COMÉDIES MYTHOLOGIQUES
de la comédie moyenne le firent, comme Épicharme : au rebours de la mythologie primitive, dont les personnages avaient représenté sous une forme idéale les forces de la nature et les facultés ou les passions de Phomme, ils inventèrent un Olympe nouveau dont les habitants devinrent les burlesques symboles des instincts les plus matériels et de la plus franche malhonnêteté. Les railleries qu'Aristophane lance aux dieux sont des personnalités, comme ses attaques contre Cléon, tandis qu'Antiphane, Anaxandride, Eubulus et Alexis raillent en eux, non les puissances du ciel,
scènes les plus réjouissantes, apparaissaient des vers « qui nous « montrent que le point de départ du drame salyrique était, si bas « qu'il dût descendre, le ton même de la tragédie », comme l'a dit M. Patin, dans une savante et charmante étude sur ce genre singulier (Revue des deux Mondes, 1" août 1853, p. 509). Dans le Sylée d'Euripide, Mercure vendait Hercule, le demi-dieu athlétique, comme esclave de campagne; et quand l'acheteur, Sylée, demandait si c'était un serviteur de basse nature, comme tant d'autres, « Non, « certes, » répondait Mercure, « il est loin d'avoir la nature basse ; « tout au contraire, son air commande le respect; point de lâcheté « ni de complaisance servile, mais, à voir son vêtement et sa mas- « sue, un bel éclat, et un grand air d'énergie. » (Philo Jud. Quod omn. prob. lib. sit., § 15.) Sylée s'apercevait bientôt que Mercure avait dit vrai, et parlait à Hercule de ce ton tout tragique : « Nul ne « veut placer dans sa maison plus fort que soi, ni s'acheter un « maître au lieu d'un esclave. Mais, toi, rien qu'à te regarder, cha- « cun tremble. Tes yeux sont de feu, comme ceux d'un taureau qui « regarde fixement un lion prêt à l'attaquer. Jusqu'à ton silence, « je te le reproche ! On dirait que tu n'es pas un serviteur, et que '« tu veux commander plutôt qu'obéir. » (Phil. Jud. /. c.) Mais dans ses paroles, mieux encore que dans son silence, Hercule faisait enfin éclater sa force et sa grandeur. Après avoir tout ravagé, il s'est mis
mais les vices de la terre, revêtus d'une forme allégorique et visible. Silène est leur Falstaff, et Mercure leur Scapin. Ils empruntèrent aussi à Épicharme sa manière de créer des types généraux de certains caractères et de certaines situations. Choisissant les personnages qui leur semblaient être déjà dans la vie réelle les plus comiques par euxmêmes, les cuisiniers et les parasites, par exemple, ils composèrent de chacun de ces états un modèle unique qu'ils ramenèrent sans cesse sur le théâtre, ne renouvelant que par la verve des détails, la curiosité et l'intérêt 1 . Ce n'était pas encore assez pour animer et soutenir leurs
à table, il mange, avec un de ces appétits qu'on pourrait appeler Homériques, comme certains rires. Sylée le surprend, mais ne le trouble pas. «Viens, » dit à son maître l'indomptable esclave : « couce che-toilà, et buvons. Essaye-moi sans retard à ce jeu des coupes : « il faut voir si tu me vaux. » (Philo Jud. /. c.) Et comme Sylée le reprenait rudement et voulait le ramener à l'humilité d'un serviteur, Hercule s'écriait, dans un élan d'orgueil qui couronne, résume et surpasse tout le reste : «Vienne le feu, vienne le fer! Brûle, con- « sume ma chair! Bois mon sang noir jusques à t'en gorger! Les « astres descendront au-dessous de la terre, la terre s'élèvera au- « dessus du ciel, avant que tu ne me contraignes à te flatter d'un « seul mot! » (Philo Jud. Quod omn. prob. lib. sit., § 4.) — Les poètes de la comédie moyenne se gardaient bien d'élever ainsi la voix et de faire si grande la mythologie qu'ils raillaient.
1 11 est aisé de comprendre comment ces personnages, toujours les mêmes, continuaient cependant et méritaient de continuer à plaire, si on songe aux valets de notre ancien théâtre et à l'inépuisable gaîté qu'ils entretenaient sur la scène. C'étaient aussi des rôles traditionnels que les Mascarille, les Crispin et les Lisette : mais il fallait peu de chose pour leur donner une nouveauté suffisante. Un simple trait, un seul incident était assez pour les sauver de la mono-