‹ Mendelssohn (volume 2)Chapitre 4 sur 62 · I. Le quatrième et dernier, Paul, naquit à Berlin en · texte numérisé non relu

I. Le quatrième et dernier, Paul, naquit à Berlin en

Tàme, l'intelligence et le cœur. De ces parents élus, on peut dire que ces enfants prédestinés reçurent la vie en toute sa plénitude.

Intelligente et fine, exerçant, mais sans y prétendre et sans qu'il y parût même, une influence et comme un charme irrésistible, W'' !Mendelssohn était bonne musicienne. Quand on lui présenta sa fille, Fanny, qui venait de naître, elle déclara tout de suite que les doigts de la petite étaient faits pour jouer les fugues de Bach. Ils les jouèrent, en effet, sans beaucoup tarder. A treize ans, Fanny savait par cœur le Clavecin bien tempéré. La sœur d'abord, et bientôt le frère avec elle, reçurent de leur mère les premières leçons, et longtemps ils refusèrent de jouer sans la voir assise à côté d'eux.

Supérieur encore à sa femme, Abraham Mendeissohn était un sage et un juste. De bonne heure il sembla, si l'on peut dire, un jeune patriarche, dont la tendresse conjugale et paternelle, une tendresse attentive et judicieuse, tempérait le sérieux et la rigueur, encore judaïque à demi. Un biographe de son fils a parlé de sa « raison de cristal ». Zelter le recommandait à Gœthe en ces termes : « Il est de l'espèce des braves gens [Er gehùrt zu deii Braven). En des jours difficiles, il a pu devenir riche sans une ombre sur son âme. »

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A son heureux foyer, A])raham j\!endelssohn entretenait, avec la confiance et l'affection, la discipline et le respect filial. Judaïque à demi, disions-nous plus haut. Chez le, fils du vieux Moïse, la foi des ancêtres, sinon le caractère, s'était affaililie ou détendue. Un frère de sa femme, Bartholdy, plus tard consul de Prusse à Rome et propriétaire d'une fameuse villa décorée de peintures par l'école allemande, avait précédemment reçu le baptême. Il pressa Mendelssohu de suivre son exemple : (( 11 est juste, lui écrivait-il, de rester attaché à une religion persécutée et malheureuse et d'imposer cette religion comme un martyre à ses enfants, aussi longtemps qu'on a la certitude qu'elle est la seule bonne, la seule capable de donner le salut ; mais lorsque cette assurance n'existe plus, il serait barbare d'imposer à ses enfants des sacrifices douloureux et inutiles... Oserais-je te conseiller d'adopter à l'avenir le nom de Mendelssohn -Bartholdy, pour te distinguer des autres membres de la famille Mendelssohn; j'en serais d'autant plus réjoui, que ce nom, rappelant le mien, garderait mon souvenir vivant dans votre cercle. Ce ne serait d'ailleurs là qu'une mesure très simple, car il est d'usage, en France et dans d'autres pays, de joindre à son nom celui des parents de sa femme, pour éviter la confusion

L'HOMME ET LA VIE ii

entre les diverses branches d'une même famille \)) ^lendelssohn écouta l'un et l'autre conseil. Ses enfants — et lui-même après eux — furent baptisés protestants et joignirent à leur nom celui de Bartholdy. Mais l'abjuration de l'oncle ayant provoqué la colère et la longue rancune de la grand'mère Salomon, la conversion du reste de la famille demeura secrète.

Aussi bien, en se détachant de l'Ancien Testament, il ne paraît pas qu'Abraham !Mendelssohn se soit attaché fortement au Nouveau. Une lettre, qu'il écrivit à Fanny, lors de sa confirmation, témoigne d'une assez libre, ou plutôt assez vao-ue relio-ion.

« Tu as fait un pas décisif, ma chère fille. Puissent les conséquences en être bénies pour ta vie entière. Il est un sujet que nous avons évité jusqu'ici de traiter ensemble, et dont je voudrais t'entretenir aujourd'hui. Dieu existe-il? Qui est Dieu ? Une partie de notre être survitelle à la destruction de notre corps ? Quels espaces habiterons-nous?... Etant incapable de résoudre ces problèmes, jai craint de les aborder avec toi. JNIais ce que je sais, c'est qu'il existe en toi, en moi, et dans dans tout cœur d'homme, une éternelle aspiration vers la Justice

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