STATUE
familières et, pour ainsi dire, plus retirées, les statues assises, au contraire, ne nous rappellent pas les scènes de la vie au grand air, les hommes du champ de bataille, du gymnase ou de la place publique : elles nous parlent de studieuse solitude ou de graves entretiens, d'observation patiente et de travaux où l'esprit seul est en mouvement ' . Celle qui nous occupe en est peut-être le plus décisif exemple. Tous ceux qui se plaisent aux sublimes et charmantes choses de l'esprit choisiraient volontiers ce penseur aimable pour hôte el pour dieu Lare de leur bibliothèque. Sa tête est un peu penchée, et tournée à demi vers la gauche; ni les rides de la vieillesse, ni les angoisses de la douleur ne Font contractée ou flétrie : mais l'habitude
pense de ce dévouement que l'empereur guéri décida l'apothéose d'Antinous. Des temples lui furent élevés ; son cuite se répandit en Orient; dans la Thébaïde, près de la place où il s'était noyé, la ville ! de Besa reconstruite devint Antinoopolis. La statue qui nous est parvenue est celle du dieu Antinous , celle qui était répétée dans ses divers temples, et il est plus que probable qu'elle le représente au moment d'accomplir le sacrifice qui lui valut les honneurs divins. Ses regards sont dirigés en bas : il est sur le rivage ou sur une barque, et contemple le fleuve où il va s'élancer. N'est-ce pas là être dans l'attente de l'action ?
i Homère ne semble-t-il pas avoir songé à un contraste analogue entre Ulysse et Ménélas, quand il dit :
ETavHav ij.èv MevéXaoç iiT.ziîv/vi EÙpsaç couou:, ajjLÇw ô' éÇo|xs'vw, ysyaçayrîpo: qev ''OZ-jcnv'jc.
[Iliade, III, m.}
« Debout, Ménélas surpassait les autres hommes de toules les « épaules; mais lorsque les deux rois étaient assis, Ulysse était le • plus majestueux. ■
DE MENANDRE. 5
de la réflexion a imprimé sur ce front large et haut des signes austères; et en même temps la bouche relevée et doucement serrée par un sourire contenu semble prête à transformer en piquantes épigrammes les pensées qui s'agitent sous ce front sérieux. L'aisance d'un esprit facile, la tranquillité que donne la longue expérience des hommes et de soi-même, la grâce d'une gaîté non forcée et d'une moquerie indulgente, respirent dans les mêmes traits. Les prunelles ne sont pas indiquées : mais ces yeux sans regards ont une profondeur et une vie qui étonnent. Ils suivent et embrassent une longue rangée de statues, comme si l'homme dont nous avons là l'image voulait encore, marbre lui-même, rechercher sur les marbres, ses contemporains, les secrets de l'âme humaine qu'il avait étudiés jadis. Cet homme s'appelait Ménandre1.
i Cette statue, qui était autrefois à la villa Monlalto, a été longtemps considérée, par hypothèse, comme l'image de Marius. Mais Viseonti la compara à un buste de petite dimension, sortant d'un bouclier circulaire, qui porte le nom de Ménandre; et la ressemblance des deux têtes ne laisse place à aucun doute. C'est probablement cette même statue que Pausanias a vue à Athènes, dans le théâtre (vers le milieu du 11e siècle après J. C.).— Mus. Pio-Clement., III, p. 15. — Iconogr. gr., I, p. 69; Pausanias, I, c. 21. — Aux images de Ménandre, que M. Meineke énumère(Vif« Menandri,xxxi), il faut ajouter un diptyque du ive siècle environ de l'ère chrétienne : six auteurs sont représentés sur les deux tablettes : Hérodote, Anacréon et Aristote, sur l'une, et sur l'autre, entre Euripide et Horace, Ménandre, auprès deThalie qui tient le masque comique (au Louvre, Musée Charles X.— Catalogue Durand, par M. Jeande Witle, p. 153).