SCENE IX
Mme LEGRAND, JACQUES, LOUISE.
JACQUES, à sa belle-mère.
Eh bien, vous êtes contente ! Me voilà fâché avec mes meilleurs amis, et mademoiselle Vernier ellemême...
LOUISE
Mais, mon ami, maman n'a pas voulu te faire de la peine.
Mine LEGRAND.
Et je crois même vous avoir rendu service.
JACQUES
Vous vous trompez.
Mine LEGRAND.
Combien gagnez-vous par an dans la poésie ?
i2 MÉNAGES D'AïlTtàTES
JACQUES
Madame, la poésie n'est pas un métier dont les recettes et les dépenses se clîilTrent sur un livre de commei'ce comme celles d'un épicier. On est poète ou on ne l'est pas. Si on l'est, on sui't la , voie dans laquelle on est entré sans s'arrêter aux accidenta glû chemin et aux mesquineines de l'existence.
Mme LEGRAND, , .
Et si on ne l'est pas et qu'on croie l'être ? A-t-on le droit de forcer sa femme à souffrir ? A-t-on le droit de ruiner son enfant ?
JACQUES
Le poète a sur te^re ^ne îftîssion sacrée, et un devoir impérieux à remplir.
Mme LEGRAND.
Son premier devoir c'est d'apporter à la maison de quoi faire bouillir le pot-au-feu.
LOUISE
Mais, maman, nous ne manquons de rien.
Mi^e LEGRAND.
Vraiment! Alors pourquoi vends-tu tes boucles, d'oreilles et mets-tu ton argenterie au Mont-de- Piété.
JACQUES
Ah ! Vous me faites bien de la peine. Croyez-vous donc que je n'aie jamais pensé à ce que vous me dites. Je vous assure que bien souvent j'ai douté de moi, et voyant la misère qui nous menaçait, voyant Louise supporter bien des privations sans se plaindre, j'ai eu avec moi-même de terribles combats ', j'ai juré