‹ Mendelssohn (volume 2)Chapitre 9 sur 62 · IEXDELSSOHX · texte numérisé non relu

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donnée aussi « glaciale » que celle de Robert le Diable^ il déclare impossible d'imaginer une musique quelconque. « Aussi cet opéra ne me satisfait-il pas du tout. Je le trouve froid et sans âme d'un bout à l'autre et je ne me sens nullement remué. On loue la musique ; mais, pour moi, là où la vie et la vérité font défaut, tout moyen d'appréciation manque. »

Sans compter que la gravité puritaine de Mendelssohn était prompte à s'effaroucher. Robert le Diable le scandalise, et même Fra Diavolo. « Quand des religieuses viennent, l'une après l'autre, essayer de séduire le héros jusqu'à ce qu'enfin l'abbesse y réussisse ; quand le héros, grâce à un pouvoir magique, pénètre dans la chambre où celle qu'il aime est couchée, et la jette par terre, en formant avec elle un groupe que le public applaudit ici et qu'il applaudira peut-être ensuite dans toute l'Allemagne ; quand elle chante un air où elle lui demande grâce ; quand, dans un autre opéra, une jeune fille se déshabille en chantant une chanson dans laquelle elle dit que le lendemain, à la même heure, elle sera mariée, tout cela fait de Feffet. Mais je n'ai pas de musique pour de pareilles choses, car cela est vulgaire, et si notre époque veut absolument des effets de ce genre, eh ! bien, j'écrirai de la musique religieuse. »

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Il en avait écrit déjà; mais il en voulait écrire encore, et, s'il le pouvait, de plus belle. Dans une lettre d'alors, il demande à Devrient de traiter pour lui, sous forme de poème d'oratorio, quelques épisodes de la vie de saint Paul. Devrient le renvova d'ailleurs à deux théoloo-iens de ses amis, Bauer et Schubring, dont le second devait en effet collaborer plus tard à Paillas.

Pour oublier les théâtres de Paris, Mendelssohn suivait les concerts. Il en était constamment l'auditeur et maintes fois le héros. Un soir qu'il écoutait, dans un salon, le finale de son quatuor en la mineur, son voisin, le tirant par la manche, lui dit : « 11 a déjà cela dans une de ses symphonies — Qui ? — Beethoven, l'auteur de ce quatuor. » Et Mendelssohn, qui rapporte le trait, d'ajouter : « Gela fut pour moi d'une douceur pleine d'amertume, w 11 obtenait encore d'autres succès, non pas certes plus flatteurs, mais plus éclatants. En dépit de ses réserves, de sa résistance, ce Paris, auquel il faisait plus d'un reproche, finissait par le conquérir et presque par l'enivrer 11 en goûtait, il en savourait la vie intense et bouillonnante. « Je suis, écrit-il, en plein tourbillon musical. » Sans cesse, partout, il jouait et il était joué, fût-ce à Péglise, oii Ton exécutait son Odette pendant une messe de Requiem en l'honneur de Beethoven.

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« Cela a dépassé en absurdité tout ce que le monde a pu voir et entendre jusqu'à ce jour. Mon scherzo, joué pendant que le prêtre était à Tautel, faisait l'effet le plus bouffon qu'on puisse imaginer. Et cependant les assistants ont trouvé 1 cette musique très belle et d'un caractère tout à fait religieux. » — Les assistants la trouveraient encore telle aujourd'hui.

Les séances de musique — de musique de chambre — où Mendelssohn prenait le plus de plaisir étaient celles que Baillot donnait en son honneur. Il se loue cette fois sans restriction de l'accueil et du talent du grand violoniste. Habeneck également lui faisait fête, ainsi que le déjà célèbre orchestre du Conservatoire, « le triomphe de Paris », comme l'appelle Mendelssohn. « Je ne pense pas qu'il soit possible d'entendre d'exécution plus parfaite des œuvres classiques... Les musiciens exécutent les symphonies de Beethoven avec le vrai feu sacré. Ils sont fiers d'avoir, à force d'études, pénétré la pensée du maître, et de l'interpréter dans toute sa beauté. Quant au pu])lic, je le soupçonne quelque peu d'admirer par genre ; car il y aurait désaccord entre l'enthousiasme témoigné pour Beethoven et le dédain affecté pour Haydn et Mozart. »

Au Conservatoire, Mendelssohn exécuta le concerto en sol de Beethoven avec un très grand

succès. Son ouverture du Songe y tut aussi fort applaudie. Il avait été convenu qu'on donnerait on outre la symphonie de la Ré formation. Quelque sot prétexte la fit écarter et Mendelssohn en ressentit un peu de dépit.

D'autres et pires chagrins achevèrent de lui gâter le printemps de Paris. Il apprit coup sur coup deux morts qui lui furent cruelles : d'abord celle du jeune violoniste Edouard Rietz. un ami de son enfance, emportant avec lui sa jeunesse, un ami dont il disait, un peu à la manière de Montaigne : « Je l'aurais aimé alors même que je n'en aurais eu aucun motif ou que je les aurais tous perdus )). Et puis, et surtout la mort de Gœthe vint chano-er, aux veux de Mendelssohn, rAUemagne, qu'elle semblait dépeupler tout entière, et la France même, où il avait reçu la fatale nouvelle.

11 partit, à peine remis d'une légère attaque de choléra. L'Angleterre, son Angleterre chérie, un moment trompa sa tristesse, mais ne la put consoler. Elle fêta cependant son retour, elle honora ses œuvres et sa personne même avec les transports d'une admiration et d'une amitié redoublée, « Chaque jour m'apporte de nouvelles preuves qu'on m'aime et qu'on se plaît avec moi. Cela me rend la vie douce et facile et me redonne aussi un peu de gaieté ». Son plus cher asile

était toujours auprès des fidèles Moschelès. Un nouveau coup l'y frappa : la mort de son vieux maître Zelter. L'été commençait. Au bout de deux ans d'absence, le fils de l'Allemagne soupirait après l'odeur des tilleuls. Nulle part, non seulement en Italie ou en France, mais en Angleterre même, où cependant il retournera tant de fois, il n'avait goûté du fruit qui fait oublier la patrie. Au mois de juin i8!32, il revint à la maison de la Leipzigerstrasse, plus allemand qu'il n'en était parti, ayant accru la conscience et la fierté qu'il avait de sa race, et décidé que jamais il ne se fixerait qu'en Allemagne, qu'il ne serait jamais qu'un musicien allemand.

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