‹ Mendelssohn (volume 2)Chapitre 25 sur 62 · LI-: (; i:.\"iE i:t i/(]-:uvue · texte numérisé non relu

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Mais cette symphonie est une image encore, ou plutôt un portrait : le portrait qui respire, qui parle et qui chante, des flots. Tout en est rendu : le mouvement, la voix et la lumière. Que dis-je, les mouvements divers, la lumière chanofeante et les innombrables voix. 11 ne manque pas en cette marine un seul aspect, un seul détail, un seul incident de la vie de la mer, hormis sa violence et sa fureur. Voici les houles puissantes et les calmes courants ; voici les vagues plus courtes et plus légères, ayant à leur sommet une boucle d'écume. Voici le flux et le reflux éternels; puis, au sein même du mouvement et du bruit, des retraites cachées, des coins de silence et de paix se découvrent. Entre les trois noms que l'ouverture de Mendelssohn a portés, un seid décidément convient et même s'impose : la Grotte de Fingal. On reconnaît, au bruit de cette eau, qu'elle n'est pas libre, mais enfermée et captive ; elle se meut entre des murailles et sous une voûte de rocher ; tantôt elle frappe et tantôt elle caresse les parois de sa prison. De là tant de résonances et d'échos, et ces appels, et ces réponses de trompettes, que semblent jeter à travers les galeries fraîches les conques de nacre des dieux marins.

Par moments enfin, tant de beauté pittoresque se tourne et s'achève en presque humaine

beauté. On dirait que cette mer, comme nous, est vivante, qu'elle a non seulement son visage, mais son âme comme nous. Ame plaintive d'abord et de mélancolie, les premières notes n'étant que murmures et soupirs. Puis tout s'égaie et rit, tout s'enfle et se renforce, tout entre en mouvement et en joie. 11 semble qu'à l'approche de l'homme, venu pour le contempler et le comprendre, pour se mêler à lui, l'Océan ait pris conscience de son être, et que celle-ci l'exalte et l'enivre. C'est le centre ou le sommet de la symphonie, l'apogée ou l'apothéose de l'un des éléments, de l'une des puissances de l'univers. Mais de nouveau tout décroît, tout s'apaise et s'attriste. Témoin trop fugitif de la gloire des flots et de leur allégresse, le jeune passant n'a fait que passer. Alors, en sa grotte sauvage et redevenue déserte, la mer reprend sa plainte éternelle, qui peut-être ne sera plus jamais entendue et plus jamais consolée.

Après l'eau, c'est l'air, ou la lumière, qui devait trouver en Mendelssohn un de ses plus subtils évocateurs. Le retour au pays [Die Heimkelir aus der Fremde)^ ce petit opéra-comique de famille, composé par le jeune Mendelssohn revenant d'Angleterre, contient un pittoresque lever de soleil. Un autre, beaucoup plus éclatant et grandiose, celui de la Symphonie-Cantate ou

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Lobgesang, unit à la vérité descriptive ou matérielle la beauté de Tallusion idéale et du symbolisme chrétien.

Quant à la Nuit de Walpurgis, œuvre de triple caractère, fantastique, religieuse et pittoresque, Mendelssohn écrivait de Paris en 1882 : « ^lon ouverture (en la mineur) est terminée. Elle ' représente le mauvais temps. Une introduction, dans laquelle on sent la rosée et le printemps, est achevée également depuis quelques jours. » Le second épisode surtout compte parmi les plus gracieux paysages mendelssohniens. En passant de l'ouverture à l'introduction, la musique se détend et se dénoue, elle s'attiédit et se fond.

On ne respire guère que dans certaine musique russe (en telle page de la Vie pour le Tzar et, plus récemment, de la Sniegourotchka) cet air véritablement printanier, qui caresse, pénètre et attendrit.

On ne respire nulle part, nulle part on ne sent, on ne voit, car elle y est même visible, l'atmosphère du Songe cVune nuit cVété. Ici tous les modes, toutes les manières d'être de Fair se reconnaissent, comme toutes celles de l'eau dans la Grotte de Fingal. La musique n'en avait pas encore noté comme dans les premiers ac(;ords de l'ouverture, le calme et l'immobilité, comme

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dans les thèmes scintillants qui les suivent, le tremblement et la palpitation.

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Rien non plus de pareil au scherzo n'avait été jusqu'alors entendu. Danse des elfes et des •■ sylphes, a-t-on dit et redit à satiété, vol et bourdonnement aussi de mouches, d'abeilles et de libellules. Sans doute, musique des esprits ou des insectes de Tair ; mais surtout, et par là le sens du chef-d'œuvre s'élargit et s'élève, musique de Fair lui-même, de ses mouvements, de sa lumière et de sa chaleur, de ses poussières et de ses atomes, en un mot de sa vie et de son être tout entier.

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Avant le duo, rien qu'en une seule note de llûte, grave, longuement tenue, et qui se soulève et s'abaisse tour à tour; on croit voir s'étendre et se propager les ondes lumineuses avec les ondes sonores.

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