LA HARPE
apprenait à ses contemporains : « Je soutiens , » disait-il1,
« Je soutiens donc, car c'est un fait
« Que mon héroïne est d'Athènes :
a Et dans ce pays-là, Dieu sait
« Combien elle a fait de fredaines!
« Que dis-je ? à l'âge de quinze ans,
« En véritable courtisane,
« Elle agaçait tous les passants,
« Même les plus honnêtes gens.
« Au libertin Aristophane
« Elle prodigua ses faveurs.
« Souvent à ses âpres fureurs,
« On eût cru voir une bacchanle ;
a Et cependant l'extravagante,
« Sans religion et sans mœurs,
« Était agréable et piquante.
« Enfin, par avis de parents,
« On lui donna, de peur d'esclandre,
« Un curateur : ce fut Ménandre.
« Sous ce Mentor il fallut prendre
« Bientôt des airs tout différents,
« Changer son langage trop leste
« En un pur et doux entretien ;
« Dans ses atours simple et modeste,
a Et gracieuse en son maintien,
« Elle eut d'une fille de bien
« Le ton, la démarche et le geste.
« Tant qu'il vécut, tout alla bien.
« De sa mort la jeune personne
« Tout bas rendit grâces à Dieu,
1 Théâtre complet et poésies fugitives de Collin d'Harleville, vol. IV, p. 179.