‹ Mendiants et vagabondsChapitre 2 sur 56 · RUE BONAPARTE · texte numérisé non relu

RUE BONAPARTE

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INTRODUCTION

Grâce aux progrès si remarquables qu'a accomplis l'hygiène au cours du dernier siècle, nous avons appris à construire des maisons plus salubres, à en expulser les parasites et les microbes qui y entretiennent les germes morbides. La lèpre, la peste, le choléra même n'ont plus la gravité d'autrefois, les grandes épidémies ne sont plus guère en Europe qu'un souvenir historique.

Il semblerait que l'amélioration survenue dans la condition des classes populaires, l'augmentation des salaires, le développement des idées de coopération, d'assurance et d'épargne eussent dû nous débarrasser de ces autres parasites, le mendiant, le vagabond, qu'un conventionnel célèbre appelait un jour « la lèpre de la royauté * ».

L'expérience a prouvé que, sous ce rapport, les républiques ne sont pas mieux partagées que les

1. Barèrk, rapport présenté à la Convention au nom du comité de Salut public. (Moniteur du 24 floréal an 11.)

VI INTRODUCTION

monarchies. Il n'est guère de semaine où les journaux ne nous apportent le récit de quelque crime commis par un vagabond; et il suffit de circuler dans les rues de nos villes pour constater que, sa dépit des prohibitions officielles, la mendicité y fleurit comme au temps de l'ancien régime.

Mais si l'existence du vagabondage est indépendante de la forme du gouvernement, on peut affirmer que ses modalités sont, par contre, essentiellement dépendantes de l'état social du pays et spécialement des conditions du travail. Depuis cinq siècles, nous trouvons constamment en Fiance des mendiants et des vagabonds ; mais combien différents dans leur caractère comme dans Lef causes qui les ont déracinés !

Le principe social du moyen âge est d'immobiliser l'ouvrier en lui assurant du travail là où il se trouve; cette idée a inspiré l'institution du servage pour les travailleurs de la terre, comme celle des corporations pour les ouvriers de métiers. Le travail, le salaire, l'assistance étaient assurés à celui qui demeurait à sa place dans les cadres rigides tracés par les institutions; mais si un caractère indépendant ou frondeur cherchait à leur échapper, il devenait un révolté, un wargus, un outlaw, un sans-aveu, un être présumé dangereux parce qu'il s'est mis en dehors de la société '.

1. Cette évolution du vagabondage a été analysée avec beaucoup de soin par MM. Florian et Cavaglieri dans l'ouvrage très documenté

INTRODUCTION. VII

De cette présomption que tout mendiant est un vagabond, et tout vagabond un individu suspect, provient ce bizarre enchevêtrement de mesures d'assistance et de police que présente dans notre ancien droit la législation des pauvres, véritable type de la matière mixte. On en trouve le complet développement au seizième siècle dans l'institution du Grand-Bureau des pauvres, qui est à la fois un organe administratif charitable et un instrument de police !; cette juridiction passe en 1656 à l'Hôpital Général, qui obtint ainsi une véritable mainmise sur les pauvres, soustraits à la justice ordinaire, et auxquels on infligeait des peines « sans forme ne figure de procez ~ ». Dans les provinces, la police des vagabonds et malfaiteurs était confiée aussi à une juridiction d'exception, les tribunaux de maréchaussée3.

qu'ils ont publié sous le titre : / vagabondi. 2 vol. in-8°, Torino, 1897 et 1900. Voir notamment tome Ier, p. 1-124.

1. Le Grand-Bureau avait la charge de rechercher et de poursuivre les délits de mendicité, et il avait à cet effet sous ses ordres un bailli des pauvres et des sergents, chargés de rechercher les mendiants dans les rues de Paris et de les amener au bailli. (Cf. Parturier, l'Assistance à Paris sous V Ancien Régime et la Révolution, Paris, 1897, p. 73 et 112.) — Des conflits fréquents s'élevaient entre les sergents et la population qui prenait parti pour les mendiants arrêtés.

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