I. M. Maurice Eiiimanuel
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taire de mines qui l'avait invité. La famille Taylor. (;'était le nom de ses hôtes, était nombreuse. Trois jeunes filles surtout en faisaient le charme et le sourire. Leur frère, qui pourtant n'entendait rien à la musique, un jour que Félix avait joué longtemps, disait, en se retirant, à ses sœurs : « Ce doit être un homme de génie ». Anne, Honora et Suzanne, elles, en étaient bien, sûres. Sans compter que cet homme de génie Icuiparaissait aussi le plus aimable des jeunes g-ens. Tous ces g-entils vingt ans menaient ensemble une honnête, et libre, et joyeuse vie. Un soii', ayant trouvé chez un garde un misérable violon, Félix 9*'en empara el dans le bois, la nuit, debout auprès d'un feu de branchages, il tira du pauvre instrument des sons délicieux.
« .Xous avions remarqué, rapporte encore le frère, à quel point les choses de la nature paraissaient lui suggérer de la musique ». C'est pour les trois sœurs qu'il composa les Trois fantaisies on caprices^ op. iG. Ln bouquet dœillets et de roses, que lui donna l'aînée, inspira la première pièce, dont le début ressemble à celui de la symphonie Ecossaise, et sur la marge de son manuscrit, comme pour comparer, Mendelssohn posa les fleurs.
LE GENIE ET L" ŒUVRE Andajitf cuu nmld
Le scherzo 'n" 2. en ini mineur), aver ses fanfares légères, eut pour prétexte, ou pour modèle, une plante grimpante, aux fleurs pareilles à de petites trompettes, dont ^Nlendelssohn et la jeune Honora prétendaient que les Elfes devaient sonner en prenant leurs ébats.
Presto
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Suzanne enfin se vit dédier, en souvenir d'un ruisseau qui traversait le parc et qu'ils aimaient, la dernière des trois pièces (The Rivulel), où dans quelques traits mélodiques, dans certaines sonorités, il semble qu'on respire déjà la fraîcheur et l'humide poussière de Fingal.
Andante
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Passons maintenant aux paysages véritables. Deux symphonies de Mendelssohn — sur cinq — portent le nom d'un pays. Elles en reflètent Taspect ou le visage. U Italienne, qui s'achève par une saltarelle, commence par un allegro qui pourrait, comme l'ouverture de Berlioz, évoquer des visions de carnaval romain. Quant à VEcossaise, nous avons indiqué plus haut quelle part il convient d'y accorder à la mélancolie et au rêve. Mais le paysage aussi, le paysage historique même, y a sa place, la première peut-être, et de la nature, des apparences et des souvenirs des lieux, il semble ici que le sentiment procède, que l'élément sensible et l'élément idéal se fondent l'un dans l'autre au point qu'on ne les sépare plus. Mendelssohn écrivait d'Ecosse, le 3o juillet 1829 : « Nous sommes allés voir aujourd'hui le palais d'Holy Rood où la reine Marie a vécu, a aimé. Voici la petite chambre et l'escalier tournant... C'est là qu'ils sont montés, qu'ils se sont saisis de Rizzio... ils l'ont assassiné dans ce coin sombre. La chapelle à perdu sa toiture ; l'herbe, le lierre y pousse en abondance et devant l'autel écroulé, Marie fut couronnée reine d'Ecosse. Tout n'est que décombres et poussière; on voit le ciel à travers les ruines. Je crois bien avoir trouvé là aujourd'hui le commencement de ma symphonie Ecossaise ».
i88 MENDELSSOH.X
En écoutant un autre jour des joueurs de cornemuse, il trouva le scherzo, pareil à quelque pibroch joyeux. Et le reste, hormis Vadagio, se ressent encore d'impressions analogues. Le reste, c'est le second motif du finale, qui sonne comme un air de bigpipe sur la bruyère ; c'est la conclusion en forme de choral, mais d'un choral anglais. Nationale, ou locale, la symphonie en la mineur l'est à ce degré, que sous le ciel italien, deux ans à peine après l'avoir ébauchée, Mendelssohn se déclarait, nous le savons, incapable de la reprendre. « Il n'y a que la symphonie Ecossaise, écrit-il le :vj. février i83i, que je ne peux pas encore bien attraper... Elle m'échappe à mesure que je crois la saisir. )> Quelques semaines après : w Du i5 avril au i5 mai, c'est la jjIus belle époque de l'année en Italie, (^ui donc oserait me faire un crime de ne pouvoir jîas me reporter en imagination au milieu des brumes de l'Ecosse ! » Il ne s'y reporta que plus tard, quand il fut remonté vei's le Nord, depuis longtemps et pour toujours. Alors, de ses visions retrouvées et de sa mélancolie revenue, il composa l'un de ses chefs-d'œuvre à la fois les plus ]iittoresques et les plus intérieurs. En le dédiant à la reine Victoria, Mendelssohn ne faisait qu'acquitter une dette et rendre à la souveraine ce qu'il avait reçu du pays.
La symphonie UdUciinc ol VJÀ'ossaisc ellemême ne sont en quelque sorle que des paysages particuliers. La musique île Mcndelssohn en offre de plus généraux et qu'on pourrait appeler élémentaires. Deux éléments en eflel, Tair et Teau, ont trouvé dans le compositeur du Songe et de Fingal un de leurs admirables musiciens, et voilà peut-être ce qui donne à son œuvre descriptive le plus de valeur, et de grandeur aussi.
Le l'eu devait naturellement avoir sa place à la fin de Toratorio d'Elie, étant, si j'ose dire, pour le héros ou le prophète, le principe et le mode même de son suprême transport. Il y brille en efFet, il y rayonne, il y resplendit. Mais « la part du feu « n'est rien dans Elie auprès de celle de Teau. Le début de l'oratorio nous montre
Elie aux éléments parlant en souverain, Les cieux par lui fermés et devenus dairain. Et la terre trois ans sans pluie et sans rosée.
La suite nous lait entendre, et presque voir aussi, les cieux par lui rouverts et l'approche d'abord, puis la chute de l'ondée bienfaisante. Elle dure peu, ce n'est qu'une averse ; mais elle tombe en déluge. Tout Israël la salue d'une acclamation unanime, également imitative et pathé-
igo MEXDELSSOHX
tique, de sorte que dans la polyphonie de Torchestre unie à celle des voix, on sent, comme il fallait, se fondre les cieux et les cœurs, et ruisseler ensemble les torrents de la pluie et ceux de la joie.
« Que d'eau ! que d'eau ! » s'écriait, dit-on, le visiteur officiel d'une inondation fameuse. « Que d'eaux! » au pluriel, et de combien de sortes, sous combien d'aspects, a déjà voulu figurer la musique ! Elle y a souvent réussi. « L'eau dans la musique », tel pourrait être sinon le titre, qui serait malheureux, mais le sujet dune étude d'esthétique à la fois pittoresque et musicale. Elle commencerait, pour ne pas remonter plus haut, à la cantate de Bach : Christ^ unser Flerr, zum: Jordan kam (Le Christ, notre Seigneur, vint au Jourdain), où l'imitation des flots et des vagues d'un fleuve a paru si parfaite à l'un des récents commentateurs du maître, qu'il s'est demandé si vraiment certain accompagnement, signalé par lui, ne fait pas époque dans l'histoire de la musique descriptive '.
La question ne se poserait même pas à propos de Validante de la symphonie Pastorale. C'est une date, et sûrement glorieuse, que marque l'accompagnement — ou les accompagnements,
I. Voir -M. Albert Schweitzer ; J.-S. Bach. Le musicienpoète; 1 vol. Leipzig, Breitkopf u. Hiirtel, igoS.
car ils sont de plus crime sorte — de la Scène au bord du ruisseau. Schubert et Weber, après Beethoven, furent sensibles à la fraîcheur de Tonde, à sa transparence, (rappelez-vous la Truite), et parfois à son immensité. La « barcaroUe » de Schubert s'appelle en réalité : « Pour chanter sur Teau, Auf dem Wasseï' zu singea », et vraiment, autour et comme au flanc de la mélodie qui vogue et se balance, il semble bien que Teau glisse, et se brise, et se joue.
Obéron, a dit Berlioz, « perle allemande éclose dans l'huître britannique ». Gela signifie d'abord qu'Obé/'oii fut représenté pour la première fois en Angleterre, et puis, que dans la beauté du chefd'œuvre, comme en celle d'une perle, il revient une part à la mer. On parle toujours du charme aérien de la partition de Weber; il n'en faudrait oublier ni la grâce, ni la splendeur marine : la barcaroUe, et surtout le grand air de Rezia, l'adjuration la plus fière et la plus magnifique peut-être que jamais personnage lyrique ait adressée à l'Océan.
En cette galerie, que nous formons à la hâte, Berlioz lui-même, le Berlioz du septuor des Troyeiis, prendrait place. Plus tard, dans la musique de la mer, nous verrions celle des fleuves et des lacs venir en quelque sorte se jeter aussi. Le Rhin baignera le seuil de la Tétralogie wagné-
rieane, ce colossal édifice, et. dans la scène finale de la Giitterdammevang, il en emportera les derniers débris en son courant mélod,ieux. Là-bas enfin, sous des cieux pâles, au pays des longs hivers et des printemps qui se l'ont attendre, (juand le printemps pourtant sera venu, c'est au bord de Tétang que le musicien de « la Fille de neige » conduira son héroïne , et les plus ravissantes chansons de la SiiiegoaroLchka ne s'élèveront peut-être pas de la terre, mais des eaux.
Ce chœur étrange, formé de voix limpides, et qui, depuis plus de deux siècles, chante, n'a pas eu déplus délicieux chorège que l'auteur de Mélusine, de la Grotte de Fiiigal et du Calme de la mer. Celui-là, comme le saint et le poète d'Assise, aurait pu nommer l'eau : ma sœur. Il écrivait à Rébecca, voyageant en Suisse : « Salue chaque noyer, chaque sapin, mais surtout les ruisseaux w. Nous lavons vu tout à l'heure accorder à l'un d'eux un gracieux souvenir. Mais au fleuve allemand par excellence, au fleuve national et paternel, au Vater Bheiii. Mendelssohn devait un plus magnifique hommage. 11 le lui rendit en composant l'ouverture de la Belle Mélusine.
LE GEME ET L' (EU VUE Audante coa inotn. ina inndfratn
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Mendelssohn avait entendu en i833 Topera de ce nom composé par Kreutzer — à défaut de Beethoven — sur un poème de Grillparzer, que Fauteur de Fidelio avait accueilli, puis abandonné. L'ouverture déplut à Mendelssohn et le reste de l'ouvrage lui fit le même effet que
Bellaigue. i3
rouvertLire ; mais il admira fort la principale interprète, la Hâhnel, surtout dans une scène où, comme Loreley, elle peignait ses longs cheveux de sirène. Sous le charme de cette vision, il écrivit son ouverture. « De toutes mes ouvertures, disait-il en i836, c'est la plus intérieure «.Etil s'étonnait qu'un rédacteur de gazette musicale y eût pu voir « du corail rouge, des poissons verts, des palais enchantés et toutes les profondeurs de rOcéan ». C'était bien des choses sans doute ; mais nous pouvons nous étonner à notre tour de la définition donnée par ^lendelssohn, et qu'il ait qualifié d' « intérieure » une œuvre dont le dehors^ beaucoup plus que le dedans, fait l'intérêt et la beauté. Non pas que le sentiment, ou l'âme^ en soit absente. Un thème dramatique y intervient, y exerce même sur le thème pittoresque une influence qui, pour ainsi parler, l'humanise. Alors on voit, on croit du moins voir le fleuve se teindre de mélancolie, frissonner d'inquiétude ou de crainte, et cela réunit une fois de plus, en un savoureux mélange, l'ordre ou le monde que nous sommes et celui que les choses sont. Le paysage pourtant l'emporte, et des deux courants, celui du fleuve est le plus fort. Mendelssohn lui-même, en dépit de luimême, devait bien s'en rendre compte, quand il exprimait — dans une lettre, je crois — l'espoir
LE GKiME ET L' (EU VUE
([ue son ouverture sentirait véritablement le poisson [fischig). Enfin puis(|ue Wagner, plus lard, a pour ainsi dire établi tout le prélude — à son tour fluvial et rhénan — du RheiiigoLd, sur le motif principal, à peine altéré, de l'ouverture de Mélusiiie, c'est donc qu'il a trouvé dans ce dessin, dans ce mouvement, dans cette couleur sonore, l'image et la ressemblance des eaux, et de ces eaux.
]Mendelssohn aimaitles ruisseaux etles fleuves. Mais l'Océan lui plaisait encore davantage. « La mer, écrivait-il, a toujours été et sera toujours pour moi la plus belle œuvre de la nature... J'éprouve une jouissance toujours nouvelle ô contempler cette grande plaine liquide et nue. » Au début de l'ouverture de Mecresstille^ il en a précisément représenté la surface unie et sans Ijornes. A la fin, avec une ivresse à demi weberienne et wagnérienne à demi, il a su rendre, après la « traversée heureuse », l'approche et l'abord de la terre aperçue, puis grandissante, enfin touchée et comme reconquise.
Dans le psaume /// exila, c'est encore un bel épisode, un beau tableau, sommaire mais puissant, que le' passage miraculeux d'Israël. « Ld mer vit et recula », et l'orchestre, refluant comme elle, comme elle entrechoque ses vagues et découvre ses profondeurs.
igô MENDELSSOHN
Mais, de tous les chefs-d'œuvre de la musique des eaux, pour la vérité comme pour la poésie, aucun n'est comparable à cette « marine » exquise : l'ouverture « pour une île solitaire », ou des Nouvelles-Hébi'ides^ ou de la Grotte de Fin gai.
Nous avons déjà rapporté que Mendelssohn écrivit sur place, et d'après nature, le principal thème de son poème symphonique. « Le soir même, raconte Hiller dans ses Souvenirs., il alla, en compagnie de son ami Klingemann, faire visite à une famille écossaise. Dans le salon se trouvait un piano; mais hélas! c'était un dimanche. 11 ne fallait donc pas espérer pouvoir faire de la musique ce jour-là, et Mendelssohn se trouva dans la nécessité d'user de toute sa diplomatie pour obtenir que l'instrument fût ouvert une seule minute, afin de permettre à Klingemann d'entendre le thème en question, véritable embryon de cette ouverture maîtresse et originale, que Félix devait terminer seulement quelques années plus tard à Diisseldorf. »
A Paris, il y travailla, mais sans parvenir à se contenter lui-même. « Je ne puis, écrit-il à Fanny, donner ici les Hébrides, parce que, comme je te l'ai écrit dans le temps, je ne les trouve pas suffisamment achevées. Le passage du milieu en ré majeur, forte., est très bête. Toute
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la inoclulation sent plus le contre-point que l'huile tle poisson, les mouettes et la morue, et ce devrait être le contraire ». Ce fut le contraire à la longue, bien que peut-être il soit permis de trouver à cette musique de plus délicates senteurs. Et puis, et surtout, (;'est moins à notre odorat qu'à nos yeux que, par un détour, elle s'adresse. Les sonorités ici deviennent visions plutôt que parfums.
Descriptive, et descriptive avec autant de précision que d'ampleur, cette musique, avec autant d'originalité que de richesse, est aussi de la musique pure. Belle, d'une beauté relative — j'entends qui se rapporte aux objets qu'elle représente — elle est belle encore spécifiquement, et, de cette seconde façon, elle l'est tout entière, par chacun des éléments qui la constituent. Par les thèmes d'abord. Il sont deux ou trois, pas davantage. Le premier, et le principal aussi, tombe doucement, en volute légère, de la dominante sur la tonique, et s'y repose.
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