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III. Comment on réfute les étymologies aui iMPLiauENT

UN rapport SÉMANTIQUE.

Il semblerait que M. Dauzat, comme rénovateur ou créateur de l'étymologie sans rapport sémantique, eût dû accueillir avec faveur les étvmoloi^ies des autres auteurs qui reposent sur une absence de rapport sémantique, il semblerait — pour ne parler que de moi — qu'il eût dû enregistrer avec plaisir mon étymologie friser <C frire^ puisque, selon lui, ces deux mots n'ont aucun rapport sémantique entre eux. Friser •< frire aurait dû faire bonne figure à côté de fournir, ferm.., frémir <C « fourmi ».

Dans son livre la Géographie linguistique — livre où il y a de tout, sauf ce que l'on est en droit d'y attendre, et c'est à ce titre qu'une longue discussion sur friser <Z frire y trouve place, alors que ces mots ne relèvent en aucune façon de la géographie linguistique — par une métamorphose de principes que je ne puis m'expliquer que par le fait que le français exige à ses yeux certaines convenances, négligeables quand il s'agit de jargons, d'argots ou de patois — il rejette mon étymologie du cadre où, grâce à la qualité qu'il lui reconnaît, l'absence de rapport sémantique, elle devait lui paraître s'adapter aussi parfaitement que fournir, ferm{er\ frémir (non pas pharmacie et fromage que mes auditeurs et moi, nous y voulions associer).

M. Dauzat réclame \)0\ix friser <C frire un brevet d'authenticité basé. . . sur un rapport sémantique.

Friser. — Je suis né des formes faibles de frire.

Géogr. ling. — « On n'a aucun exemple, en français, d'un verbe de la première conjugaison créé par greffe sur

le pluriel de rinJicalif prt"^enT et rimparfaii d'un verbe de la conjugaison morte en ir » (A.D. p. 107).

Iriser. — II va pourtant trn^ qui a donné rasrr (la barbe), et qui sert, comme moi, dans la boutique du barbier, où Ton rase la barbe ci où Von frisf les cheveux.

Rii>ei et moi, nous nous partageons la bt-soj^ne jiaUrneliement, même celle qui se présente en dehors de la boutique du barbier. Une pierre /<nv l'oreille du pass.int, comme moi je la frise — lui s;ins rasoir et moi sans fer. Il me frise souvent, et moi je le rase souvent, et, somme toute cependant. tiiin<; vivntm cw bnns mntVrns.

GéoGR. LING. — « Tant que Ion n'aura pas établi qu'on peut dire brûler, griller, ou frire les cheveux pour les friser (et je doute qu'on y parvienne !) on n'aura pas jeté le pont » (A.D. p. 107).

Fkiskr. — Pas besoin de pont : dans ma propriété, il n'y a pas le moindre cours d'eau : on y fri.se les cheveux, maison v frise aussi l'oreille, la bêtise même '.

Lorsque je suis en communication avec l'étranger, il n'y a pas de pont à jeter. Il est tout jeté : il relie Strasbourg à Kehl. Hn deçà, on dit /r/V^, au delà on dit die IJiiarc hrnnien, en deçà on dit Jn à friser^ au delà c'est Hrntm'isen ou Brennscheete y mots qui signifient — jx)ur ceux qui ne savent pas l'allemand — « brûler les cheveux », « fer à brûler », « ciseaux à brûler » •'.

1. Il ) <.ui arriver a tout le monde d'avoir des distractions semblables i celles de M. Dauzat. Elle est, à mes veux, d'autant plus excusable qu il m'est arrivé plus d'une fois de chercher mes lunettes dans tous les coins, alors que je les avais sur le nez.

2 î ^ (r'<<y'" illemand est un « coiffeur » (Wie soll ich Sie frisicren ?

Géogr. ling. — « Une fois de plus l'histoire du mot ne pourra s'éclairer que par l'iiistoire de la chose » (A.D. p. 107). « L'histoire est mon garde-fou » (A.D. p. 43) \

(Elle passe en revue les coiffures des grandes dames du xvie siècle, dont les portraits figurent dans nos musées.)

Friser. — H y a des moutons qui étaient « frisés » même avant elles et que je n'ai pas frisés. S'il y avait de ces dames qui, par leur antiquité, s'opposent à ma reconnaissance, ne pourraient-elles pas avoir été frisées avant ma naissance ? Mon compagnon, le fer à friser, a encore, à l'heure actuelle, un compétiteur qui s'appelle Bigoudi, ce

Was fur eine Frisur wûnschen Sie ?) Qiiand il « frise », il hrennt les cheveux.

L'allemand a emprunté du français friser la seule portion sémantique dont il eût besoin (cf. rasieren). C'est ce que font toutes les langues amenées à faire des emprunts à une langue étrangère. C'est ce qu'a fait le français à la langue latine littéraire (mots « empruntés du latin » — terme par lequel on entend avoir liquidé étymologiquement un mot ! !)

Prétendre que préparer a été, de pied en cap, emprunté au latin, alors que des « préparer » existaient déjà dans la langue, et que ces « préparer » préexistants à préparer réapparaissent après l'adoption de préparer, sous forme de « préparer » diminué de préparer (C. p. 20) : c'est une supposition qui dépasse mon entendement, habitué cependant au « paradoxe » (A.D. passim).

Le lettré conscient propose, le peuple dispose.

Plusieurs « préparer » > des « préparer « diminués, par des agents destructeurs, du futur « praeparare », de nature thérapeutique > praeparare -j- ce qui reste des « préparer » non atteints par les agents destructeurs > préparer -\- ce pour quoi praeparare n'était pas emprunté et dont on n'avait pas besoin (étape actuelle). Je parlerai de cela plus tard.

I. Prenons garde, M. Dauzat ! Déjà, pour avoir parlé de l'abeille, on m'a reproché de ne pas être apiculteur. Vous avez fait vos preuves en apiculture, et ce reproche ne peut vous concerner {niouchette « abeille » diminutif par rapport à mouche à viande — Les étymologies des étyttiologistes et celles du peuple). Mais ne va-t-on pas nous reprocher à tous deux de n'être pas coiffeurs ?

qui n'est peiit-circ qu une nouvelle firme d'une maison plus ancienne. 11 y a aussi Papillote.

CjI.Oi.R. LINCj. — Jl iiL ^'ui.^ CroiTÇ qiiL ^lnl^ .i)t/. lail

partie de la famille de frire, sous prétexte que cette famille a perdu certains de ses membres, qui n'ont pas été retrouvés : c'est une lentativ' •'•" 'hantar'- <^'* ^'ryrr.- ni.r \t J. j»rê lin^éniosité des arguments que vous iicvcioppc/., nous ne croyoïis pas à l'exactitude de cette thèse un peu trop paradi)xale » (A.D. p. inf;y « H y a entre vt)ns et Jrire un abime de sens » (AU |-. 107). Votre insisiance frise de bien près l'inconvenance et je brûle d'envie de vous brûler la politesse.

Friser. C.cpendanl je suu» peu leur d un brevet d au-

thenticité d'au delà du pont de Kehl (làteraturblati f. germ. und rom. Pliil., 1920, p. 591). Là-bas, pendant la guerre, ils ont voulu me faire passer, moi et ma famille, pour Allemands de bonne souche. On a reconnu finalement ma nationalité fran*;aise, surtout grâce au témoignage df nion excellent ami raser, qu'ils nnr fnlr inîrrvrnir, aiui-s que je ne songeais pas même a invoquer son unioignage. On a reconnu ma nationalité fran(;aise, on m'a reconnu comme descendant dv frire t'i l'on a « beseitigt » — en français <• débouté - les imposteurs allemands

qui voulaient usurper mes U)nctions.

Comme pis-aller, ne pourrais-je pas être reçu au même

titre lIuc formosa. fntirttir, frrmrr et fr.htjtr }

GÉOi.R. LiNG. — Impossible ! Ceux que vous invoquez n'ont de rapport sémantique avec personne et ne toléreraient pas votre présence au milieu d*eux ; car, j*y songe, ne seriez-vous pas un fraiser déguisé « une forme régie-

nale de fraiser ', le fer à fraiser étant analogue, sinon identique, à celui qui frisait les cheveux » (A.D. p. 107). Chez nous, nous fraisons des manchettes, nous fraisons du papier, nous fraisons la pâte. Hein ! voilà qui vous défrise !

Friser. — Ce que vous dites fraise l'inconscience. « Tant que Ton n'aura pas établi qu'on peut dire « brûler des manchettes, brûler du papier, brûler la pcâte pour les fraiser (et je doute qu'on y parvienne !) on n'aura pas jeté le pont » (Manuel des ponts et chaussées).

Il est évident que, si le parisien fraiser n'avait pas fait grève, le provincial **friser — un astérisque, parce que le mot n'existe que pour les besoins de la géogriiphie lin-

I. Nous vovons ici M. Dauzat attirer \^ fraise dans le domaine où il a joué le sort de la « fourmi ».

Il n'y a pas le moindre doute à avoir sur la légitimité du rapport de « fraiser » avec « friser ». Ce rapport existe en Allemagne. Seulement... il y est, comme de juste, l'inverse de celui qu'établit M. D. pour la France. La Krause est une « fraise » en même temps qu'une « frisure ». Bien que lingiiistiquenienl il n'y ait aucune difficulté à faire remonter en Allemagne le port de la « fraise » à une époque préhistorique, sinon lacustre, du moins antérieure de quelques millénaires à l'emprunt que nous y fîmes de ce radical pour désigner la groseille, je doute que M. D. incline à y constater « fraiser » > « friser », plutôt que (' friser » > « fraiser «. L'histoire de la langue qui dispose quelquefois de l'histoire des choses n'a pas voulu qu'en France c friser » devint « fraiser ». Est-ce un malheur ? Nous pourrions fort bien appeler crêpe la « fraise », comme les Allemands l'appellent Krause, et dire crêper les cheveux (ou le chignon) pour les friser (kràuselii); mais nous ne le faisons pas, et peut-être n'avons-nous pas tort : nous avons profité d'une aubaine qui n'a pas échu à manchon (de bec de gaz) p. ex. — qui est un i< bas » en ail. — pour se distinguer de manchon (de femme). Dans la Suisse allemande les Kriiseli sont aussi bien des « frisettes » que des « groseilles ».

guistique, un second pour mnrntît*r IVrount-niciu que me cause l'habitat de la a frai:»c ^uc il piuvincial friser ^

dis-jc, ne se serait pas présenté, ou n'aurait pas été ai^réé à Paris, pour travailler à la place de fraiser. Voyez comme les grèves désorganisent le corps lexic.il r f'tfhf'r faisant son devoir à Paris, comme ^friser l'a laji a sa place, friser continuait à fournir les « fraises » en province et y restait; il ne venait nas à Paris, n'y rencontrait pas frirr. nous n'auriuns pas à déplorer « la désorganisation de ^a cunjugaison et unedéfectivité à laquelle il n'a pu porter remède » (AD. p. io8), et nous ne verrions pas ce campagnard se parer des qualités et fonctions de frire, victime innocente de la pare-sse et de l'insubordination de fraiser.

Je me demande vraiment pourquoi, après son chômage volontaire, la ville de Paris Ini confie encore ses anciennes fonctions dans la charcuiciit, la pâtisserie, ler» ateliers de machines, etc.

Si ma thèse est « un peu trop paradoxale » (A D. p. io6), et si, par le plus grand des hasards, W. Dau/at n'avait pas, quoi qu'il en dise,« achevé sa certitude » (A.D. p. 107) d'un fraiser qui soit un « brûler », je me demande quel peut bien avoir été au xvi* siècle, en l'rance, l'être lexical tenant de « brûler -^ et de « crêper » autre que « frire " ? Par quoi cet lul my.stérieux du :\\i :>iècle vat-il nous faire remplacer « rere » dans notre verbe actuel raser (..la barbe — ..une ville) qui est, sauf erreur, laine de notre friser ?

MACOS, PROTAT FRÈRES, IMPRI.MEURS

PC Giliieron, Jules Louis 2700 Menagiana du XXe siècle

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