CHAPITRE PREMIER
C'est à Lingelsheim et à ses élèves que revient le mérite d'avoir donné la première et la plus complète description des pseudoméningocoques. De décembre 1904 à mars 1905, une “épidémie de méningite cérébro-spinale sévit en Silésie Orientale. Elle fut très importante. L'épidémie intéressait 22 districts sur 25 que compte la Régence d'Oppel, ainsi que 6 districts de la Régence de Breslau, y compris la ville de Breslau elle-même; quelques soldats du 6° corps d'armée prussien étaient également infectés. Au total, on a relevé officiellement, pour cette période “de quatre mois, 1.088 cas avec 582 décès. On voit quel merveilleux champ de recherches fut donné à Lingelsheim lorsqu'il fut nommé, à l’occasion de cette épidémie, directeur du « Royal Institut d'Hygiène », installé à Beuthen (0. S.), en plein centre ‘contaminé. Cette épidémie fut aussi l’occasion de nombreuses discussions sur la bactériologie des méningocoques à la Société médicale de Berlin, en avril-mai 1905. Depuis, le professeur Lingelsheim a continué à étudier lui-même et à faire étudier par ses élèves les caractères différenciels du méningocoque et des germes voisins. C’est ainsi que Friese et Muller, Lieberknecht, -Sachs-Muke ont particulièrement étudié ces questions en Alle- “magne, Nous nous appuierons souvent sur cette documentation dans notre description des pseudoméningocoques. Flexner, en
Le
Amérique, Henderson et Ritchie, Arkwright, en Angleterre, on poursuivi des recherches sur ce sujet. En France, c'est le nom de Dopter qui est surtout attaché à ces questions, et dans un grand: nombre de méningites observées dans les hôpitaux de Paris, les pseudoméningocoque en cause a été identifié par cet auteur.
Au cours de ses recherches pendant l'épidémie de Silésie,, Von Lingelsheim avait isolé du liquide céphalo-rachidien des: méningites les germes suivants :
1° Le méningocoque de Weichselbaum ;
2° Diplococcus crassus (méningocoque de Jæger) ; 3° Pneumocoque de Talamon-Frankel;
4° Staphylocoque';
5° Streptocoque ;
6° Streptococcus mucosus ;
1° Diplococcus mucosus ;
8 Diplococcus pharyngis flavus I];
9° Micrococcus cinereus; 10° Bacille Gram-négatif;
Le même auteur a isolé des fosses nasales :
1° Méningocoque ;
2° Micrococcus catarrhals;
3° Diplococcus pharyngis siccus ;
4° Micrococcus pharyngis cinereus ; 5° Diplococcus pharyngis flavus T; 6° Diplococcus pharyngis flavus I; 1° Diplococcus pharyngis flavus II; S° Diplococcus crassus.
Parmi ces microbes, le pneumocoque, le streptocoque, le staphylocoque, le bacille Gram-négatif peuvent être facilement et
nettement différenciés du méningocoque.
Nous décrirons comme pseudoméningocoques :
1° Un germe Gram-positif : Diplococcus crassus:; 2° Des germes Gram-négatifs.
a) Nous rappelerons tout d'abord — et brièvement — les caractères principaux du méningocoque de Weichselbaum, comme terme de comparaison.
TE
b) Le micrococcus catarrhalis ;
c) Le Diplococcus pharyngis siccus;
d) Le D. pharyngis cinereus ;
e) Le D. pharyngis flavus T;
f) Le D. pharyngis flavus IT;
g) Le D. pharyngis flavus II;
h) Le D. mucosus;
i) Le gonocoque;
k) Enfin, dans un dernier paragraphe, nous étudierons les caractères du méningocoque de Still, agent de la « méningite basale postérieure ».
Diplococcus crassus.
(Méningocoque de JÆGER-HEUBNER.)
Ce microbe a été longtemps et souvent confondu avec le vrai méningocoque. — Jæger, médecin militaire allemand, le découvrit en 1895 et l'identifia au méningocoque de Weichselbaum, bien qu'il présentât des caractères très différents : ce diplocoque prenait le Gram, formait des chaînettes dans les milieux liquides, était doué d’une grande vitalité, poussant sur tous les milieux et à toutes les températures.
Ce germe fut étudié ensuite par Heubner, qui l'identifia aussi
- au méningocoque vrai. Mais von Lingelsheim identifia ce germe avec le Diplococcus crassus à l’aide de l'épreuve de la fermentation des sucres : « Il n’est pas douteux, dit cet auteur, que le Diplococcus crassus soit identique aux races que Kral présente comme méningocoque de Jæger, aussi bien qu'aux races que nous avons recues directement de Jæger. Il est probablement aussi identique au microbe étudié par Heubner. Il est la cause de toutes les discussions qui existent dans la littérature sur la réaction douteuse du méningocoque à la méthode de Gram, et
| de toutes les divergences difficilement conciliables avec la première description de Weichselbaum. »
Morphologie. — Diplocoque présentant les caractères micros-
copiques du méningocoque.
er. DE
Gram positif. Souvent, cependant, sur la même préparation un Certain nombre de cocci ne prennent pas le Gram.
Colonies. — Les colonies sont petites, gris blanc, granuleuses: ou bleu gris. En tubes inclinés, la culture est blanche, com-pacte, moins abondante que celle du méningocoque. Le Diplo-: COCCUS Crassus pousse d’abord mal sur gélose, mais il s'y habitue,, et bientôt il y pousse abondamment. Ce microbe commence à! se développer à 20 degrés. Sur les préparations, les cocci appa-: raissent plus gros que ceux du méningocoque, et il n’y a pas: de tétrades.
L'épreuve de la fermentation des sucres donne ici des résultats très importants. De tous les pseudo-méningocoques, le Diplo- COCCus crassus est celui qui fait fermenter le plus grand nombre. de sucres : ‘glucose, lévulose, galactose, saccharose, mallose, lactose. |
L'épreuve de l’agglutination permet aussi le diagnostic. Lingelsheim à montré, en effet, que si le Diplococcus crassus et le méningocoque sont agglutinés tous les deux par un sérum antiméningococcique, le méningocoque n’est pas agglutiné par un sérum anticrassus.
Le méningocoque de Weichselbaum.
Ce microbe, décrit en 1887 par Weichselbaum, sous le nom de Diplococcus intracellularidis meringitis est aujourd'hui, après de nombreuses discussions, considéré comme spécifique et ses caractères sont bien déterminés.
Morphologie et coloration. — Diplocoques en grain de café, les … deux surfaces accolées étant planes; ils se colorent par toutes les couleurs d’aniline, mais les CoCci sont inégalement colorés. Les méningocoques sont parfois groupés en amas, très souvent en létrades, jamais en chaïnettes. Quelquefois les microbes sont extracellulaires, mais, en règle générale, et c’est là un de leurs caractères importants, ils sont intracellulaires.
Dans le liquide céphalo-rachidien le méningocoque n’est pas encapsulé; si on a trop chauffé, on peut avoir des leucocytes et
ee
des cocci entourés d’un halo qui est- artificiel. Le méningo- “coque vrai est strictement Gram-négatif.
- En règle générale, il ne faut pas s'attendre à trouver de nom- » breux méningocoques dans le liquide céphalo-rachidien des -malades”atteints de méningite; et, du reste, cet examen direct ne “saurait être qu'un examen d'orientation.
Cultures. — Le méningocoque de Weichselbaum est un aérobie “strict. Il ne cultive qu'à partir de 25 à 27 degrés; la température “optima de culture est de 37 degrés; la limite supérieure est de 12 degrés. | - Le méningocoque est un germe très délicat, d’où cette indi-
cation très importante d’ensemencer le liquide céphalo-rachidien “le plus tôt possible après la ponction. Ce microbe ne pousse pas “ou mal sur les milieux ordinaires; il lui faut des milieux contenant de l'albumine, et il faut ensemencer très largement : la gélose ascite est un des milieux les plus employés.
Les colonies de méningocoques sont des colonies de 4 à3 milli- -mètres de diamètre, surélevées, arrondies, assez transparentes, d’un gris bleuté ; elle s’'émulsionnent assez facilement dans une goutte d’eau. Ces colonies de première génération n'ont pas tout
à fait même apparence que les colonies habituées au milieu artificiel : cocci isolés, en diplocoques, en tétrades; à côté des cocci très grèles et peu colorés, on rencontre sur une même préparation des diplocoques plus volumineux et plus colorés ainsi que des tétrades plus volumineuses et plus colorées encore. Il n’y a guère que le méningocoque qui offre ce caractère.
Au bout de quarante-huit heures, les colonies ont un diamètre de 3 à 4 millimètres. Elles sont notablement plus surélevées, mais gardent la même transparence et la même teinte bleutée délicate. |
Le méningocoque fait fermenter le glucose et le maltose, il est sans action sur le lévulose, le saccharose et l’inuline.
Il ne produit pas d’indol dans les cultures.
Virulence. — Le méningocoque est doué d’un pouvoir patho-
gène assez faible pour les animaux de laboratoire, comme l'avait indiqué, du reste, Weichselbaum dans son premier travail et