‹ Mendelssohn (volume 2)Chapitre 10 sur 62 · LE RETOUR. LA CARRIÈRE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

LE RETOUR. LA CARRIÈRE ALLEMANDE

DUSSELDORF (i833-i835)

« Mon amour pour l'Allemagne est l'impression la plus nette que je rapporte de cette, longue tournée en pays étranger. »

Pour sa famille et pour sa maison, Mendelssohn ne rapportait pas un moins fidèle, un moins fervent amour. A les revoir l'une et l'autre, il éprouvait les véritables sentiments que tout retour nous cause, sentiments par-

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tagés et dont il a finement décrit le partage : « Je reviens, écrit-il à Moschelès, et au bout de deux jours, voici que de nouveau nous vivons tous ensemble, d'une si paisible, d'une si douce vie! C'est comme s'il n'y avait eu ni voyage, ni temps écoulé, ni changement. Je ne comprends pas comment j'ai pu jamais partir, et si je ne me rappelais les amis que j'ai trouvés là-bas, ce serait comme si l'on m'avait fait un conte. A chaque pas s'éveille un doux souvenir de voyage. Je le suis et je rêve encore que je suis loin. Puis je me retrouve avec mes parents, . mes sœurs, et chaque mot c[ue j'entends, chaque pas ([ue je fais dans le jardin, réveille d'autres souvenirs encore plus anciens que le voyage même, si bien que je me figure n'avoir jamais voyagé et que les souvenirs divers se croisent et se mêlent ensemble de manière à ne pas me laisser de repos... Le passé, le présent, se confondent. Et pourtant, il faut m'accoutumer à croire que le passé est le passé. »

Plus tard, à sa sœur Fanny, revenant elle aussi de voyage, et d'un voyage en Italie, Félix écrira cette autre lettre, où les sentiments complexes du retour sont analysés peut-être avec encore plus de finesse :

(c Où pourrait-on se plaire après un si long [séjour en Italie.' Tout là-bas est si lumi-

^o MENDELSSOHN

neux, que le contraste est forcément pénible. « Notre belle vie de famille, qui reflète d'une manière si heureuse le caractère du peuple allemand, offre un charme tout opposé. Ce n'est point par ses cotés brillants, c'est par sa paix, sa sereine tranquillité, qu'elle séduit. Après chaque retour, la première joie du revoir une fois passée, je me sentais, au sein de l'existence doucement monotone de la maison paternelle, comme en mal des agitations et des distractions de mes voyages. A l'étranger, mes souvenirs se complaisaient à idéaliser les affections laissées au foyer, tandis que je constatais au retour des lacunes ou des travers oubliés. Mais cette velléité de déception injuste se dissipait vite. En voyage, nous saluons chaque sensation nouvelle avec un reconnaissant plaisir, tandis que nous avons le tort de considérer les avantages du chez-soi comme un bien qui nous est dû. Que ne pouvons-nous garder intact le contentement des premiers jours et jeter autour de nous le regard satisfait qui, en voyage, nous aide à prendre notre parti de tout ; que ne pouvonsnous conserver, au milieu des nôtres, la belle humeur du touriste ; que ne pouvons-nous, en un mot, être plus parfaits ! » ^

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