Ménagiana du 20e siecle
l.c Iraiî^ais liiur.urc cesse de plus en plus d être un icrr.lin favorable aux éiyinolo^isies d'iinai;iuaiion.
On lui a découvcri une histoire, cl cette histoire vient souvent contrecarrer les étymologies les plus spirituelles, les plus ingénieuses.
Un auteur modeste et anonyme avait-il trouvé à cordomtier (C p. ^) l'origine de dontwut lU cors (jinx pieds) — le sutlixe ier s'employant concurremment avec le suffixe eur pour désigner l'homme de métier (^èpuier : lalhmreur ; donc dotviin : Imiuur) — qu*aussit6t voilà l'histoire qui découvre un cordouati « cuir de Cordoue », l'existence d'une ville en Espagne qui s'appelle Cordoue et où l'on fabriquait du cordoitatt. Aussitôt rétvmolt)gie spirituelle
.en wirvi nun bci ihm einc Bibliographie finden (hôch:>lcns ciiic solciic Jcr ihm cntgcgncndcn Kritikcr). » -- Litcraturbl. f. gcrin. unJ rom. Fhil.. 1920, p. v
Abekviations : (" Kcvuc de phil. fr., 1922.
D. : Dau{ii!. I .lis de gi 1921,
Champion .
A.I). '{iit, La gcogr. Hng., riammarion.
de donneur de cors doit céder le pas au prosaïque travailleur de cor doua n.
Il semblerait que les beaux jours de l'étymologie spirituelle fussent passés.
Fort heureusement, elle a trouvé, tout dernièrement, un nouveau champ où elle peut maintenant faire valoir de nouveau ses droits, où il est possible de « manier l'hypothèse )) (A. D. p. 24) en toute liberté, « de mettre en jeu l'esprit de finesse » (A.D. p. 24), a d'aller à la découverte » (A. D. p. 2-j)... sans même chercher toujours à se montrer aussi spirituel qu'autrefois.
Parlez-moi des jargons, des argots et des patois ! Ceuxlà n'ont point d'histoire qui puisse gêner les ébats étymologiques. Pas de responsabilité envers qui que ce soit ! Pas de a garde-fou » (A. D. p. 43) ! Pas de compte à rendre ! Et d'ailleurs — entre nous — qui nous lit ? Pas même ceux qui, par nécessité de métier, doivent rendre compte de nos explorations dans quelque revue ou journal !
La méthode suivie dans cette science nouvelle est d'ailleurs aisée, et son maniement est à la portée des enfants, ainsi que vous allez le voir. Est-ce celle que suivait Ménage ? Je ne saurais le dire, n'ayant jamais lu son livre dont je parle par ouï-dire. Mais elle aboutit à des résultats qui — ingéniosité mise à part — ne le cèdent en rien à celui auquel aboutit l'étymologiste anonyme du mot cordonnier.
Voici comment il y a lieu d'opérer :
= On dit, parait-il, dans un certain monde (jargon) fluchsia pour fuchsia. Il s'agit de savoir comment fiichs (phon./z/^j) est devenu fluchs {^hon. fluks). Rien de plus facile : consultez votre dictionnaire !
— Lequel ?
=^ Le dictionnaire français, naturellement, et non celui du jargon. Quels sont les mois qui commencent par Juchs ?
— Il y a fuchsia « plante ainsi dénommée en l'honneur de l'uchsy botaniste bavarois du xvi* siècle
C'est celui qui nous intéresse. C'est lui qui est devenu fiuchsiii. Y en a-t-il un autre ?
- Il V .1 encore fuchsine vju. vi.nv de iSj^. CeM d'un certain Rtiund de Lyon, en allemand Fuchs, que la /wW/sim a été dénommée. Il n'y en a pas d'autre.
}-nn hirn ' Ce ilcrnicr tT*i'«;t p:\< dcvrnti ffuchsinCj suit qu u lieu ail pas eu ie lemp.s — u est de 1859 — soit pour une autre raison.
Il ne nous reste donc qu'à examiner comment le premier des deux mots comment;ant par fuchs, c'est-à-dire fuchsia, est devenu fUuhsia.
Consultez dans votre dictionnaire — le dictionnaire français toujours — quels sont les mox^ qui commencent pzT fluchs (phon. fluks).
— Il y a Jlux.
— - Fluchia ne j>eurpas venir de iitix ou en être influencé ; car r.v Fie ^<. prononce pa^, l-u ne :>e prononce en liaison que comme ^.
— Il y a encore fluxion et fluxiomuiire, et c'est tout.
^= Tant mieux que ce soit tout ! Le contaminant de jiucnsui n'en sera que plus certain. Nous le tenons : c'est à fluxion que remonte indubitablement fiuchsia.
— Mais quel rapport y a-t-il anre fuchsia et jluxion ?
Il n'y en a pas ; mais il n'y a pas besoin qu'il y en ait un j'est une contamination qui peut se produire
alors même qu'il n'y a aucun rapport de sens entre les deux mots rapprochés » (C. p. 5).
— Alors, si aucun rapport de sens n est nécessaire pour
faire naître une contamination, comment sait-on que la contamination émane d'un mot et non pas d'un autre ? = On ne le sait, comme dans le cas présent, que lorsque le mot d'où émane la contamination est le seul de son genre. Dans le cas présent, on le sait parce que le seul mot qui ait flux., ^st fluxion, et que, par conséquent, c'est fluxion seul qui influence fuchsia — sans influencer fuchsine.
— Si, au lieu d'un, il y avait deux mots, ou trois, ou quatre mots en flux.., dont l'un signifierait — et signifie réellement « fluxion » — et les autres « bateau », ou « rasoir «, ou « flûte ))...
= Dans ce cas, puisque « la contamination se produit alors même qu'il n'y a aucun rapport de sens entre les deux mots rapprochés », fuchsia serait devenu fluchsia, soit sous l'influence àt fluxion « fluxion », soit sous l'influence de flux.. « bateau », ou de flux.. « rasoir », ou de flux.. « flûte ». Et l'une des interprétations serait aussi plausible que l'autre « puisque la contamination se produit alors même qu'il n'y a aucun rapport de sens entre les deux mots rapprochés ». Fluxion n'a -spas plus de rapport avec fuchsia que n'en ont avec ce dernier « bateau », « rasoir », ou « flûte ».
— Et qu'est-ce qui nous guidera dans le choix du véritable contaminant ?
= Rien ! Seule étant opérante la « sympathie » phonétique, les quatre ///A'., auraient des droits égaux à la contamination de fuchsia. Il faudrait choisir au petit bonheur, ou encore mieux vaudrait admettre l'action contaminante des quatre, quitte à n'en détailler qu'une et à dire des autres « qu'elles nécessiteraient une autre étude » (Cf. D.
— Et vous appelez cette contamination qui pourrait
indirtcrcminciu cmaiicr de t]u.urc mois divers une coniainination lexicale. ?
= Spccitiabic et rendue certaine par l'unicité en français des syllabes fuks et /////• ^i jamais vou.^ tnuudez dire fuxion pour fluxion, sachez que celte forme n*a pu être contaminée que par fiului. Sache/ aussi que friclnia ne peut avoir été -nnTaminé que par friction ^ qnî r-^t le seul mot français commensant par friks. Si vous eniendez dire frturhsia, lene/.-vous-en à une contamination venue de frirtion ; car il n'y a pas de mol en français qui commence y Ai fruks.
— Ne seraii-il pas utile de compléter notre nilormation auprès de la personne qui a dit fhtchsia ? Mous lui demandcri'^n"^ si elle a des phîox dans son jardin, ^' *'!le connaît la fiuhsiue, si elle a des bobos qu'elle appelle fluxions, %\ elle est coutumière de gniu fluxions ou de ^énufrictions, si son père est mort de la f\iésif «< (pleurésie ») uLi de vélocipthie (« érysipèlc »), et peut-être serions-nous alors renseignés sur la recevabilité de la syllabe /wr/w dans son cerveau '.
II GEMMENT ON TROUVF i 'iH-w.nt or.tr r.'-^pTf aIRH f^î*^- TRl'( TRICK d'us MOT ET SANS KAFJ'ORi SLMANIIQITK AVEC CELUI-CI.
Autrefois, les étvmologistes tenaient compte dans leurs recherches de la valeur sémantique des mois. Aujourd'hui, il n'en est -plus question. « Cela était autrefois ainsi;
fnnis nniK nvnns changé tOUl cela, et nous fiisons tn.Tin-
I. /:' mui ? Nei ! es fclilt cpis : nie scli linlhusinsmismus.
Familioiiiir m familier •». Contamine par milUonuaire ou par $tationudire ?'
tenant « l'étymologie » d'une méthode toute nouvelle » (Molière).
Plus n'est besoin qu'il y ait rapport de sens entre deux mots : un rapport formel suffit. Une ressemblance de forme suffit pour reconnaître le mot contaminant, une ressemblance de forme suffit pour reconnaître la ou les étvmolotries d'un mot.
Quant à l'opération qui révèle l'étymologie, elle est la même que celle qui révèle le contaminant. Vous allez voir qu'elle est à la portée des enfants.
(^Essais de géographie linguistique, p. 89.)
« Les formes du Mont-Dore et du Limousin et le fanui de 815 sont d'accord avec les fermi, frémi de la Nièvre et de l'Ain, pour prouver que dans le centre de la France, du Velay au Nivernais et du Limousin à la Bresse, formi{c) a été altéré en fermi, frémi par l'étymologie populaire (d'après frémir^ \ C'est cette homonymie qui a tué le mot dans le Massif Central et qui a fait le succès du substitut germanique. »
I. "Je ne serais pas étonné qu'il se soit produit aussi une influence de la racine ferm : la question nécessiterait une autre étude. Le mot a subi l'attraction homonymique de fournir dans l'Aveyron Çjîimi^e), le Gard, les Bouches-du-Rhône, etc. (furjiigo). »
Le peuple a reconnu dans « fourmi » un frémir. Frémir n'a aucun rapport sémantique avec « fourmi », pas plus que fluxion avec « fuchsia ». Un rapport sémantique n'a pas besoin d'exister entre deux mots pour qu'il y ait étymologie populaire, pas plus que pour qu'il 'y ait contami-
nation. Frémir est un mol fort peu populaire : nous allons voir tout à rhciire quelle est l.i forme qu'il .1 revêtue à Vinzelles, où il est censé avoir détruit le mol irmi »>
avec lequel il est entré en collibion, dit-on. Aubsi n*at-on pas cherché à établi i u importe qucll<^ connexion sémantique entre « fourmi »> et « frémir » : il suHit que les deux mots se ressemblent formellement. Ils se ressemblent '"" ''^^ff • b «: v 1 la be //rm leur est .-nnTninnr
--- Cdiisuiu/ vt)trc dictionnaire, cl diic^ uioi coiupitn de mots il y a qui. comme frémi, commencent par frem.
— Il n'y a que Jr/tnir et «îe*? dérivés.
Par conséquent, *. ^.>l j'^rru» que le peuple .1 nli dans sa forme frémi « fourmi » tt ce ne peut éire que lui '.
— Fort bien. Si le peuple a vu « frémir » dans frémi, c'est que cela faisait son affaire, si c<li ne fait pas 'i nôtre. Il n'v a pas lieu de discuter des ^outs et des couleurs.
-=: Je suis bien de votre avis, et le jx-uplc aussi ; car, après avoir fait Téiymologie populaire frémir, n.> uns la trouvent mauvaise (patois repentants), et ont alors recours, pour détruire cette homonymie qu'ils jugent détestable à un mof «'' î-manique (?) (" c'est cette '^'^monymie... "'^. à m<7^^, nui^t'iie, lequel leur t)rire la garaniie qu'ils ne se tromperont plus, ce mot ne se prêtant, parait-il, à aucune interprétation éiymoloj;ique capable de produire une nouvelle équivoque ; quant aux autres (patois impénitents), ils persistent à supporter ou .1 voir dans frémi quelque chose de « frémissant », ou rien du tout, et gardent frcmi — ne cpnir-.v» que pour pouvoir témoigner que c'est son homonymie à\cc frémir qui l'a tué ailleurs.
I. bi Jlu<hna devait un jour cire rcmpUcé d.ins un patois par un autre mot, il est évident que les futurs disciples de M. I). auront ringcniosité d'attribuer sa disparition à sa collision ivec Jfuxion.
— Mais, il n'y a pas que frémi, il y a aussi fernii.
= Consultez votre dictionnaire français, et dites-moi combien de mots il y a qui, comme fcrnii, commencent par fenn.
— Il n'y a que ferme et des dérivés du radical /d/w. Pas autre chose*.
= Par conséquent, c'est ce fer m que le peuple a pu voir dans fe?'mi. Mais, comme il a déjà vu « frémir » dans frémi « la question nécessiterait une autre étude ».
Quoi qu'il en soit des résultats que Ton obtiendrait d'une autre étude, ici encore, le peuple s'est divisé en deux camps : les uns ont sanctionné l'étymologie populaire qu'ils avaient faite, les autres, qui l'avaient également faite, l'ont rejetée et se sont réfugiés à l'abri du mot germanique, qui leur était toute envie de refaire de l'étymologie — remettant aux précédents le soin de témoigner que c'est l'homonymie avec le radical ferm qui a tué leur fer mi.
— Alors, si c'est l'unicité lexicale de fluxion qui a donné à M. Clédat la certitude d'un rapport de fuchsia avec fluxion, c'est la dualité d'un radical fcrm, frem (frémir, fermer) qui adonné à M. Dauzat la certitude d'un rapport de « fourmi » avec frémir et l'inspiration d'un rapport avec ferm. Ce qui, chez le premier, n'était qu'une raison à contamination, est, chez le second, une raison à étvmologie populaire, contamination et étymologie ne reposant sur aucun rapport sémantique,
= tandis que cordonnier = « donneur de cors aux pieds » (C. p. 3) et courage = « rage du cœur » (C. p. 3) reposent sur un rapport sémantique.
C'est à la géographie linguistique que nous sommes redevables des deux découvertes étymologiques de frémir et de ferm.., et c'est la géographie linguistique qui nous
révèle, l'époque géologique de Pnire fretni, frrwi — frémir, ferm(er) » que recou\ic aciuellcmciu uu mui -li manique.
— Li i^éolosio linyiiistique est une science bien intéressa nu
Ccriamemcni ; mais, comme vous allez le voir, elle ne donne pas toujours les résultats qu'on en pourrait attendre.
Ainsi dans l'Aveyiun, les ik)uclKs-du-Kliônc, vu. on a reconnu dans o fourmi » le verbe fournir.
- Diics-nous donc comment.
Toujours de l.i même manière. Dans ces départements, la « fourmi »> porte les noms-iypcs y</r;//^r, /t/r/j/ifo. l'onii.. y devenant jurn..^ consultez votre dictionnaire, et dites-mut nn(*U ^iotit Ifs mots frnncais tuii commencent par Jouni.
— Il y a founiaisey fourtieau, (ouruée, journier^ founiil. = Ce n'est pas v;a qui peut être l'étymolo^ie de jurnii^ey
funiigOy bien que fournaisey foiirnily fourneau puissent faire songer à une fourmilière dans laquelle on fourrerait ses mains. Kappelcz-vous qu'il n'y a pas besoin de rapport sémantique pour produire IVtvniolfVMc populaire ; et. d'ailleurs, le chef de file de ces muis cbi yi;/<r, et dans /mr il n'y a pas 1'// qu'il nous faut pour expliquer /t/n//^^, /wrnii'o .
— .Alors, il n'v a plus que fournir et ses dérivés.
- Par conséquent, c'est fournir qui a fait de formica fur ni ^e y fun:
- Parce que la fourmi nous f.mrnit l'acide forniique ?
Ne plaisantez pas ! Vous savez, bien qu'il n'est pas
besoin d'un rapport sémantique pour qu'il y ait étymo-
loi^ie populaire. C'est là l'essence même de l'étymologie
populaire. Au lieu de plaisanter, constatez plutôt avec moi
que l'étymologie fournir a satisfait tous ceux qui Font trouvée, et qu'il n'est venu à Tidée de personne d'entre eux d'adopter un substitut germanique, de sorte que fournir n'a pas d'autre assise géologique lexicale que le latin formica, à la différence de fermi et frémi que frémir et ferm.. ont obligés à décamper de partout, sauf là où ils les ont laissés comme témoins du bouleversement.
Vous voyez que la géologie ne donne pas toujours les résultats qu'on en pouvait attendre.
— C'est vraiment dommage !
== Ah, attendez ! J'ai peut-être de quoi vous satisfaire, à la condition que vous vous contentiez d'une contamination et non d'une étymologie populaire.
« Fourmi » a une aire belette (D. p. 79). « Elle doit être ancienne »...
« Faut-il admettre que, dans cette contrée, formica ait subi la contamination de formosa. ce qui expliquerait le remplacement par un dérivé de bellus où, dans la langue, bellus se substitua à formosus ? On pourrait voir un résidu de ce formosa > ^formisa dans le nom de la fourmilière, précisément sur les limites de l'aire beleta : frumi^eyra au point 814, furmiseri au point 808. Aucune de ces formes ne peut s'expliquer ni traditionnellement par formicaria, ni par l'influence du français fourmilière. » Voilà une découverte admirable : formosa inspirant « fourmi » a transmis l'idée de « belle bête » à belette « fourmi » qui la garde pieusement jusqu'à nos jours et dont le souvenir est encore pieusement gardé par les dérivés de *formisa (< « formosa »).
Pourquoi faut-il que M. Dauzat vienne atténuer l'admiration que nous inspire son « esprit de finesse » en nous disant à la page précédant celle qui nous révèle sa découverte « si belette est une métaphore qui ne s'imposait pas, 1
c'est assurément celle-là : tandis que l'animal que nous appelons en français belette est réellement un animal gracieux..., nous ne trouvons rien de tel pour la fourmi, qui est au contraire regardée par le paysan comme une « sale béte » ' ?
Le paysan qui a vu dans formica un « formosa » et en a fait une belette n'a pas réagi en vertu de sa conception qui en a fait une « sale bête >> depuis l'époque fort lointaine où elle était considérée comme une « formosa » jusqu'à nos jours. « Sale bête » elle est, belette elle est restée, alors que frémir et fenn.. tuaient « fourmi », et bien que, nous dit-on, belette « conserve encore le souvenir de son origine sémantique », puisque « se trouvant disponible par la substitution d'un mot germanique », il s'est mis au service de « lézard gris », mais non pas de « belette blanche », ni d'« aïeule » qui sont des belettes, mais d'un autre régime.
Et le paysan qui dit *formisa < formosa, que fait-il donc, lui ? Fi, le paresseux !
— Pendant que vous discouriez sur belette nous avons consulté le dictionnaire pour voir les étymologies populaires qui pourraient avoir provoqué le départ de *formisa <i formosa. Pour froni.. Qrunii^^eyra), le dictionnaire nous donne fromage, froment. . .
= Assez ! N'en jetez plus ! « La question nécessiterait une autre étude. »
Si nombreuses que soient les étymologies populaires qui ont transformé ou métamorphosé le formica latin dans l'aire étudiée par M. Dauzat (formosa, frémir, ferm.., fournir) j je ne suis pas sûr qu'il les ait trouvées toutes.
I . A propos : est-ce de maiet « fourmi » que nous vient le français maietie « sale bête » ? !
Il me paraît notamment qu'il aurait dû en trouver une autre à Vinzelles, endroit qui lui a tourni la matière de son Glossaire étymologique du patois de Vinzelles.
Vinzelles a le substitut germanique de « tourmi » qui repose sur une confusion de « fourmi » avec (^ frémir », et implique l'étymologie populaire frémi <C frémir, équivoque intolérable, demandant, pour être levée, un substitut, en l'espèce un substitut germanique.
Vinzelles a donc eu l'étymologie y;//;///'.
Or : frémir y est représenté par :
« fârnxi, frémir (frémir < *fremire et infl. de frênu ?) »
(On voit par frenu que l'étymologie populaire ne date pas de la venue de la géographie linguistique. Bouillet nous dit d'ailleurs qu'on trouve des étymologies déjà dans la Genèse : je ne sais si elles y sont avec ou sans rapport sémantique.)
Donc, frenu aurait influencé *fremire, lequel, avant d'être influencé par frenu — car il nous faut ;;/ au lieu de ;/ dans « frémir » pour qu'il y ait collision avec " four/;â »
— aurait influencé frémi, influence qui aurait obligé jremi à se faire suppléer par un substitut germanique. C'est bien ancien, cela !
A MOINS QUE : fermi ait été influencé à Vinzelles par le radical ferm.., qui implique l'étymologie populaire fermi <C ferm(..). Or : ce radical ferm ne figure dans le Glossaire de \^inzelles que sous la forme farm (v. farma « affermer »), ce qui postule une forme farmi « fourmi » à Vinzelles ... et, conséquemment, une étymologie — destructrice de formica latin qui a disparu de Vinzelles
— autre que frémir et ferm.. Etymologie à rechercher dans le dictionnaire français, comme nous avons recherché — et trouvé — les étymologies frémir, /f/';«(er), fourjiir.
— Au fait, pourquoi M. Dauzai privc-l-il fartni d'une ci)iuuiu^:c destructrice de formica, alors qu'il en a doté frémi y jermi et junii^o ?
Serait-ce que farmi s'explique phonétiquement d'une fav'on plus aisée (e devant r "• </ — feimi '^ farwi, (nm^r
> fiiitna) que la méiathèse de i / {Jermi ^- ffcnu, jcima
> jrntur) }
Le cas est à étudier : ce serait de la phonétique étudiée géographiqiiement et non plus de la lexicographie Mphique. Dites-moi donc quels sont les mots fran- *;ais qui commencent par/jr;// ?
— 11 n'y en a pas. Est-ce l.'i h ni^on pourquoi fat mi ^ disparu pariiellement comme /»//;;; li frémi et remplacé, comme eux, par un mol germanique, a subi l'action destructrice d'uu autre agent ?
r — Mai> vous oubliez qu'en français le son J est rendu parfois par />/;.
— Il V a pharmaciey pharmacien^ pharmacofk^e^ pharmacopoU
<.^ue dites-vous de phai marie comme etymoiogie destructrice de farmi } Il me semble qu'elle a dû être plus ellicace que celle de fournir pt)ur jurni^o, qui n'a pas scandalisé le peuple, et tout aussi ellicace que celles de frthnir et de ferm.. pour frémi et fermi^ qui ont divisé le peuple en deux clans étymologiques, comme le (m farmi, qui est victime de sa collision (Vinzelles), en même temps que témoin de la nécessité d'une substitution (farmi de 815).
— M. Dau/.at, s'il a consulté les mots commenv;ant par plniim^ a reculé dc\am pharmacie, bien que, à la vérité, la fourmi pharmacienne ne soît pas plus étrange que la fourmi fournisseuse.
Impossible ! Ce recul me parait indigne de sa méthode.