‹ Mendelssohn (volume 2)Chapitre 2 sur 62 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il s'en faut de très peu, d'un degré peut-être de chaleur et de force, d'élévation ou de profondeur, que le musicien de la symphonie Italienne et de la symphonie Ecossaise^ des Romances sans paroles et du concerto pour violon, de Paiiltis, d'Elie et du Songe d'une nuit d'été, soit l'un des musiciens tout à fait grands. Mais il marche immédiatement à leur suite. 11 marche, sérieux et charmant, jeune, heureux, paré de toutes les grâces et comblé de tous les dons.

Il eut, celui-là aussi, « du génie, du talent, et même de la facilité ». Il eut tout cela de très bonne. heure. A dix-sept ans, Mendelssohn avait déjà composé — pour ne citer qu'un de ses purs chefs-d'œuvre — l'ouverture du Songe d'une nuit d'été. Et son génie, presque aussi facile que celui de Mozart, était sage, attentif, sévère à lui-

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même, soucieux, jusqu'au scrupule, de progrès et de perfection. Mendelssohn conserva toujours riiabitude de revoir, de reprendre ses œuvres, sinon de les refaire, après leur exécution même, et le plus grand nombre de ses manuscrits ne fut publié qu'après sa mort.

Il naquit, il vécut dans la famille et dans le « milieu » (comme on dit quand on veut dire l'entourage) le mieux fait pour le former et le comprendre. Il eut des parents, une sœur, une femme et des amis d'élite, tous dignes de lui, comme il était digne d'eux tous. Il ne connut et ne goûta jamais que de précieux et nobles amours.

La richesse même lui fut donnée avec abondance. « Pauvreté, s'écriait fièrement Wagner un jour, pauvreté, dure indigence, compagne habituelle de l'artiste allemand, je veux te célébrer, toi, ma patronne fidèle, qui m'as suivi constamment en tous lieux; toi qui, de ton bras d'airain, m'as préservé des vicissitudes d'une fortune décevante et qui m'as si bien abrité contre les rayons enivrants de son soleil, grâce au nuage épais et sombre dont tu as toujours voilé à mes yeux les folles vanités de ce mondée »

I. Gazette musicale du 19 novembre 1840 : Une visite à •Beethoven [Episode de la vie d'un musicien allemand.)

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Une fois au moins la Fortune, et non la Pauvreté, suivit et servit un musicien d'Allemagne. Mais elle ne le put asservir. Libre par elle, Men- (lelssohn ("ut en quelque sorte libre d'elle également. Il s'éleva même au-dessus d'elle et, sans la dédaigner, la domina toujours.

Supérieur à la richesse, il l'a été même au bonheur. Celui-ci l'accompagna d'un bout à l'autre de sa courte vie. Il ne connut que les épreuves inévitables, le nécessaire et non le superflu de la douleur. Comme Fa dit Schumann, « le hasard l'avait bien doté, dès son baptême, d'un juste prénom, Félix ». Et cette autre supériorité n'est pas non plus si commune, tant il est vrai qu'il y a parfois, pour notre esprit et pour notre âme, plus de risques dans les bontés de la Providence que dans ses rigueurs.

Musicien exquis, Mendelssohn fut autre chose encore que musicien. Une forte éducation, littéraire, artistique, philosophique même, des voyages à l'étranger, développèrent de bonne heure, dans tous les sens et tout entière, cette nature où ne manquait pas une seule disposition heureuse. Les dessins et les aquarelles de Mendelssohn sont mieux que d'un amateur ; sa correspondance, qui remplit des volumes, est d'un écrivain. 11 parlait plusieurs langues, lisait

le grec et le latin. Tout jeune, il fit hommage à Goethe d'une traduction métrique de V Andrienne de Térence. C'est « pour l'amour du grec » qu'il composa les chœurs à' Œdipe et CQxxy. à' Antigone . Epris de la vie même physique, danseur élégant, hardi cavalier et nageur intrépide, il composait volontiers, pour ses amis et pour luimême, des chansons de « pleine-eau », qu'il s'agissait de chanter en nageant. Ainsi vers sa vingtième année, Mendelssohn dut ressembler à ces jeunes gens de Platon qui ne sacrifiaient ni le corps ni Fesprit Fun à l'autre.

En un mot, le génie et le bonheur ne posèrent jamais leur couronne fleurie sur un front plus grave et plus doux. Par une dernière faveur, elle n'eut pas même le temps de s'y flétrir. Mendelssohn mourut à trente-huit ans et, pareille à son plus délicieux chef-d'œuvre, sa vie brillante et brève ne fut que le Songe d\ine nuit d'été.

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