ACTE DEUXIEME
PAUL
Dans quel journal et à quelle date avez-vous lu cela?
JEANNE
Le journal ? Le Gil Bios ; la date, en mai 87, je crois.
PAUL
J'étais en Afrique.
Cela n'empêche pas.
PAUL
Je vous jure que c'est faux f
JEANNE, à part.
Ah ! (HJiut.) Faux ou non, qu'importe !... Je ne sais en vérité pourquoi je m'attarde à vous donner la réplique.
PAUL
Je vous en prie, .leanne. Je sens, je suis sûr que je ne vous suis pas indifférent. Votre trouble tout à l'heure, quand vous m'avez vu, vos reproches... votre froideur, qui n'est qu'un masque... tout me prouve que le souvenir du passé n'a pas complètement disparu en vous !
JEANNE
Je ne retiens du passé que vos torts envers moi.
PAUL
Voilà donc ce qui reste de ces serments d'amour éternel!... "Voilà ce qui reste de cette vie à deux, si intime, si délicieuse, qu'il semble qu'on n'ait qu'un cœur, qu'une àme, qu'un frisson t... Eh bien, non, je n'ai jamais oublié, je n'oublierai jamais que c'est par vous que j'ai connu l'amour vrai... que le reste n'est que caprice, fantaisie, mensonge, et que lorsqu'on a aimé sa femme, ne fût-ce que pendant un
jour... ne fût-ce que pendant une heure... ce souvenir-ne s'efface jamais... jamais...
JEANNE, essaj'ant de cacher son émotion.
Si l'on VOUS entendait, on croirait que c'est moi qui ai eu tous les torts I
PAUL, avec sincérité et noblesse.
.Je le voudrais ! (Mouvement de Jeanne.) pOur VOUS
les pardonner en ce moment.
JEANNE, continuant à lutter contre elle-même, mais avec un peu moins d'assurance à chaque phrase, à part.
Il m'aime toujours !
PAUL
Ah ! je mérite votre dédain, car je n'ai pas su comprendre tout ce qu'il y avait en vous de bonté, de tendresse, de charme et de dévouement : si vous saviez combien vous êtes grande à mes yeux! Ah! que j'ai été fou de méconnaître votre amour et de ne pas comprendre qu'en clierchant le plaisir, je perdais le bonheur !... Je vous en supplie, Jeanne, laissez-moi essayer de mériter mon pardon!... Je vous ferai oublier le passé à force de tendresse et de repentir!
JEANNE, trè3 émue.
C'est impossible, vous dis-je I
SCEiNE VII Les Mêmes, VICTOR.
VICTOK, à part, voyant Faverolles.
Déjà !... Voilà !... (Haut, en se montrant.) Ma chèia
Jeanne !...
PAUL, se retournant stupéfait.
Ma chère Jeanne I
Mouvement de Jeanno»