‹ MénandreChapitre 79 sur 212 · DU CARACTERE- DE DEMOS · texte numérisé non relu

DU CARACTERE- DE DEMOS

manque par ce qui nous reste, pour accroître plutôt que pour apaiser nos regrets.

Rien ne peut les accroître davantage que la lecture d'Aristophane. On voudrait pouvoir comparer, d'après des documents également certains et complets, les personnages d'une comédie discrète et simple avec ceux que créait ce singulier génie, qui, même au sein de la bouffonnerie, garde encore de la grandeur, et nous fait penser à ce qu'aurait fait Michel-Ange s'il avait peint à fresque une charge de Callot. — Un jour, Aristophane voulut dire aux Athéniens : Vous êtes menés par un homme qu'il faut renvoyer à ses cuirs : votre favori Cléon est votre plus intime ennemi : vous êtes crédules, il est inhabile et malhonnête; il vous flatte, il vous aveugle, il vous ruine, il vous perdra. Les sots s'agitent, et les fous les mènent : ainsi périssent les cités. Aristophane allait faire les Chevaliers. Eh bien ! ce même peuple à qui le poëte adresse ses reproches, donne ses conseils, soumet sa pièce et demande des applaudissements, le poëte le met en scène sous son propre nom de Démos, et sous quel masque ! Jamais Scapin n'aura pour dupe un Géronte plus faible et plus sot. C'est un vieillard morose, paresseux et affairé, gourmand, querelleur, jouet des charlatans les plus divers, avide d'oracles et de discours, un peu sourd, mais tendant l'oreille à tous les mensonges qui partent d'une tribune ou d'un trépied, se laissant prendre aux paroles de dévouement et aux grossières caresses, vivant de son métier de juge et de ses suffrages

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