‹ Ménagerie intimeChapitre 50 sur 79 · Qui a-t-on appelé · texte numérisé non relu

Qui a-t-on appelé

patte de Dash d’attelles et de bandes ; mais il fut impossible de l’empêcher de ronger l’appareil, et il ne guérit pas : sa patte, dont les os ne s’étaient pas rejoints, resta flottante comme une manche d’amputé dont le bras est absent ; mais cette infirmité n’empêcha pas Dash d’être gai, alerte et vivace. Il courait encore assez vite sur ses trois bons membres.

C’était un pur chien des rues, un roquet grediné dont Buffon lui-même eût été fort embarrassé de démêler la race. Il était laid, mais avec une physionomie grimacière, étincelante d’esprit. Il semblait comprendre ce qu’on lui disait, changeant d’expression selon que les mots qu’on lui adressait, sur le même ton, étaient injurieux ou flatteurs. Il roulait les yeux, retroussait les babines, se livrait à des tics nerveux désordonnés, ou riait en montrant ses dents blanches, et il arrivait ainsi à de hauts effets comicÿaes dont il avait conscience. Souvent il essayait de parler. La patte posée sur notre genou, il fixait sur nous son regard intense et commençait une série de murmures, de soupirs, de grognements, d’intonations si variées qu’il était difficile de n’y pas voir un langage. Quelquefois, à travers cette conversation, Dash lançait un jappement, un éclat de voix ; — alors nous lui jetions un coup d’œil sévère et nous lui disions : « Cela c’est aboyer,

Page 1