ÉTUDE D’ENSEMBLE
De l'analyse des observations de méningites à pseudo et à paraméningocoques, de l'étude bactériologique de ces germes est-il possible de dégager les caractères principaux qui permettront de fixer la symptomatologie, d'établir le diagnostic et d’instituer un traitement ?
En dehors de la notion exacte de la nature de l'agent pathogène, on ne sait à peu près rien sur l’étiologie et la pathogénie de ces méningites. Dans les cas observés jusqu'ici, il s'agissait d’atteintes sporadiques, développées d’une façon pour ainsi dire autochtone, sans qu'il ait été possible de saisir entre elles un lien étiologique net. Il est cependant un point d’étiologie qui présente un grand intérêt. Le rhino-pharynx est Le « repaire » des germes voisins du méningocoque comme il est celui du méningocoque lui-même. De ià ils peuvent fuser dans la circulation sanguine ou lympathique pour engendrer des méningites.
Des observations ultérieures de méningite sont venues confirmer le rôle pathogène des germes qui avaient été isolés du rhino-pharynx lors d’épidémies de méningite cérébrospinale. L'observation de Lingelsheim, où l'on vit une méningite à D. crassus survenir chez un sujet qui portait ce germe dans son rhino-pharynx, est aussi particulièrement instructive. Elle montre bien l'importance qu’il faut attacher à l'étude bactériologique des germes du rhino-pharynx; elle est le lien qui relie cette étude à celle des germes trouvés dans le liquide céphalo-rachidien des méningitiques. Or, M. Dopter insiste particulièrement sur ce
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fait : qu’il a constaté, en maintes circonstances, l'existence d’épidémies de rhino-pharyngite pseudoméningococcique, et que, d'après les observations connues jusqu’à ce jour, les infections paraméningococciques paraissent sévir plus particulièrement pendant la saison froide qui contribue à développer si aisément les rhino-pharyngites. <
Ces méningites ne diffèrent pas, tant au point de vue anatomopathologique qu'au point de vue clinique, des méningites à méningocoque. C’est le syndrome méningé classique; on note parfois de légères variations dans ce tableau symptomatique, mais elles ne peuvent dans aucun cas être considérées comme spécifiques.
L'aspect macroscopique du liquide de ponction lombaire ne fournit pas non plus de caractère distinctif. Comme dans la méningite cérébro-spinale, le liquide céphalo-rachidien est ordinairement trouble, son aspect variant du simple louche à la purulence. Dans certaines méningites à pseudoméningocoques, on à pu noter un liquide céphalo-rachidien clair, mais on sait aujourd’hui qu'il peut exister des méningites à méningocoque avec liquide clair.
Un seul fait est capilal et tous les auteurs s'accordent à lui donner une importance considérable : c'est l’insuccès de la sérothérapie anliméningococcique. Dans un cas de gonococcie éludié par Marfan et Debré, l'injection de sérum antiméningococcique fut sans résultat.
C'est précisément cet échec de la sérothérapie ordinaire qui mel sur la voie du diagnostic. Celui-ci ne saurait s'appuyer que sur des recherches de laboratoire. Elles doivent être complètes. Les caractères morphologiques et culturaux, ces derniers souvent très importants, ne serviront qu'à un diagnostic d'orientation. L'étude des propriétés biologiques et des réactions humorales, que nous avons, à dessein, longuement exposée, permettra un diagnostic positif.
L'évolution est variable suivant le microbe en cause. Le pronostic des méningites à pseudoméningecoque semble être plus sombre que celui des méningites à méningocoque. Dans les pre-
mières observations publiées, la méningite paraméningococcique
semblait se caractériser par son allure d'emblée très grave. Mais
ce n’est pas là un caractère absolu : dans le cas de Widal, le tableau clinique fut celui d’une forme moyennement grave de méningite cérébro-spinale.
Le pronostic sera très amélioré, du reste, par l'application méthodique d’un sérum spécifique. Actuellement, la question du traitement doit ainsi se résoudre dans la pratique : un malade présente le tableau classique de la méningite cérébro-spinale, syndrome méningé et liquide louche; dans ce liquide, le micros- «ope décèle un coceus en grain de café, intra ou extra-cellulaire, Gram négatif.
Il peut s'agir d'une méningite à méningocoques, mais peutêtre aussi d’une méningite à pseudo ou paraméningocoques évoluant sous le masque clinique d’une méningite ordinaire; dans l’état actuel de nos connaissances sur ce sujet, aucun doute n’est possible : il faut injecter du sérum antiméningococcique, les méningites à diplocoques de Weichselbaum étant les plus fréquentes. On fera ensuite des recherches bactériologiques complètes et quand on aura identifié — le plus rapidement possible — le germe en cause, on pourra faire une sérothérapie antipseudo ou antiparaméningococcique.
Ne serait-il pas préférable d’injecter d'emblée un sérum polyvalent ? A la suite de la communication de M. Widal à l'Académie de médecine, M. Netter a soutenu qu'il « serait infiniment désirable que le sérum antiméningococcique soit rendu en même temps antiparaméningococcique ».
Cet auteur rappelle en outre, à l'appui de sa thèse, que le sérum antiméningococcique est préparé avec un « mélange de souches de méningocoques », et que cette fabrication d’un «sérum antiméningococcique polyvalent s’est imposée à tous les sérologues, étant données les différences de virulence et autres relevées entre les méningocoques de toutes provenances ». L'argument est spécieux : il paraît impossible de conclure des races diverses de méningocoques aux germes voisins, pseudo ou paraméningocoques. Entre les deux, il y a des différences
profondes, tandis que les méningocoques de différentes races ont les mêmes réactions générales et cela par définition méme. D'autre part, ce sérum polyvalent est inacceptable dans la pratique, car combien minime serait la quantité de sérum spécifique opposé au microbe en cause malgré les quantités élevées de Sérum polyvalent que l’on serait obligé d’injecter. La vérité n’est donc pas dans cette thérapeutique à multiples fins qui risquerait d'être insuffisante pour un cas déterminé. Elle est dans l’application d’un sérum spécifique opposé à un germedontles recherches bactériologiques auront défini la nature. C’est seulement à rendre plus rapides ces recherches de détermination que devront tendre tous les efforts.
Le sérum antiparaméningococcique a déjà donné d'excellents résultats, comme en témoignent les observations de Widal et Weissenbach, de Chevrel.
. Sans doute, étant donné la rareté plus grande des méningites à pseudo et à paraméningocoques, l'emploi de ces sérums sera ‘beaucoup plus limité que celui du sérum méningococcique, mais, suivant le mot de M. Dopter, que nous voulons encore citer une fois ici, « on peut espérer qu'il contribuera à faire encore l’économie de quelques vies humaines ».
Nous reproduisons. ici quelques dessins très intructifs. Ces ligures ilustraient un article de M. DoprEr, « Sur l'infection para- Ë méningococcique », article paru dans le numéro du 12 octobre 1912 du NS Paris-Médical. Nous remercions bien vivement M. DopTER, ef son
aimable éditeur, M. G. Daillière, qui nous ont permis de les reproduire ici.
Fi6. 1. — Liquide céphalo-rachidien montrant une grande abondance de Paraméningocoques surtout extracellulaires.
Fi6. 2. — Culture de paraméningocoques, âgée de 24 heures. cocci sont de volume égal. Presque pas de cocci gé figure 3, représentant le vrai méningocoque.
La plupart des ants. Comparer avec la
F1G. 3. — Méningocoque vrai. Culture de 24 heures. Cocci de volume très inégal. Cocci géants.
Fi. 4. — Épreuve du péritoine avec le / œ ee
gococcique. Les méningocoques ont
presque disparu. Ceux qui persistent
ont subi la bactériolyse (exsudé prélevé E É-] 20 minutes après l'injection micro- |
bienne). |
méningocoque et le sérum antiménin- | | À
F1c. 5. — Épreuve du péritoine avec le paraméningocoque et le sérum antiméningococcique. Les cocci persistent en foule, et n’ont subi aucune bactériolyse (exsudat péritonéal prélevé 20 minutes après l'injection microbienne).