OBSERVATION II
(Communiquée par M. VizcaR», interne des hôpitaux)
Méningisme chronique de nature inconnue
Le nommé Henri P..., âgé de vingt-trois ans, tonnelier, actuellement sapeur-conducteur au ? génie depuis seize mois, est entré le 3 mars 1894, à l’Hotel-Dieu -Saint-Éloi, salle Martin-Tisson, n° 23, service de M. le professeur Grasset.
C’est un homme un peu malingre, mais assez bien portant d'ordinaire, sans susceptibilité bronchique bien marquée. Il n’a fait qu'une maladie à l’âge de quatorze ans. A cette époque il aeu « un transport au cerveau » : il est resté alité pendant plus d’un mois, et a eu beaucoup de délire, avec perte de connaissance. La convalescence a été longue et a duré trois mois. Il n’y a rien de suspect du côté des antécédents héréditaires.
ne Il à été assez fatigué pendant ces derniers mois et s’est plaint à plusieurs reprises de douleurs articulaires, surtout prononcées au niveau des genoux, mais il ne s’est jamais fait porter malade.
Depuis quelques jours il était plus fatigué que d'ordinaire, il était abattu, sans courage et sans appétit. Le 2 mars au matin, il acommencé à souffrir de la tête dans la région frontale; cette douleur a persisté toute la journée. Dans la nuit du ? au 3 mars, il a continué à souffrir et n’a pas dormi. Le 3 mars, il a toujours une céphalalgie très forte; dans la journée, il a eu quatre ou cinq vomissements provoqués par l'ingestion de quelques gorgées de liquide. Ces symptômes s’accentuant, il se fait porter malade dans la soirée et est envoyé de suite à l'hôpital avec le diagnostic de grippe : sa température est de 40°2.
À huit heures du soir, il se trouve dans l’état suivant: il est très abattu et souffre horriblement de la tête au niveau de la région frontale ; il a, en outre, de violentes douleurs lombaires, ainsi que d’autres douleurs moins fortes généralisées à tous les membres. La pression de la tête et de la colonne vertébrale n'est pas douloureuse. Il a un peu de raideur de la nuque mais pas de contractures. Les pupilles n'offrent rien d’anormal: elles sont contractiles et moyennement dilatées. Les réflexes ne sont pas exagérés, la raie méningitique est peu prononcée, vomissements fréquents de matières verdâtres ; constipation depuis trois jours.
On à fait une injection sous-cutanée de 0 gr. 01 de morphine.
Le lendemain, 4 mars, le malade se trouve à peu près dans le même état; ce qui domine, ce sont la somnolence, la céphalalgie atroce, les douleurs lombaires, les vomissements incessants provoqués par la moindre boisson ou spontanés.
Il n’y a ni contractures, ni exagération des réflexes, mais on
constate de temps en temps des secousses convulsives de la partie supérieure du tronc. La pupille‘ gauche paraît se contracter, mais moins énergiquement que la droite. Le pouls est à 68, les bruits du cœur sont bons ; il n'y a rien aux poumons.
Pour combattre la constipation et dans le but de faire de la révulsion intestinale, on donne 1 gramme de calomel en 10 paquets auxquels on ajoute 0 gr. 10 d’extrait d’opium; mais le calomel est constamment vomi. On donne alors un lavement purgatif au séné et au sulfate de soude qui détermine cinq selles avec émission de matières dures. Eau de Seltz et Sirop de limon pour calmer les vomissements. F.:matin, 376; soir, 39°7.
Le 5 mars. — La situation n’a pas changé. L’insomnie est complète ; les vomissements sont continuels, la céphalalgie est atroce, la face est pâle et indique une vive souffrance ; les pupilles sont paresseuses ; la nuque est raide; la raie méningitique est peu marquée.
On prescrit 1 gr. 20 d’ipéca, un nouveau lavement purgatif et 0 gr. 10 d'extrait d’opium. Lait et bouillon glacés.
Le pouls est à 76. T.: matin, 38°; soir, 38°8.
6. — Le malade se trouve toujours dans le même état. Il a un peu dormi dans la nuit, mais ensuite il a souffert atrocement de la tête; douleurs dans le rachis; vomissements, violents frissons de temps en temps, face grimaçante. Pas de paralysie, pas de contracture, sauf au niveau de la nuque. Les bruits du cœur sont bons, l’auscultation ne révèle rien d’anormal. On prescrit 4 grammes d’antipyrine et ? grammes de bicarbonate de soude, un lavement purgatif qui procure deux selles dures. Lait glacé.
Dans la soirée, on note une très légère amélioration ; la céphalalg'ie est un peu moins intense.
Le pouls est à 70. T.: matin, 39°; soir, 3604.
Re
L’analyse des urines a donné les résultats suivants :
Quantité (des 24 heures) 350
Densité sounds 1030 Réaction me 0 ER acide Lire dos: ht 45 gr. par litre.
Trace d’albumine non rétractile.
Pas de sucre.
7. — La nuit a été assez bonne jusqu’à deux heures du matin ; le malade a été pris ensuite de douleurs épouvantables, siégeant au niveau des régions frontale et occipitale ; douleur le long du rachis, un peu de délire, face grimaçante ; plaintes continuelles, mais pas de véritable cri hydrencéphalique. Dans la journée, la douleur est telle qu’on injecte 0 gr. 01 de morphine. On remarque que ces douleurs reviennent par crises très rapprochées; on donne alors 1 gramme de bromhydrate de quinine en injection sous-cutanée ; on continue l’antipyrine ; lavement purgatif.
Le pouls est à 66; T.: matin, 36°8; soir, 37°.
Urines : Quantité — 900; Densité = 1095; réaction acide; Urée — ?4 gr. ? par litre, Albumine non rétractile….. traces; Slicre — 0:
8. — La nuit à été assez bonne et le malade va beaucoup mieux ce matin; il souffre encore beaucoup de la tête, de la nuque et de la colonne vertébrale, mais il n’a plus de vomis- . Sements. -
On donne de suite 1 gramme de calomel en quatre paquets qui ne produit aucun effet; on donne alors un lavement purgatif qui détermine une selle diarrhéique.
Injection de bromhydrate de quinine 1 gramme.
Le pouls est à 81. T.: matin, 38°2: soir, 38°4.
Urines. — Quantité — 400; Densité = 1027; Réaction
here acide; Urée — 31 gr. 8 par litre; Albumine non rétractile — traces ; Sucre = 0.
9. — Les douleurs frontales, occipitales et rachidiennes persistent, mais moins intenses que celles ressenties avant-hier. Pas de vomissements ; langue sale, épaisse.
On donne 1 gramme de bromhydrate de quinine en injecton et 1 gramme de calomel en quatre paquets ; l'effet purgaüf n'est obtenu qu'après un lavement glycériné, qui détermine une véritable diarrhée. Lait, bouillon, vin.
Le pouls est à 90. T.: matin, 38°6 ; soir, 38.
Urines. — Quantité. — 1050 ; Densité — 1019; Réaction acide; Urée = 16 gr. 5; Pas d’albumine.
10. — L'amélioration continue, la céphalalgie est moins intense, il n’y a plus de vomissements.
On donne 1 gramme de quinine en cachets, le matin.
L'urine ne contient pas d’albumine.
Le pouls est à 74. T.: matin, 386; soir, 38°5.
11. — Le malade a eu ce matin de la rétention d'urine pour la première fois; avec la sonde, on retire 1050 cent. cubes d’urines ; cette urine à une densité de 1012, elle contient 12 gr. 6 d'urée par litre, et iln’y a pas d’albumine.
Où donne un gramme de quinine par la bouche et un lavement purgatif.
Le pouls est à 78. T.: matin, 36°8 ; soir, 38°4.
12. — Les douleurs de la tête, de la nuque, du rachis, existent encore mais sont atténuées ; quand on fait asseoir le malade, il n’est plus raide comme une barre et il n’a plus la tête portée en arrière. Les vomissements n’ont plus reparu. Il a pu uriner tout seul.
On donne { gramme de quinine et un lavement.
Le pouls est à 80. T.: matin, 3895; soir, 39,2.
13.— L'amélioration continue. Lavement purgatif et 0 gr. 05 d'extrait d'extrait d’opium.