‹ MendelssohnChapitre 4 sur 29 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Une fois au moins la Fortune, et non la Pauvreté, suivit et servit un musicien d'Allemagne. Mais elle ne le put asservir. Libre par elle, Mendelssohn fut en quelque sorte libre d'elle également. Il s'éleva même au-dessus d'elle et, sans la dédaigner, la domina toujours.

Supérieur à la richesse, il l'a été même au bonheur. Celui-ci l'accompagna d'un bout à l'autre de sa courte vie. Il ne connut que les épreuves inévitables, le nécessaire et non le superflu de la douleur. Comme l'a dit Schumann, « le hasard l'avait bien doté, dès son baptême, d'un juste prénom, Félix ». Et cette autre supériorité n'est pas non plus si commune, tant il est vrai qu'il y a parfois, pour notre esprit et pour notre âme, plus de risques dans les bontés de la Providence que dans ses ri-

gueurs.

Musicien exquis, Mendelssohn fut autre chose encore que musicien. Une forte éducation, littéraire, artistique, philosophique même, des voyages à l'étranger, développèrent de bonne heure, dans tous les sens et tout entière, cette nature où ne manquait pas une seule disposition heureuse. Les dessins et les aquarelles de Mendelssohn sont mieux que d'un amateur ; sa correspondance, qui remplit des volumes, est d'un écrivain. Il parlait plusieurs langues, lisait

le grec et le latin. Tout jeune, il fît hommage à Gœthe d'une traduction métrique de VAndrienne de Térence. C'est « pour Tamour dugrec » qu'il composa les chœurs à' Œdipe et ceux à'Antigone. Epris de la vie même physique, danseur élégant, hardi cavalier et nageur intrépide, il composait volontiers, pour ses amis et pour luimême, des chailsons de « pleine-eau », qu'il s'agissait de chanter en nageant. Ainsi vers sa vingtième année, Mendelssohn dut ressembler à ces jeunes gens de Platon qui ne sacrifiaient ni le corps ni l'esprit l'un à l'autre.

En un mot, le génie et le bonheur ne posèrent jamais leur couronne fleurie sur un front plus grave et plus doux. Par une dernière faveur, elle n'eut pas même le temps de s'y flétrir. Mendelssohn mourut à trente-huit ans et, pareille à son plus délicieux chef-d'œuvre, sa vie brillante et brève ne fut que le Songe d'une nuit d'été.

Page 1