STATUE
sérieuse, Posidippe, un des six poètes les plus renommés à Athènes entre les écrivains de la comédie nouvelle1. L'autre statue ne porte à sa base aucun nom dont le glorieux souvenir puisse aussitôt solliciter pour elle notre curiosité. Mais elle est singulièrement frappante et se recommande d'elle-même à l'attention. Assis avec abandon, et gracieusement accoudé sur le dossier de son siège, vêtu d'une tunique qui laisse les bras presque entièrement nus et d'un manteau qui, des épaules, est ramené à grands plis autour du corps, l'homme que représente cette belle œuvre d'un sculpteur inconnu a, dans toute sa personne, une remarquable expression d'assurance sans morgue et de calme attentif. — Les statues qui sont debout semblent toujours, sinon au moment d'un effort, du moins au sortir ou dans l'attente de l'action. Est-ce le Discobole? Il se replie sur lui-même; il tend en arrière son bras levé à la hauteur de sa tête ; il se prépare à sauter en lançant son disque, pour ajouter à l'impulsion de sa main l'élan de tout son corps ; il a la passion de vaincre, il fait le calcul de ses forces, il travaille de tous ses muscles : vous voyez un athlète lutter 2. Apollon Pythien ne lutte plus, car le monstre est mort ; mais la défaite est à peine consommée, et le vainqueur est encore ému ; ses narines frémissent de joie et de dédain; ce n'est pas le repos qui se
* Anonym. ilspî Kw|j.<ooiaç, p. xxx.
^ « Quicl tam distortum et elaboratum quum est Me Discobolos i« Myronis? » dit Quinlilieu (II, xw, 10).... « flexus ille et, ut sic
DE -UKNANDIŒ. g
dessine sur ses traits, c'est l'orgueil serein de la majesté vengée : vous voyez un dieu qui vient de combattre. Mais cet orateur qui paraît sur le Pnyx n'a pas encore vaincu; il se tient devant le peuple; ardent et calme, il se tait en attendant le silence; il serre un papier dans ses mains nerveuses, peut-être un décret dont Philippe se souviendra : c'est Démosthène qui va parler. Le Discobole, Apollon, Démosthène sont debout tous trois : ils agissent. On peut dire même que les plus indolentes des statues qui sont debout semblent avoir encore une certaine apparence et un genre propre d'activité. Le mol Antinous ne lutte pas, ne vient pas de combattre, ne va pas parler : mais il est en public, il pose. 11 n'est que beau, et il est efféminé : il se fait admirer, que pourrait-il faire de plus ? Pour Antinous, se montrer, c'est agir1. Plus simples, plus
« dixerim, motus dat actum quemdam effictis. » Stace, au VIe livre de sa Thébaïde (707-710), se rappelait aussi le Discobole de Myron, et en décrivait les mouvements compliqués et puissants avec une rapidité dont nous sommes jaloux :
Erigit admotum dextrse gestamen, et allé Sustentans, rigidumque latus fortesque lacertos Consulit, et vasto conlorquet turbine, et ipse Prosequitur.
i A considérer autrement cette statue, non plus comme le type de la beauté adolescente et molle, mais comme l'Antinous historique, elle justifierait peut-être encore mieux ce que nous avons dit des statues qui sont debout. Dion Cassius (lxix, 11) rapporte que le jeune Bithynien Antinous, favori d'Hadrien, se jeta ou fut jeté dans le Nil, comme une victime expiatoire qui devait, selon les superstitions d'alors, délivrer l'empereur de la fièvre pernicieuse dont il avait été atteint pendant son voyage en Egypte. Ce fut à la suite et en récom-