où demeurait-il alors
CÔTÉ DES CHIENS
disparue aujourd’hui, où Gérard de Nerval, Arsène Houssaye et Camille Rogier formaient le centre d’une petite Bohème pittoresque et littéraire dont la vie excentrique a été trop bien contée ailleurs pour qu’il soit besoin ^ d’y revenir. On était là, en plein Carrousel, aussi libres,^ aussi solitaires que dans une île déserte de l’Océanie, à l’ombre du Louvre, parmi les blocs de pierre et les orties, près d’une vieille église en ruine, dont la voûte effondrée prenait au clair de lune un aspect romantique. Luther, avec qui nous avions les relations les plus amicales, nous voyant définitivement sorti du nid paternel, s’était tracé le devoir de venir nous visiter chaque matin. Il partait de Passy, quelque temps qu’il fît ; ^ il suivait le quai de Billy, le Cours-la-Reine, et arrivait vers les huit heures, au moment de notre réveil. Il grattait à la porte, on lui ouvrait, il se précipitait vers nous avec un jappement joyeux, posait les pattes sur nos genoux, recevait les caresses que sa belle conduite méritait, d’un air modeste et simple, faisait le tour de la chambre comme s’il passait son inspection, puis il repartait. De retour à Passy il se présentait devant notre mère, frétillait de la queue, poussait quelques petits abois, et disait aussi clairement que s’il eût parlé : (( J’ai vu le jeune maître, sois tranquille, il va bien.» Ayant