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HISTORIQUE

Dans le méningisme, le mot et la chose ont leur histoire distincte. A. LES FAITS.

Le méningisme typhique est bien décrit par Graves (cliniques médicales) : citations.

Période contemporaine : la connaissance du méningisme pneumonique, approfondie et étendue par Hutinel et son école, etc., aide à celle du méningisme typhique. — Citations des faits d'Hutinel, de Claisse, etc.

Observation de Tictine (syndrome méningitique intense avec lésions minimes). Cas de M. Grasset (voir in-extenso, page 18).

B. Le mor. Créé à l’imitation du péritonisme de Gübler, par E. Dupré (de Paris). Le Manuel de médecine. — Le Congrès de Lyon.

Dans cette question du méningisme, le mot et la chose ont une histoire distincte : le mot est tout récent, la chose est plus ancienne. L'un, introduit dans le vocabulaire médical par Dupré, date du Manuel de médecine, où il figure pour la première fois, et surtout du Congrès de Lyon, où il reçut pour ainsi dire sa consécration publique, l'autre — le fait — était de connaissance bien antérieure.

en Cliniciens et anatomo-pathologistes n’ignoraient pas depuis longtemps l'existence de ces curieuses méningites cliniques sans méningites anatomiques, de ces cas où la symptomatologie complète de la méningite, trop saisissante pour étre méconnue, n’est accompagnée à l’autopsie de lésion d’aucune espèce. Les écrits de Valleix, de Grisolle, de Cadet de Gassicourt, montrent bien que le fait les avait frappés. En ce qui concerne la méningite typhique sans lésions qui seule nous occupe ici, Graves manifeste son étonnement et appelle l’attention du lecteur avec insistance. Il relate (1) l'observation d’un jeune homme robuste, de bonne constitution, entré dans son service d'hôpital pour une fièvre typhoïde de forme ordinaire, de moyenne intensité, arrivée au septième ou huitième jour de son évolution. Le lendemain de son entrée se déclarèrent des phénomènes cérébraux intenses : délire, agitation ayant nécessité l'usage de la camisole de force, insomnie complète. Bientôt le coma succéda à l’ataxie et le malade mourut. A l’autopsie, peu ou pas de lésions : une légère opacité de l’arachnoïde à la base du cerveau ; une cuillerée à peu près de liquide transparent dans la cavité sous-arachnoïdienne. Insistant sur cette absence de lésions à la suite d’un état méningitique si nettement caractérisé de par la clinique, Graves s’exprime ainsi : « J’appelle, dit-il, expressément et de toutes mes forces votre attention sur ces résultats, et je leg soumets au contrôle de tous les élèves travailleurs. Un malade atteint de typhus est pris de symptômes qui sont regardés comme les phénomènes caractéristiques de la congestion et de l'inflammation cérébrales ; il meurt, emporté, selon toute apparence, par la violence même de ces accidents, et l’autopsie reste muette sur les lésions du cerveau. Dans le cas particulier

(1) Graves, Leçons cliniques, t. III, chapitre Symptômes cérébraux du typhus fever.

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= 0 dont nous nous occupons, l’état du malade indiquait manifestement de l’inflammation, ou tout au‘moins de l’hyperhémie des centres nerveux, et, s’il n’y avait pas eu de symptômes typhiques, nous aurions dû nous attendre à trouver des traces non équivoques de phlegmasie, Il semble donc que la cause qui préside à l’évolution des accidents cérébraux du typhus ne se révèle par aucune lésion anatomique; en d’autres termes, il faut qu’il existe en dehors de la congestion et de l’inflammation une influence qui nous échappe. J'ai déjà observé bien des faits de ce genre, et je suis pleinement convaincu maintenant que le délire du typhus fever n’est pas sous la dépendance exclusive des lésions inflammatoires du cerveau. »

Plus loin, revenant sur cette idée, il rapproche deux observations remarquables par l'identité des symptômes et la différence des résultats d’autopsie. Il s'agissait dans les deux cas de typhus grave avec délire, soubresauts de tendons, etc. L’identité du tableau symptomatique était complète : « Je défie, dit Graves, quiconque a comparé ces deux faits d’avoir pu saisirentre eux la moindre différence. Le délire, l'excitation nerveuse, insomnie, débutèrent de la même façon et suivirent la même marche chezles deux malades: tous deux eurentles pupilles contractées, de la mussitation et du délire, une absence complète du sommeil et des soubresauts de tendons ; chez tous les deux les symptômes cérébraux aboutirent au coma et à la mort.

Eh bien ! mettez en regard de cette identité parfaite dans les symptômes la différence profonde des lésions: Chez l’un, altération généralisée des méninges, exsudation à la surface du cerveau, hyperhémie intense ; chez l’autre, aucune modification appréciable, rien qui s'éloigne de l’état normal. » Il rappelle à ce propos des faits analogues observés dans la scarlatine : « Nous nous heurtons contre la même difficulté dans beaucoup de cas de scarlatine. Chez les malades qui ont succombé à la violence des phénomènes cérébraux, nous trouvons

Rip les centres nerveux dans des conditions très dissemblables : tantôt il existe une lésion évidente et mortelle ; ailleurs on ne trouve que quelques traces de congestion, complètement insuffisantes pour rendre compte des phénomènes observés ; d'autres fois enfin, le cerveau est complètement sain. »

La connaissance du méningisme typhique qui apparaît si nettement dans les écrits de Graves bénéficie, dans une période plus voisine de nous, des faits nombreux de méningisme pneumonique apportés par les auteurs. Il s’est constitué, sur cette question, une littérature toute récente qui comprend les noms d'Hutinel, de Belfanti, d'Auscher, de Boulay, de Dupré, de Claisse, de Guinon, etc.

Hutinel (1) décrit des phénomènes méningitiques suivis de guérison au cours des pneumonies des enfants. Il cite l’observation d’un enfant de onze ans amené dans son service le 17 février 1890, ayant la face congestionnée, la peau chaude avec du délire et des hallucinations de la vue et de l’ouïe Trois jours auparavant, il avait été pris d’un frisson unique, violent, bientôt suivi de fièvre et de vomissements. A son entrée, il présentait une raideur presque tétanique des membres, du cou et des lombes, sans trismns ni inégalité pupillaire. La respiration était fréquente, mais on ne percevait à l’auscultation que quelques râles sibilants. Successivement, on vit apparaître un point de pneumonie au sommet droit, puis une éruption généralisée de purpura, de l’herpès au menton, de lendocardite et, plus tard enfin, une pleurésie suppurée de la base droite. Concurremment avec ces différentes localisations de l'infection, on observa pendant six jours de la contracture, du strabisme, de la photophobie. des hallucinations, du délire, de l'hyperesthésie cutanée, des irrégularités du pouls, de l'inégalité pupillaire, et, pendant trois semaines, une para-

(1) Semaine médicale, 22 juin 1892.

elle

lysie du voile du palais qui fut le dernier symptôme à disparaîitre. L'enfant guérit complètement.

Mais ce n'est là, à tout prendre,-que du méningisme supposé, car le fait de la guérison n'implique pas nécessairement l'absence de lésions, et n'autorise même pas à supposer des lésions légères et fugaces, car la régression de lésions avancées est possible quoique rare. Voici des faits certains de méningisme, puisqu'ils ont la garantie de l'autopsie.

Belfanti rapporte le cas d’un sujet qui, dans une pneumonie, avait présenté une raideur tétanique du cou et des membres, et ne montra à l’autopsie « ni inflammation méningée ni exsudat riche en pneumocoques. »

Auscher parle d’un enfant qui avait présenté des attaques épileptiformes subintrantes au cours d’une broncho-pneumonie, et dont les méninges furent trouvées à l’autopsie parfaitement saines.

Paul Claisse (1) apporte une notion nouvelle : l'absence de microorganismes dans le liquide céphalo-rachidien. Il convient, en raison de l'importance de cette donnée, de citer in-

extenso son observalion.

Méningisme au cours d'une pneumonie

Un enfant de trois ans et demi entre, le 20 juin 1897, à l’infirmerie de l’hospice des Enfants-Assisiés (service de M. le docteur Hutinel). Depuis plusieurs jours, il toussait un peu; la veille, il a eu un léger état fébrile.

On trouve à l’auscultation un foyer hbroncho-pneumonique de la base gauche.

T:matin, 394 ;soir, 398.

(1) Presse médicale, 6 janvier 1894.

Lee

21 juin. — La lésion pulmonaire s’est étendue. Bon état général.

T.: matin, 39°2 ; soir, 40°.

29. — L'enfant a vomi à plusieurs reprises. Depuis la veille au soir, il a poussé de fréquents gémissements et il a eu plusieurs convulsions ; on note une photophobie très manifeste La constipation est absolue depuis le début de la maladie.

Il existe un second foyer broncho-pneumonique dans la partie moyenne du poumon droit. Le pouls est rapide et régulier.

T::-:matin,; 39°2; soir;:99°8.

23. — Les convulsions se sont reproduites. Il existe un strabisme convergent très net. L'enfant a les poings fermés en pronation forcée. Les mâchoires sont serrées, la nuque est raide. On produit facilement la raie méningitique.

T.: matin,39°4; soir, 40°2.

94. — État stationnaire. Les pupilles sont resserrées ; ce myosis est inégal, plus prononcé à droite.

T.: matin, 38°6 ; soir, 39°8.

25. — Les muscles raidis se sont détendus. L'enfant reste inerte, respire irrégulièrement.

Le pouls, toujours très rapide, est devenu irrégulier.

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