ACTE PREMIER
LOUISE
Pourquoi
^me DIVOIRE.
Il n'est pas rentré cette nuit. Je suis restée à la fenêtre juscxu'au matin, guettant chacun des rares passants avec anxiété ; croyant, à chaque voiture qui s'approchait, qu'il était dedans, et qu'on me le ramenait mort.
LOUISE
Gomment pouvez-vous penser à ces choses-là ?
Mme DIVOmE.
C'est la première fois que ça lui arrive. Ce matin à sept lieures, j'ai été à la Préfecture de Police, croyant que tout le monde devait être ému du malheur qui m' arrivait... Les bureaux n'étaient pas ouverts... J'ai attendu... Les employés se sont retenus pour ne pas me rire au nez. C'est si drôle, n'est-ce pas, une femme qui cherche son mari qui a découché...
LOUISE
Mais pourquoi aller à la Préfecture !
M"ie piVOIRE.
Que sais-je, moi ? Quelquefois, il se grise ; aloi's je pensais qu'on l'avait arrêté... puis, j'ai été à la Morgue... Un accident, n'est-ce pas?
' LOUISE
Ah! le malheureux...
L'après-midi, mon fils a couru les cafés. Enfin, il a appris qu'à l'heure de l'absinthe on avait vu son père faubourg Montmartre...
LOUISE
Et il n'est pas rentré dîner?
M"" DIVOIRE.
Non! J'ai attendu jusqu'à présent. Enfin! il est là !... je tombe de fatigue...
LOUISE
Voulez-vous que j'aille le chercher .
M^e DIVOIRE.
Oui, mais tout à l'heure... S'il voyait que j'ai pleuré, il me gronderait!
Elle souflle dans son mouchoir en tampon et s'en essuie les
yeux.
LOUISE, allant à la porte de gauche.
Combien y en a-t-il de femmes qui passent des nuits comme celle-là !
j^me DIVOIRE.
Madame Tervaux.
LOUISE, rentrant un verre d'eau à la main.
Tenez, mouillez-vous un peu les yeux avec votre mouchoir, ça vous fera du bien.
j^imo DIVOIRE, trempant un coin de son mouchoir.
C'est pas qu'il est mécliaut, vous savez. Il £2 sera trouvé entraîné...
LOUISE
Oui... des amis...
M™" DIVOIRE.
On sait bien ce que c'est qu'un artiste, n'est-il ])as vrai ?
ACTR PREMIER 17
LOUISE
Ce n'est pas comme un épicier.
M"'e DIVOIRE.
Évidemment. Il leur laut cette vie de surexcitation nerveuse...
LOUISE
...Sans laquelle l'inspiration ne vient pas...
m"" DIVOIRE.
Ah! votre mari vous dit çà aussi, à vous..
LOUISE
Oui.
M™" DIVOIRE
Seulement, quand on a quatre enfants...
LOUISE
Quatre enfants !...
Hime DIVOIRE.
Ils ne connaissent pas ça, eux, n'est-ce pas .•*
LOUISE
Oui 11 leur faut du pain tous les jours.
Mme DIVOIRE.
On en a. Seulement, l'autre fois, on m'a renvoyé Pierre, parce que sa pension n'était pas payée.
LOUISE, avec des hésitations.
Entre nous, madame Divoire, voulez-vous que je vous prête dix fi-ancs... Je puis en disposer... vous me les rendrez quand vous voudrez.
M™e DivoiRE.
Oh ! je vous remercie bien, madame Xervaiis;... nous n'en sommes pas là... André doit aller toucher demain un à-compte chez un éditeur...
LOUISE
C'était de bon cœur, vous savez.
Mme DIVOIRE.
Oui, vous êtes très bonne... Mais je n'ai pas besoin, André ne saura rien de tout oa, n'est-ce pas ? Il a lallu des circonstances extraavdinaiyeSj parce q\ie, d'abord, il m'avait promis de ne plus boire d'absinthe...
LOUISE
En effet...
Mme DIVOIRE.
C'est égal, madame Tervaux, veillez sur le vôtre, allez !...
LOUISE
Oui. Voulez-vous que j'aille chercher monsieur Divoire?
M™*^ DIVOIRE.
Je veux bieft. Je n'ai qu'uu mot à ^^i dire. Louise va ouvrir très doucement la porte de droite, Gabrielle
paraît.
LOUÏSB.
Dis à monsieur Divoire que sa femme est là, et
u'elle voudrait lui parler...
QABRIELLE.
Bien, maman.
£Ue sort.
ACTK PREMIER 19
LOUISE, i M"' Divoiie.
n va venir.
Mme DIVOIRE.
Merci... Je vous demande bien pardon de vous avoir dérangée... seulement...
LOUISE
Le voici... Je vous laisse.
Louise sort à gauche, Divoire entre à droite.