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LES MARCHANDS DE POISSON

titres de comédies qu'Antiphane nous fournit à lui seul la

Le meilleur exemple à donner en même temps de la persistance avec laquelle les poètes de la comédie moyenne revenaient sans cesse sur le même sujet et sur les mêmes personnages, de l'entrain vigoureux qu'ils dépensaient tous à varier leurs plaisanteries sur un thème commun, et aussi de l'importance accrue qu'avait à leurs yeux tout ce qui touchait aux plaisirs (importance déjà révélée par le rôle que les courtisanes jouaient dans leurs pièces), l'exemple qu'il faut choisir, disons-nous, c'est l'acharnement des poètes de la comédie moyenne sur les marchands de poisson. Certes, c'est là une profession qui ne semblerait mériter aujourd'hui

Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.

Mais il paraît qu'à Athènes, du temps d'Antiphane, ceux qui vendaient la marée sur le marché faisaient à ce métier des fortunes royales *2 , s'autorisaient de leurs richesses pour exercer envers tous une insolence sans pareille, et profitaient de* la gourmandise publique pour faire payer un congre aussi cher que Priam paya Hector à Achille, c'est-à-dire son pesant d'or 3. De là, les hyperboles les

1 Mein., Fr. Com. Gr. , III, p. 3, 24, 9, 12 ; et bien d'autres encore qu'il serait trop long d'énumérer.

2 Alexis, nuXaiai, fr. unie, 3; Mein., Fr. Com. Gr., III, p. 475.

8 Diphile, "Epropo;; Athénée, VI, sect. 10, p. 226, e. — Diphile rappelle en cet endroit les riches présents que décrit Homère dans le XXlVe livre de l'Iliade :

eExTOfér)ç xeçocXYJ; à^peiai' àftoiva (v. 576).

plus bouffonnes. Selon Alexis, « les poissons sont aussi « bien les ennemis des hommes sur terre que sur mer : « vivants, ils se repaissent des noyés ; morts, ils dévorent « les acheteurs ! ;» ce qui les fait appeler anthropophages 2. Il faut être millionnaire pour se permettre une anguille : si vous avez été arrêté, la nuit, dans quelque carrefour, par un voleur qui vous a enlevé votre manteau, allez le lendemain matin au marché, et dès que vous verrez un homme, connu pour n'être pas riche, acheter une anguille à l'étalage deMicion, saisissez-le, et qu'on le mène au cachot : à coup sûr, c'est votre larron d'hier soir3. Plût aux dieux qu'on pût aussi aisément sévir contre Micion lui-même, encore plus insigne larron ! Du moins, s'il ne vend pas à prix fixe, si on le voit diminuer tout à coup ses prétentions pour conclure une affaire longtemps débattue, il sera convaincu, par le fait même, d'avoir d'abord exagéré la valeur de sa marchandise, et on l'emprisonnera : ainsi le veut la nouvelle loi d'Axionicus4. Axionicus est le Solon des Halles Athéniennes : il fait voter tout un code de commerce destiné à réprimer l'impertinence et l'avidité des marchands de poisson. Nous venons de voirie premier article. L'article second leur ordonne de vendre debout. Assis, ils en prenaient à leur aise : ils n'écoutaient pas les offres, ils ne

i Alexis, 'EXXyiviç, fr. unie.] Mein., Fr. Corn. Gr., III, p. 413. « Eustathius ad Homerum, p. 16, 30, 12. Cfr. Antiphane, Bouxa- \lw,fr. unie, 12; Mein., Fr. Corn. Gr., III, 36. 3 Alexis, 'EuîxXripoç, I; Mein., Fr. Com. Gr., III, p. 414. * Alexis, Àéftrrc, fr. III; Mein., Fr. Com. Gr., III, p.438

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