L'ÉPREUVE DU PÉRITOINE
Ce nom a été donné par M. Dopter à une méthode qui permet de différencier le méningocoque des germes similaires.
C’est une réaction rappelant celle que l’on connaît, pour le vibrion cholérique, sous le nom de « phénomène de Pfeifer ».
En voici la technique indiquée par M. Dopter à la Société de Biologie, en décembre 1910 :
« 4° Quand on injecte dans le péritoine d'un cobaye de 250 grammes une dose de méningocoques non mortelle (1/6 de
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culture sur agar ordinaire), l’exsudat péritonéal fourmille de méningocoques bien colorés pendant environ deux heures etdemie. À cette époque, les polynucléaires arrivent et phagocytent les germes qui disparaissent presque en totalité vers la cinquième ou sixième heure ;
20 À des cobayes de même poids (250 grammes) qui ont reçu vingt-quatre heures auparavant dans le péritoine une injection . de 4 cent. cube de sérum antiméningococcique non chaujfé, on fait une injection péritonéale de la même dose non mortelle de méningocoques, obtenue dans les mêmes conditions. Les prises de l’exsudat péritonéal effectuées cinq, dix, vingt, trente minutes, ete., après cette deuxième injection montrent les particularités suivantes : dans les premières minutes, on observe, comme M. Metchnikoff l'avait constaté dans l'étude du phénomène de Pfeiffer, une phagolyse intense, bientôt suivie d’une hypoleucocytose manifeste. En même temps, les méningocoques disparaissent graduellement : les grains se colorent mal et se dissolvent; on en trouve aussi dans les rares leucocytes polynucléaires qui nagent dans l'exsudat; la phagocytose s'effectue surtout au niveau du grand épiploon, dont les frottis la montrent dans toute son activité. Bref, vingt minutes après l'injection microbienne, l'examen de l’exsudat péritonéal permet de constater l'absence complète de méningocoques libres; il en persiste parfois quelques rares échantillons, mais en état de bactériolyse évidente. Les polynucléaires commencent à réapparaître une heure après, en même temps que le liquide devient louche et purulent;
3° Quand on remplace, chez des cobayes dont le péritoine a été « préparé » de la même manière, les méningocoques par une émulsion égale de paraméningocoques, l'examen du liquide péritonéal montre la mème phagolyse initiale, suivie de la même hypoleucocytose; mais la bactériolyse est absente, ou, si elle se produit, elle est beaucoup plus tardive; de plus, /a plupart des germes sont libres et persistent en foule pendant quarante-cinq à soixante minutes. Au bout de ce laps de temps, coïncidant avec l’arrivée des polynucléaires, leur nombre diminue, mais ils ne
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disparaissent en général qu'une heure et demie à deux heures après l'injection.
L'expérience, répétée avec les divers échantillons connus de pseudoméningocoques et le gonocoque, donne des résultats identiques.
Ces faits montrent la facon essentiellement différente dont se comportent le méningocoque et les germes similaires devant « l'épreuve du péritoine ». Ces différences tranchées peuvent servir à l'identification des germes dont on se propose de déterminer la nature méningococcique ou autre.
Dans ce but, on injectera dans le péritoine d'un cobaye de 230 à 250 grammes environ, { cent. cube de sérum antiméningococcique ron chauffé ; vingt-quatre heures après (exactement), on pratiquera au même animal une injection intrapéritonéale de 1/6 de culture sur agar du germe à identifier, soit 1 cent. cube d’une culture raclée dans 6 cent. cubes d’eau physiologique. L’exsudat péritonéal sera prélevé vingt et trente minutes après, et examiné : si, à cette période, il est dépourvu de germes libres, ou sices derniers sont rares, c’est le méningocoque qui est en cause; si, au contraire, les germes libres sont nombreux, il s'agira d’un para ou d'un pseudoméningocoque.
Il sera bon, lors de chaque essai, de faire une expérience de contrôle avec un méningocoque, pour éviter des causes d'erreur provenant du sérum antiméningococcique, dont l’activité peut varier d’un échantillon à l’autre, suivant la durée de sa conservation. À cet égard, on emploiera de préférence le sérum de saignées récentes, et conservé en tubes scellés.