TRAITEMENT
Le traitement des symptômes doit ici, comme dans beaucoup de cas, trouver sa place. Nous allons, dans un instant, en préciser les indications et les moyens.
Mais il est, selon nous, un traitement qui le domine, parce qu'il constitue une véritable médication de fond, c’est l’hydrothérapie. Dès que le diagnostic de méningisme vient d'être posé ou simplement présumé, l’hydrothérapie — si elle n'a déjà été systématiquement employée — doit immédiatement être mise en œuvre.
Il y a, en effet, intérêt à agir vite pour empêcher l’imprégnation trop intense des centres nerveux par les toxines qui constituerait une intoxication irrémédiable.
Comment faut-il prescrire l’hydrothérapie ?
Diversement, suivant la nature des phénomènes; la balnéation doit pour ainsi dire se modeler sur la symptomatologie de la maladie. Si les signes de dépression, d’adynamie prédominent, s’il y a de la torpeur, du coma, des anesthésies, des paralysies, etc. — dans un autre ordre d'idées, s’il y a du délire plus ou moins agité, de la céphalalgie, l'hydrothérapie froide est indiquée. Si, au contraire, il faut calmer une excitation excessive, se traduisant par des convulsions, des” contractures, etc. — l’eau tiède sera de mise.
L'eau froide sera le plus souvent appliquée, comme on le voit : elle réunit, en effet, la plupart des indications. Tonique
Rs de premier ordre, elle combat directement l’asthénie nerveuse et calme indirectement l’excitation cérébrale, qui est la manifestation de l'atteinte portée aux centres. Elle empiète donc sur le domaine de l'hydrothérapie tiède.
Nous n'avons pas à insister ici sur les techniques qui ont été fixées magistralement pour le bain froid par Brand (1) et pour le bain tiède par M. Bouchard.
Brand « donne un bain à 20°, de quinze minutes de durée, toutes les fois que la température rectale, relevée régulièrement toutes les trois heures, atteint ou dépasse 39°.» Dans notre cas, ce n’est pas sur la température qu’on se règlera, mais sur Pintensité des phénomènes à combattre, et les bains seront répétés à deux ou trois heures d'intervalle jusqu'à ce que l'effet demandé soit produit. l
M. Bouchard prescrit huit bains par jour. La température initiale du bain est de ?° inférieure à la température centrale du malade ; on refroidit insensiblement l’eau d’un dixième de degré par minute, jusqu'à 30°, jamais au-dessous.
Le bain froid agit d’une double façon : sur le système nerveux qu’il tonifie et soutient par une action toute spécifique, et sur l'infection typhique elle-même qu'il combat directement.
M. Winternitz (2?) a démontré, en effet, que l'application de l’eau froide doublait et triplait le nombre des leucocytes chez l’homme. Or on sait que la leucocytose dans les maladies infectieuses est un processus favorable, puisqu'elle prépare la phagocytose : l’eau froide en augmentant les moyens de:défense de l’économie agit donc directement contre la maladie ; elle doit diminuer les sécrétions microbiennes et par suite s'opposer à l'intoxication des centres.
(1) Brand, Die Wasserbehandlung der typhosen Fieber, 1877. (2) Société império-royale des médecins de Vienne. Séance du 3 février 1893, in Semaine médicale, 1893, p. 58.
Le bain tiède paraît tenir surtout son action sédative de la lente soustraction de chaleur qu’il produit.
L’hydrothérapie, dont nous faisons le traitement de choix du méningisme typhique, est regardée aussi par MM. Trouillet et Esprit, médecins militaires, comme le traitement héroïque du méningisme de la grippe. Dans un article tout récent sur les « Méningo-encéphalopathies de nature grippale (1) », ces auteurs s'expriment ainsi : « Le traitement le plus effcace dans les cas graves, c’est-à-dire dans ceux où l'atteinte des centres nerveux est portée à un haut degré, c’est l'emploi systématique de bains tièdes prolongés, à la température de 30°, ou de bains à 25°, renouvelés toutes les trois heures et d’une durée de dix à dix-huit minutes, as$ciés à l’application d’une vessie de glace sur la tête et à l'usage de l'antipyrine. Le drap mouillé peut aussi, parfois, rendre des services. »
A côté de l'hydrothérapie, traitement de fond, quelques médicaments seront utilement donnés contre les principaux symptômes. Le chloral à la dose de 1 à 2? grammes, l’antipyrine à des doses de 3 à 4 grammes, la morphine, seront dirigés contre les phénomènes de douleur et d’excitation. En vue de l'élimination des toxines, on aura recours au régime lacté, à la caféine en injections sous-cutanées, aux laxatfs. Les révulsifs soit locaux (vésicatoires cantharidiens ou au chloral dans le cas d’albuminurie), soit généraux (calomel à doses fractionnées) auront aussi leurs indications.
Si cette thérapeutique est énergiquement et opportunément appliquée, le pronostic sera relativement favorable. Sans doute l’imprégnation des centres par les toxines peut égaler en gravité les lésions inflammatoires véritables, cependant il est certain qu'il s’agit là d’altérations moins profondes et plus
(1) Semaine médicale, 24 avril 1895.
sn pnee accessibles à une modification thérapeutique. Le bain froid en augmentant la leucocytose et en tonifiant les centres agit doublement contre le méningisme typhique. Il nous paraît appelé à faire évoluer le plus souvent la maladie vers la guérison.