‹ MénandreChapitre 191 sur 212 · LVI II · texte numérisé non relu

LVI II

Il y a deux choses que doit considérer celui qui va se marier : l'agrément du visage et la bonté du cœur; car c'est là ce qui établit le bon accord de l'un à l'autre.

Une vie molle favorise l'insolence, et les richesses poussent celui qui les possède à des manières toutes différentes de celles qu'il avait d'abord.

Tout bien considéré, il est meilleur de vivre doucement avec peu de chose que de vivre tristement avec beaucoup de biens, et la pauvreté sans soucis vaut mieux que la richesse sans joie.

On ne saurait trouver une maison habitée qui soit à l'abri de tout

malheur : les malheurs viennent en foule à tous les hommes, tanlôl malheurs que la Fortune vous envoie, tantôt malheurs que vos mœurs vous attirent.

0 Fortune, qui te plais aux changements les plus variés! quelle honte pour toi lorsqu'un homme juste tombe dans d'injustes malheurs !

La colère ne distingue pas l'absurde du vrai. Elle le domine en ce moment; mais quand elle s'apaisera, il aura une vue plus nette de ce qui lui est utile.

Le corps malade a besoin d'un médecin ; l'âme malade a besoin d'un ami; car un tendre discours guérit le chagrin.

Pour un vieillard qui vit dans l'indigence, mourir n'est pas terrible; mais c'est quand la vie est belle qu'il faut la comparer avec la mort, pour les bien juger toutes deux.

Le méchant qui revêt un air de douceur est un piège caché tendu aux voisins.

LXVIU.

Que le riche me maltraite, non le pauvre : il est plus facile de supporter la tyrannie de ceux qui sont au-dessus de nous.

L'envieux est son propre ennemi, car il souffre d'un mal qu'il se crée lui-même.

Je connais beaucoup d'hommes que la force des choses et le malheur ont dépravés, quoique, par nature, ils ne fussent pas vicieux.

Souffrir avec courage, c'est souffrir seul, sans mettre à nu sa mauvaise fortune devant les autres.

Si tu médis ainsi de ma femme, je vous laverai la tête d'importance, à ton père, à toi et à tous les tiens (Oui, « je vous laverai la « tête, » quoique cela semble, au premier abord, bien peu Grec et bien trivial. nXuvetv, laver; le mot n'a pas d'autre sens, et on ne peut le rendre que par une expression très-familière , quand on traduit un poète comique. Un des auteurs qui cite ce texte de

Ménandre, l'étrange érudit Arlémidorus Daldianus , dit lui-même que le mot ttXûvsiv ne prenait que par abus cet emploi de métaphore vulgaire {Oneïrocritica, n, 5). Démosthène, pourtant, sans craindre de se compromettre, s'en est deux fois servi (pp. 997, 2iet 1335,5, de l'éd. de Reiske). Du reste, si c'est un abus, c'est un abus bien usuel, car on en retrouve les équivalents dans d'autres langues encore que le Grecet le Français. Un écolier Anglais vous dira très-bien, en vous montrant d'un air de défi quelque camarade impertinent : « I will ivipe him doivn in a moment; » mot de slang, d'argot, el très-proche parent du irôwvaiv Grec. En Latin , et avec bien plus de ressemblance encore, Plaute fait dire à une Lena, qui parle de l'opinion que les matrones ont des courtisanes :

nostro ordini Palàm blandiuntur ; clàm, si occasio usquam est, Aquam frigidam subdolè suffundunt.

[Cistellaria, I, i, 35-37.)

Et surtout Horace :

È quibus unus avet quavis aspergere cunctos.... (Sat. l,iv,87.)

Si l'on pouvait savoir assez cinq ou six langues pour en trier les locutions populaires, pour les rapporter à leurs origines, c'est-à-dire, la plupart du temps, aux métiers, aux instruments, aux usages de la vie commune, pour en suivre l'histoire, pour marquer à quel moment et grâce à quelle refonte chacune de ces rudes monnaies plébéiennes a commencé à avoir cours dans le' monde littéraire et délicat, le tout en se transportant sans cesse d'un pays à l'autre et de l'ère moderne aux temps anciens, on obtiendrait, ce semble, des faits et des rapprochements très-curieux sur toutes ces révolutions démocratiques et aristocratiques qui se succèdent dans les langues, celles-ci pour les épurer ou les affaiblir, celles-là pour les retremper, ou les surcharger, ou les simplifier. Ménandre aurait, à coup sûr, dans un tel travail, sa date el son rang important).

Si nous nous aidions toujours les uns les autres, personne n'aurait besoin d'être aidé par le hasard.

Il est terrible de commettre des fautes qu'on ait honte de dire.

C'est sottise, à mes yeux, Philumené, de savoir tout ce qu'on a

APPENDICE. 4PJ

besoin de savoir, et de ne pas se garder, pourtant, de tout ce dont on devrait se garder.

Celui qui ne porte pas bien le bonheur, ce n'est pas un heureux, c'est un sot.

Le vraisemblable a parfois plus de force que la vérité et plus de faveur auprès de la foule.

La réputation que gagnent les fous à manger leur patrimoine les mène vite à mourir de faim.

Ne t'enrichis pas de toutes mains ; garde, en gagnant, quelque pudeur, car le bien mal acquis ne va pas sans la crainle*

j Jamais je n'ai porté envie au riche qui ne jouit de rien.

Remarquez bien que ce n'est pas l'abondance du vin, mais le naturel du buveur qui rend l'ivresse violente.

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