‹ Ménages parisiens; comédie en trois actesChapitre 18 sur 70 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

JEANNE

Elle devient malheureuse.

VICTOR

C'est quelque chose, mais ce n'est pas tout. Con- Bidérez sa position au point de vue social ! Avant de vous marier, "vous vous appeliez mademoiselle Vernange; en vous mariant vous devenez madame de Faverolles. Bien. Après votre divorce, vous revoilà Vernange, plus mademoiselle, madame! Vou3 allez dans un snlon, aux eaux, n'importe où... On vous nomme: — Madame Vernange!... — Que fait son mari !... — M. Vernange?... Il n'y en a posl...— Elle est veuve? — Non, divorcée I... Ah !... Entendez-vous ce fih I... — Sentez-vous tout ce qu'il y a d'ironie, de malice, de méchanceté, de sous-entendus dans ce ah !... Pour les veuves, c'est bien plus simple : — Madame une telle, elle est veuve. — Ah !... Si elle est triste, on la plaint ; si elle est gaie, on se dit : Son mari devait la rendre bien malheureuse I

JEANNE

D'où vous concluez ?

VICTOR

D'où je conclus que, grâce à moi, vous n'êtes plus madame Vernange, sans M. Vernange... Vous êtes madame Galinard, avec M. <jatinard.

JEANNE

Je le vois bien.

VICTOR

Rendez donc heureux cet excellent Gatinard et ne pensez plus jamais à cet abominable Faverolles.

JEANNE

Je tâcherai ! mais peut-être valait-il mieux attendre pour m'épouser que je l'aie oublié tout à faiti

VICTOR

Faut-il tout vous dire ? C'est l'amour que vous aviez gardé pour M. de Faverolles qui m'a déterminé I

JEANNE

Singulière idée I

VICTOR

Oui, en voyant combien vous aviez aimé cet hommelà, combien vous le regrettiez, lui qui vous a tant fait souffrir, je me disais : si elle a aimé autant un homme quil'arendue malheureuse... (Avec fatuité.) ah! que réserve-t-elle à celui qui fera son bonheur!...

JEANNE

Vous pouvez compter sur mon affection et sur mon dévouement.

VICTOR

Nous en ferons de l'amour, ma chère Jeanne... (au public.) Moi, on ne m'aime qu'après!... (Venant à elle.) Vous verrez comme nous serons heureux.

JEANNE

Ma tante habitera avec nous, n'est-ce pas ?

VICTOR

Non! Une tante est une belle-mère déguisée

JEANNE

IMais vous l'adoriez, ma tante !

VICTOR

Je l'adorerai toujours (a part.) les jours de terme. (Haut.) Il va être bientôt l'heure du dîner. Voulezvous que nous nous fassions servir chez nous ?

JEANNE

Comme il vous plaira.

AOTE PREMIER

Je vais donner des ordres. A bientôt, ma ciière

JEANNb:.

A bientôt, mon ami.

VICTOR, à part, avant de sortir.

Je crois que je serai très heureux (

Page 1