‹ Mendaña et la découverte des îles MarquisesChapitre 1 sur 5 · MENDANA · texte numérisé non relu

MENDANA

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n'étaient pas également doués et bien peu devaient atteindre le but qu'ils s'étaient proposé.

Cependant, il faut le reconnaître, bien souvent les vices et les défauts des conquérants du xvi* siècle sont plutôt ceux de leur époque que les leurs propres, et l'on trouve parfois en eux quelque côté noble et grand qui les relève à nos yeux.

Mendafîa n'appartient pas plus à la série des grands découvreurs : les Colomb, les Yasco da Gama, les Magellan, qu'à celle des grands conquérants : les Pizarre et les Cortès. C'est une figure de second plan, moins surhumaine et plus à notre portée, dont les découvertes dans Tocéan Pacifique sont cependant d'une plus grande importance qu'on ne le crut tout d'abord.

A cette époque, les savants et les cartographes étaient convaincus de l'existence d'un continent austral, nécessaire, pensaient-ils, à Téquilibre de notre globe en raison des grands continents de l'hémisphère septentrional.

On a lieu de croire que plusieurs tentatives pour le reconnaître avaient été faites dans le Pacifique par les Espagnols du Mexique et du Pérou. Un historien anglais, Burney, pense même que les îles Salomon avaient été ainsi nommées avant l'expédition dont nous allons parler.

En 1567 un jeune homme de vingt-cinq ans, amoureux de la gloire, Alvaro Hendafia de Neyra obtint de son oncle le licencié Lope de Castro, président de l'Audience de Lima et gouverneur du Pérou par intérim*, le commandement de deux bâtiments pour faire des découvertes dans le Pacifique.

Cent vingt soldats et matelots, sans compter les gens de service, quatre pilotes, dont le principal était Hernan Gallego, quatre frères de l'ordre de Saint-François, un maître de camp, Pedro de Ortega Yalencia, originaire de

i. II fut gouverneur intérimaire de septembre f564 à novembre 1569.

Guadalcanal (province de Séville), s'embarquaient avec Mendaiia.

Le 19 novembre, jour de Sainte-Isabelle, l'expédition quittait le port de Gallao. Après avoir d'abord descendu jusque par 15 degrés sud, on remonta jusque par 8 et 7 degrés de latitude australe, sans rencontrer ni les Marquises^ ni l'archipel Dangereux y ni les îles de la Société ni les innombrables archipels qui semblent semés à plaisir entre 25 et 12 degrés de latitude. Le 10 janvier 1568 on découvrit une petite tie qui reçut le nom de Jésus et qu'il est assez difficile d'identifier, mais que nous plaçons sur la carte d'après de Laborde^ Puis on passa, sans le savoir, au sud des lies Phœnix et au nord des Ellice.

Au milieu d'averses et de tempêtes, la route se poursuivit dans le voisinage immédiat de la terre ainsi que le prouvaient les branches, les herbes, les fruits qu'on croisait à chaque instant Le 7 février on découvrit à une quinzaine de lieues une haute terre qu'on eut rapidement atteinte. Quantité de canots montés par plus de cent hommes eurent bientôt entouré les navires et, quoi qu'on leur jetât du pont quantité de babioles, il n'en est pas un qui consentit à monter à bord.

Deux jours plus tard, après une rapide reconnaissance, les deux bâtiments jetaient l'ancre dans le havre deV Etoile, ainsi nommé parce qu'en entrant, on aperçut une étoile au milieu du jour. Quant à l'île qu'on venait de découvrir, elle fut appelée Sainte-Isabelle^ du nom de la sainte qu'on fêtait au départ de Gallao. Nos marins se croyaient alors à 1,450 lieues de Lima, erreur bien plus forte que celle des quatre pilotes de Legazpi qui différaient entre eux de 400 lieues, erreur que Quiros ne put parvenir à comprendre et qu'il discute longuement dans le récit de la découverte

1. Carte pour servir au voyage deM.de SurvUle^capilaine de vaisseau, dressée sur ses mémoires, 1791 .

2. Par 178» 20' de Tile deFer et par 8M0' de latitude australe.

des Marquises^, Mendaîla profita de son séjour dans ce port bien abrité pour faire construire un brigantin sur lequel s'embarquèrent le maître de camp, le pilote Hernan Gailego et vingt-huit soldats ou matelots.

Au cours de celte reconnaissance qui, commencée le 3 avril, s'acheva le 4 mai, on découvrit un grand nombre d'îles, d'îlots et de récifs : les îles des Palmes^ des Rameaux, la Galère, Bonne-vuey San Dimas, la Sesarga qui semit la Savo d'aujourd'hui, et dont le centre était occupé par un volcan fumeux, enfin une grande île qui reçut le nom de Guadalcanalf lieu de naissance du maître de camp.

Dès que les officiers du brigantin eurentfait leur rapport, Mendana donna l'ordre de quitter le port malsain de Y Etoile où le quart des équipages venait de succomber et dont la plupart de ceux qui restaient étaient sur les cadres.

Le 12 mai, on s'arrêta à Gtiadalcanaly à l'embouchure duTioOrtega.Le brigantin repartit aussitôt à la découverte, mais rentra beaucoup plus rapidement qu'on ne Tattendait, son capitaine et presque tout l'équipage étant malades. Us avaient cependant reconnu de nombreuses îles, notamment la Atregada, les Trois-Maries et San Juan. Les navires furent conduits devant celte île où ils furent espalmés et radoubés pendant que le brigantin opérait de nouvelles explorations.

Aussitôt que furent réparés les navires, le général convoqua un conseil de guerre auquel il demanda si Ton était d'avis de tenter de nouvelles découvertes ou s'il fallait laisser à San Juan une colonie. Tous furent d'accord pour la négative : les bâtiments étaient en mauvais état, les vivres à peu près épuisés, les arquebuses avaient besoin de réparations, les munitions étaient sur le point de manquer, le nombre des malades était trop grand et les indigènes trop belliqueux ; bref, si l'on tardak plus longtemps, on

1. Il faut sans doute attribuer partie de l'erreur aux courants et surtout à la grande dérive qu'avaient les bâtiments de cette époque.

risquait de périr en route avant d'avoir pu annoncer au vice-roi la découverte qu'on venait d'accomplir. L'ensemble de l'archipel qu'on venait de découvrir reçut le nom d'îles SalomoUy bien que rien, en réalité, n'eût fait prévoir qu'on y pût rencontrer les fabuleuses richesses de ce roi.

Avant de lever l'ancre, le général donna l'ordre de s'emparer de quelques indiens pour les amener au Pérou, ceux qu'on avait pris jusqu'alors ayant trouvé le moyen de se sauver.

Le 11 août, les bâtiments mirent définitivement à la voile, louvoyant d'abord en vue de San Cristoval^ reconnaissant Santa Catalinay Santa Anna et quelques autres îles de peu d'importance.

Cependant, les manœuvres pourries se rompaient, les soldats et les marins commençaient à s'inquiéter, si bien que Mendana dut demander à Gallego de ne plus courir nord et de modifier sa route vers l'est.

Mais, auparavant, on avait découvert les basses de San Bartholoméy dont la position se place sur les cartes à dix degrés de différence, et par 21 ** de latitude nord, par 200° de longitude à l'est du méridien de l'île de Fer, une île déserle entourée de récifs à laquelle on donna le nom de San Francisco.

Pour trouver les vents favorables on avait dû remonter jusqu'à 30 et 32 degrés nord, mais, par cette latitude, les vents devinrent violents, la mer grossit et de véritables tempêtes se succédèrent. Le 18 octobre, notamment, les vagues étaient si hautes et si pressées qu'on se crut arrivé au dernier jour, les coups de mer se succédaient sans interruption, — on avait perdu de vue le bâtiment amiral depuis plusieurs jours — le navire à demi plein d'eau disparaissait sous la lame; on dut couper le grand mât pour l'alléger. « Les frères, dit la relation publiée par M.Fernandez Duro',tious consolaient avec de saintes paroles, nous

1» Boletin de la Sociedad geografica de Madrid f 1895, p. 411 et suiv.

engageaient à nous confesser et à nous pardonner mutuellement nos offenses et suppliaient le Seigneur de nous venir en aide. » La tempête dura jusqu'au 28.

Mais alors, la fatigue, les émotions, l'humidité continuelle, une nourriture exécrable mais insuffisante, composée de biscuit dont les vers n'avaient plus voulu et d'eau pourrie avaient engendré plusieurs maladies et notamment le scorbut. Tous les jours oh constatait de nouveaux malades et un grand nombre périrent. Puis au mois de décembre, on fut assailli de rafales de neige et de grêle et le froid devint excessif; les matelots exaspérés se mutinèrent et Ton eut grand'peine à les calmer.

Après tant et de si cruelles souffrances, on eut la consolation d'entrer le 22 janvier 1569 dans le port de Santiago ou Salagua au Nouveau-Mexique et de voir arriver trois jours plus tard le vaisseau amiral ayant perdu son grand mât, son bateau et n'ayant plus à bord qu'une seule barrique d'eau.

Après s'être ravitaillé, on remit à la voile et l'on atteignit à la côte du Pérou la pointe de Sainte-Hélène d'où l'alferez Fernando Henriquez porta à Lima l'annonce de l'arrivée de Texpédilion et des découvertes qu'elle avait accomplies.

Que si nous pressons un peu le récit, nous aurons bien du mal à en faire sortir quelques informations précises.

Au xvi' siècle, on ne s'occupait en aucune façon des études modernes auxquelles nous attachons tant de prix : d'anthropologie, d'ethnographie, de linguistique, à peine d'histoire naturelle.

En vérité, ces conquérants, ces découvreurs s'occupaient d'autre chose que de science, ils faisaient de l'histoire !

Ils ne sont pas observateurs, par dédain, par mépris de populations qu'ils jugent si inférieures, encore plus que par ignorance. Aussi, les renseignements que contiennent leurs récits sont-ils, le plus souvent, aussi incomplets qu'inexacts. De quel intérêt seraient-ils pour nous cependant ! Quelle merveilleuse collection ethnographique eût rapportée un

docteur Hamy, quelle riche moisson anthropologique eût faite un Quatrefages.

Les indigènes sont-ils des nègres, sont-iis des indiens? Voilà la seule différence que soient en état de faire les Espagnols. Ont-ils des cheveux crépus ou plats, sont-ils barbus ? Vont-ils nus ou couverts d'un léger pagne ? Ajoulez-y quelques renseignements sans précision ni détails sur leurs armes, leur parure, leur religion, voilà la contribution qu'apportent à l'anthropologie et à l'ethnographie la plupart des relations. On nous apprendra bien, comme Mendaîia, qu'il existait des porcs aux îles Salomonj mais on ne saura pas préciser à quelle race ils appartiennent, ce que n'eût pas manqué de faire l'éminent naturaliste qui nous préside.

On comprend combien cette imprécision ou cette absence d'informations enlève d'intérêt aux récits d'anciens voyages.

Résumons cependant les renseignements que nous fournit l'expédition de Mendafia et comparons-les avec ce que nous ont appris des voyageurs plus instruits, des observateurs plus judicieux et moins pressés.

Il résulte de nombreux passages de la relation que l'archipel des Salomon était à la fois de formation corallienne et plutonienne, ce qui est absolument d'accord avec les observations modernes, les longues lignes et barrières de récifs au milieu desquelles s'élèvent à peine au-dessus du niveau de la mer des tlots couverts d'une abondante végétation de cocotiers, les hautes terres visibles de quinze lieues, un pays généralement boisé, de belles plaines comme à Buenavista, tels sont les traits en petit nombre qui peignent la nouvelle découverte.

La race était belle et de haute stature, les indiens, dit le texte^ en parlant des habitants d'Isabelky vont nus, ils ne portent que des pagnes de feuilles de palmiers et se rougissent les cheveux qu'ils ont frisés. On n'y trouva pas de

métaux, aucun gibier, et les indigènes, dont les principaux vêtements étaient des colliers d*os de poisson ou de coquilles, n'avaient pour se nourrir que des cocos, des amandes, des racines et le produit de leur pêche.

Un chef appelé Tauripi Biliban offrit au général de changer de nom avec lui, ce qui est une haute marque d'amitié. On lui fit servir une collation et on le régala d'une aubade où guitare et tambourin s'escrimèrent à plaisir. Le sauvage ne voulut pas être en reste et fit jouer sa musique composée d'un buccin hélicoïdal et de quelques roseaux liés ensemble. J'ai trop le respect de l'assemblée pour répéter l'expression dont se sert la relation, je la traduirai en disant que celle musique était bonne à faire danser des ours.

Les habitants de Sainte-Isabelle n'élaient pas d'humeur pacifique, ils étaient divisés en tribus qui se faisaient la guerre et cherchaient à se faire des prisonniers pour les dévorer. Leur anthropophagie ne fut pas longtemps douteuse, car on offrit à Mendana comme un mets recherché et exquis, bien digne d'un grand chef, l'avant-bras et la main d'un jeune garçon. L'Espagnol fit honte aux naturels, leur témoigna toute son horreur de ces pratiques exécrables et fit enterrer devant lui, le morceau d'homme qu'on lui avait offert. Non sans une certaine dose de naïveté, dit la relation, mais certainement, ajouterons-nous, avec le regret de voir perdre un mets aussi succulent, les indigènes s'en allèrent la tête basse et tout penauds.

Plusieurs autres fois et dans certaines autres îles, on offrit aux Espagnols des quartiers d'indiens comme un plat très apprécié.

Ces indigènes étaient idolâtres, adoraient le démon sous la forme de lézards et de serpents dont on trouva des représentations dans les cases obscures qui leur servaient de chapelles.

Souvent reçus à coups de flèches, les Espagnols ripostaient volontiers — trop volontiers même— à coups d'arquebuses.

C'est ainsi qu'à l'île des Rameaux quatre canots moulés par cent trente homoies armés d'arcs et de flèches vinrent au-devant d'eux. Sur l'une des pirogues se tenait debout un vieillard qui les harangua avec véhémence, les menaçant, à ce qu'ils comprirent, de les tuer et de les manger. A certain moment une volée de flèches partit des canots.

La réponse ne se fit pas attendre et le vieillard fut tué d'un coup d'arquebuse, ce qui mit fin à la bataille.

A l'île de la Galère^ le brigantin étant arrêté par les calmes, les indiens firent fête aux Espagnols u nous leur donnâmes un câble, dit la relation, pour nous mener à terre, chaque canot en demanda un, mais c'était pour nous tuer à loisir et nous manger dès que nous serions débarqués ».

Ces rapports manquaient plutôt d'aménité, ils étaient cependant parfois empreints d'une apparente cordialité. Mais on eut partout de la peine à se procurer de l'eau et des provisions, car les porcs étaient rares, ils étaient semblables aux nôtres, dit le texte que nous suivons, mais étaient sauvages, très petits et d'un goût désagréable.

Dans une petite ile voisine de Buenavista on put s'en procurer deux, mais ce fut tout, car les indigènes les tiraient d'une autre île; ils servirent à célébrer la Pâques et ce fut la première chair fraîche que les Espagnols mangèrent depuis leur départ du Pérou.

A San Dimas la population était très nombreuse et l'on vit à la fois à terre et dans les canots plus de six cents individus. Il en était de même à peu près partout et dans certaines îles les villages formaient un feston ininterrompu au bord de la mer. Le texte cite à plusieurs reprises des agglomérations de trois mille individus, et va même une fois jusqu'à quarante mille. Ce chiffre est manifestement exagéré. M. Zaragoza, qui a publié en 1876^ les relations de voyage de Mendafia et de Quiros qui existent à la Bibliothèque par-

1. Historia del descubrimiento de la$ regiones autlriaUs hechoporel gênerai Pedro Fernande^ de Quirott. Madrid, 1876, 3 tomes in-8.

ticuliëre du roi d'Espagne et au Dépôt hydrographique de Madrid, ne paraît pas avoir été frappé comme nous de cette exagération qui n'est peut-être due qu'àuneerreur de chiffres. En tout cas, le manuscrit de notre Bibliothèque nationale qui a été publié par notre ami M. Fernandez Duro dans le Bulletin de la Société de géographie de Madrid \ tout en constatant que la population des îles Salomon était nombreuse, est bien plus modéré dans ses appréciations et les chiffres qu'il fournit cadrent absolument avec ceux que donnèrent en 1768 Bougainville, Surville, Tannée suivante, Shorlland en 1 788, d'Entrecasteauxenl 792 etDumont d'UrvilIeenl838.

A Guadalcanal, le maître coq et neuf personnes furent massacrés et dépecés par les indigènes, et quelques jours plus tard quelques charpentiers, occupés à couper du bois pour les bâtiments, furent assaillis par une nombreuse troupe que les armes à feu eurent bientôt fait de mettre en fuite. On poursuivit les sauvages, on en tua le plus qu'on put et Ton détruisit par le feu certains villages où l'on découvrit des vêtements qui avaient appartenu aux Espagnols massacrés auparavant. Lorsqu'on radouba les navires, on dut débarquer les provisions, les bardes et tout ce qu'il y avait à bord et, bien qu'on fit bonne garde, on eut encore à regretter la mort d'un matelot qui s'était absenté du camp, quoique ce fût expressément défendu.

Tels sont les détails relatifs aux Salomon et à leurs habitants qu'on peut extraire des relations assez brèves que nous possédons de la découverte. Ils sont bien incomplets et ne donnent du pays qu'une idée absolument imparfaite. Mendana se plaint de l'insalubrité du port de V Etoile, mais il ne nous dit pas en quoi consiste cette insalubrité. C'est, en effet, un des points les plus humides du globe, et des pluies torrentielles, coïncidant avec l'époque des plus fortes chaleurs, y sont amenées par les alizés du sud-est.

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