ACTE DEUXIEME
PONT-GAUDIN
A moins que vous ne m'y autorisiez I
A quoi boni
PONT-GAUDIN
C'est juste! Vous voilà tranquille maintenant. Dites donc, voulez-vous que je vous en raconte une bonne?...
MARIA
Si elle est trop leste, non.
PONT-GAUDIN
Ce n'est qu'amusant.
MARIA
Allez.
,^^ PONT-GAUDIN
Eh bien, tout à l'heure, après le dîner, votre mari m'a demandé du feu. Un peu plus, il en demandait à Gatiuard.
MARIA, éclatant de rire.
Ahl C'est bien drôle, la vie !
PAUL, se montrant.
Vous trouvez, chère amie? I '"■
PONT-GAUDIN. '
Oh! le mari!
PAUL
Pardon, monsieur, il n'y a ici d'autre mari que vous!
Gomment ! Ils ne sont pas mariés !
PAUL
J'ai toléré que madame Pont-Gaudin passât pour
76 MEiNAGES PAKISIE.NS
ma femme; mais il n'avait pas été convenu que je passerais pour un imbécile.
MARIA
Dès l'instant que vous écoutez aux portes...
PAUL
Vous faites erreur, madame. Je suis ici dans un salon d'hôtel commun à tous les voyageurs, et si rien ne vous défend d'y parler, rien ne m'y défend d'entendre.
MARIA
Puisqu'il vous plaît de dire que je ne suis pas votre femme, à quel titre élevez-vous la voix ?
PAUL
Mais, ce que je viens d'entendre, me parait ajouter une page inédite au divorce Pout-Gaudin! Vous ne m'aviez pus parlé de l'mcident Galinard!
MARIA
Et après? De quel droit vous érigez-vous en juge ici? Qu'est-ce que je vous dois ?... En devenant voire maîtresse ne vous ai-je pas sacrifié ma réputation ? N'ai-je pas rompu avec toutes mes connaissances, ne me suis-je pas volontairement fermé les salons? Et vous, que m'avez-vous sacrifié en échange, que m'avez-vous sacrifié pour parler si haut aujourd'hui? De nous deux, mon cher, c'est vous qui êtes l'obligé, ne l'oubliez pas ! et si ce n'est pas la reconnaissance qui vous fait taire, que ce soit du moins la politesse.
PONT-GAUDIN, à part.
Elle est superbe I
PAUL
Cessons, je vous prie, une conversation presque ridicule en présence de monsieur.
MARIA
Il ne fallait pas écouter aux portes. Ce sont là façons de laquais et non de gentilhomme !