OBSERVATION VII
(Commandeur. — L'Obstétrique, juin 1908.)
Méningite aiguë cérébro-spinale suppurée à pneumocoques et staphylocoques. — Grossesse de sept mois et demi. —
Mort. — Césarienne « post mortem ». — Auiopsie.
Femme de vingt-neuf ans, multipare, amenée à la maternité de la Charité de Lyon le 6 février 1905 à 5 heures du soir. Cette femme, enceinte de sept mois et demi, est dans l’état suivant : Elle présente des phénomènes d’excitation extrême ; couchée sur le brancard elle cherche à mordre et à griffer. De la bouche sort une écume blanche ; en même temps, elle projette sa langue en dehors du côté gauche.
L’agitation est telle que plusieurs personnes sont nécessai-
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res pour la maintenir. Au premier abord, elle donne l’impression d’une éclamptique ; elle présente des morsures multiples de la langue, des contractures de la face, etc.
Elle est amenée sans aucun renseignement. Cependant certaines particularités cliniques font dire au personnel de la maternité que c'était « une éclampsie pas comme les autres ». En effet, ce qui dominait la scène, c'était un délire des plus violents.
A ce moment un examen rapide permet de constater que la température est de 384, le pouls aux environs de 180, à peine comptable. Par le cathétérisme, on retire de la vessie des urines qui renferment une assez grande quantité d’albumine. Pas d'œdème des membres inférieurs. Les yeux sont largement ouverts, la pupille un peu dilatée, mais la malade ne semble pas voir les objets qui l'entourent. Elle ne répond nullement aux questions qui lui sont faites, pousse des cris rauques. On remarque sur la jambe droite trois petites plaie de cicatrisation, ressemblant à la morsure d’un animal, si bien qu’on pouvait se demander en l'absence de tout renseignement s’il ne s'agissait pas d’un cas de rage humaine.
L'examen obstétrical montre une grossesse d'environ sept mois et demi. Pas de signe de travail : le fœtus bien vivant se présentait en O. I. G. A., tête mobile au-dessus du détroit supérieur.
Les phénomènes d’excitation constatés à l'entrée ne persistèrent pas longtemps. Très rapidement, au bout d’une demi-heure, la malade tomba tout à coup dans un coma complet ; brusquement, la respiration devint irrégulière et s’ar-
rêta. Malgré tous les soins (saignée, tractions rythmées de la
langue, respiration artificielle, injections d'éther et de caféine), la malade resta cyanosée et rien ne put réveiller les mouvements respiratoires. Le cœur continua à battre un quart d'heure, puis s'arrêta. Dès qu’elle fut morte, l’opération césarienne post-mortem fut pratiquée et permit d’extraire un enfant de 1.610 grammes, en état de mort apparente, dont le cœur battit pendant quarante-cinq minutes, mais qui ne put être ranimé.
Le lendemain, on put obtenir de l'entourage de la malade les renseignements suivants : sa grossesse de sept mois et demi environ, avait été rendue pénible au début par quelques vomissements et des douleurs lombaires, puis elle avait évolué sans accidents notables.
Femme très vive, très active, jusqu’à ces derniers jours elle ne s’était plainte d'aucun malaise. La semaine précédente, elle avait soigné son mari et son enfant, tous deux atteints de grippe. L’un et l’autre avait guéri sans complication. Le vendredi, 3 février, la malade ressentit quelques frissons et surtout un violent mal de tête ; néanmoins, elle put vaquer à ses occupations.
Le samedi son état reste le même, elle éprouve toujours de la céphalée, maïs sans aggravation ; elle attribue son état à la grippe. |
Le dimanche, 5 février, elle se sentait très lasse et dut se coucher dans l'après-midi. C'est toujours la céphalée qui domine.
Le lundi matin, 6 février, elle prend une sorte de crise convulsive localisée à la face et amenant un strabisme qui
persiste toute la matinée. En même temps apparut le délire
qui alla en augmentant jusqu'au soir, au moment où on l'amène à l’hôpital.
A noter que la malade n'avait jamais présenté d’œdème des membres inférieurs, ni les troubles visuels ordinairement prémonitoires de l'éclampsie.
Les urines étaient en quantité normale et très claires. Enfin, le placenta examiné avec soin ne présentait aucune lésion albuminurique. Cette femme avait cependant quelques habitudes alcooliques. |
Aulopsie. — Pratiquée trente-six heures après la mort. Le foie est un peu gros, pèse 2 kilogrammes. A la coupe, il présente des zones de coloration plus pâle, correspondant, sans aucun doute, à un début de stéatose. Rate, reins, cœur absolument sains. Les poumons n’offrent qu'un peu de coñgestion diffuse, sans point de pneumonie ni de bronchopneumonie.
Examen du système nerveux. — La calotte osseuse cranienne enlevée, on incise la dure-mère. Le premier coup de ciseau fait sourdre une goutte de pus; à mesure qu'on agrandit l’incision le pus s'écoule en abondance. C’est un pus jaune vert, crémeux, assez bien lié, occupant tout l’espace arachnoïdien et formant une nappe sur toute la surface des hémisphères ; il sourd du canal rachidien d’où il s'écoule en. abondance.
Les espaces sous-arachnoïdiens sont envahis également, mais le pus y est moins crémeux et forme des grumeaux. Les ventricules latéraux contiennent un liquide séro-purulent. À la coupe du cerveau on ne constate pas d’abcès, pas de ramollissement, pas de tubercules, ni autres localisations
infectieuses.
Examen bactériologique par le D' P. Courmont.
1° Liquide séro-purulent des ventricules ;
a) Examen direct. Nombreux cocci, diplocoques lancéolés et encapsulés, courte chaïinette; ces éléments gardent le Gram ;
b) Culture en bouillon. Nombreux diplocoques lancéolés gardant le Gram; ;
c) Agar-Agar. Culture extrêmement fine. Quelques cocci dans les préparations ;
2° Pus méningé.
a) Examen direct. On trouve en grande abondance des diplocoques lancéolés et encapsulés gardant le Gram ;
b) Bouillon. Culture maigre en vingt-quatre heures, formée de diplocoques lancéolés et de cocci gardant le Gram.
c) Agar-Agar. En vingt-quatre heures, grosses taches arrondies, épaisses, formées de gros cocci; entre ces taches culture très fine de petits cocci.
Résumé. — Il s’agit donc de diplocoques présentant l’aspectetles caractères de culture du pneumocoque, associé dans le pus à des staphylocoques.
Une souris a été inoculée ftrès tardivement avec les cultures du liquide, mais le pneumocoque était mort, car la sou-
ris n’a pas succombé.
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Observations dans lesquelles le diagnostic primitivement erroné a été ensuite rectifié